
Aux côtés de ces MCs pour lesquels il faut attendre pléthore d’EPs, mixtapes voire de longs formats pour qu’un projet sonne finalement cohérent et équilibré, il y a ceux qui, dès les premiers, parviennent à ce qui demeure de fait, l’apogée d’une carrière ou l’œuvre majeure de celle-ci. Tim Gent est de ceux-là. 21 années derrière lui et deux projets proposés passés relativement inaperçus à l’exception, comme toujours, des arpenteurs férus de sites hébergeants les quelques 200 nouvelles mixtapes quotidiennes, et le jeune rappeur semble être déja parvenu à fournir un produit bougrement accompli.
Originaire de Clarksville, bourgade du Tennesse où il est actuellement basé, dont l’épicentre Memphis attire aujourd’hui l’ensemble des regards tournés vers la scène discutée de l’Etat en question, Tim Gent appartient à celle qui est encore tenue, à tort, à l’écart des projecteurs. A l’image d’un marché ricain en pleine diversification, il fait partie de ces têtes dont on pourrait entendre parler, les scènes alternatives aux blockbusters du clic (dont les 0 multipliés au dessous des vidéos YouTube ne remplissent pas les assiettes pour autant) suscitant davantage d’intérêt. En cela, Tim Gent est au Tenessee ce que Mick Jenkins est à la drill de Chicago, ou ce qu’incarne Vince Staples à Long Beach.
Il droppe ici un long format diablement convaincant et témoignant d’un potentiel que l’on se doit de souligner , dans l’atttente de pouvoir se prévaloir de l’avoir révéré. Si l’intérêt que suscite Clarksville Nights ne réside pas de prime abord dans un contenu lyrical empli de thèmes convenus que l’on mettra volontiers sur le compte de la juvénilité du MC, c’est bien dans la diversité des influences et des couleurs que Gent a choisi d’exploiter que le projet se doit, indéniablement, d’être considéré avec intérêt. D’abord par l’effort d’éclectisme dans le choix des productions, dont les origines (quand elles sont connues) des producteurs témoignent de la volonté du rappeur de s’entourer d’horizons a priori antagonistes. Aussi, les productions de Clarksville Nights témoignent, si elles ne révolutionnent rien en elles mêmes, d’une hétérogénéité de plus en plus appréciable dont font l’objet nombre formats, souvent courts, aux sonorités allant puiser leurs influences à travers des couleurs d’horizons généreusement divers. Et c’est peut être en cela que Tim Gent, à l’image d’une génération qui, si elle se refuse à enterrer des clivages que trop se plaisent à taire, les utilise pour toucher plus largement. Clarksville Nights, c’est le fruit de la quête par Gent d’ambitions à la fois orientales au travers des productions d’HdBeenDope, rappeur/producteur basé à Brooklyn et tête déjà remarquée d’une scène new-yorkaise particulièrement commentée, de celles du californien Rmur ou encore des beats de Free P dont la MPC a fourni pas moins de 11 des 16 productions du projet, et dont on ne sait rien du bonhomme. C’est aussi la spécificité des MCs d’un sud controversé mais surtout, et les projets de ces derniers mois ne cessent d’abonder en ce sens, contradictoire, désirant échapper à la menace d’une castration artistique que peut représenter la Drill music dans sa forme la plus primaire.
16 morceaux durant, Gent varie magistralement les flows. Au débit plus smooth de Product succède le rap abrupt et nerveux de Balm in Gilead. Mais c’est indéniablement dans la capacité à construire des morceaux efficacement structurés que Tim Gent cogne. Hulio’s Hymn illustre en lui même une maitrise certaine de la variation des intonations, très en vogue actuellement après avoir été désertées une fois l’héritage laissé par un certain Method Man. Gent rappe juste et n’enferme pas sonrap dans le piège de la démonstration technique irrespirable, comme il ne s’abandonne pas à l’abus de beats ralentis jusqu’au sommet du pitch et entrecoupés de refrains putassiers.
Clarksville Nights est en ce sens le fruit des aptitudes synthétiques de son auteur, qui parvient à trouver un équilibre que beaucoup recherchent mais que peu parviennent en l’espace de 2 projets et moult tracks dispersés à atteindre, en synthétisant les influences qui ont probablement construit son identité artistique. Même quand il s’approche, avec Learn on the Go, des tendances qui entourent la scène à laquelle il appartient, Gent sait en tirer le meilleur en sachant conserver au track la dignité des kicks qu’une 808 peut distribuer. Honnêteté intellectuelle oblige, Nort$ide Genterlude pêche là où la prise de risque du MC s’avère la moins réussie par des couplets paresseux, cloisonnés par un refrain épuisé tant il a déjà été entendu. Mais la prise de risque n’en demeure pas moins louable, la faiblesse du morceau n’éant attribuable qu’à la forme qui est la sienne, la nécessité d’une piste de la couleur qui lui avait très probablement été décidée demeurant la bienvenue.
Tim Gent, bien épaulé par les compétences prometteuses de Free P, signe un projet dans la lignée de ceux que l’on peut appréhender comme les exutoires bienvenus d’une dirty south qui, bien qu’elle fasse réagir, soit copiée et diffusée, ne rapporte que trop peu, et pourtant déjà bien assez. Et puis, de toute façon, avec un cover comme ça, ça ne pouvait que cogner.






Brasser la merde