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chronique · 12 mai 2014 · Hip-Hop / Rap
Future
Honest
La clé de compréhension de l’oeuvre de Nayvadius Cash se trouve devant nos yeux, dans le choix de blaze fait par le natif d’Atlanta et dans le titre donné à son deuxième album studio – « Future » et « Honest », donc. C’est en analysant ces deux termes, en étudiant finement la tension qu’ils peuvent générer entre eux, que l’on saisit la spécificité du projet.
« Future », déjà, évoque une forme de détachement : un détachement dans le temps et vers l’avant. Dans une culture hip-hop structurellement chevillée au passé (d’un point de vue technique – le sampling –, ou culturel – l’amour des histoires individuelles ou collectives), le futur n’existe pas. En se faisant connaître sous ce pseudo, et en intitulant son premier album « Pluto », Future s’inscrit dans une tradition marginale et inactuelle, celle de l’afrofuturisme, réunissant par exemple Sun Ra, George Clinton, Afrika Bambaata, Drexcyia, Outkast ou Janelle Monáe. La musique de Future n’est certes pas tout à fait une musique de rupture, mais elle se situe néanmoins quelques pas plus loin que ses contemporains : la technologie n’y est pas qu’un outil au service de l’homme, elle fait au contraire intrinsèquement partie de lui, elle forme avec lui un tout homogène. La voix que l’on entend tout au long d’Honest est ainsi celle d’une entité où homme et machine ont fusionné. La voix de Future n’existe pas sans l’appareillage logiciel d’Auto-Tune, et, de même, l’Auto-Tune a besoin d’un signal humain pour exister. Tout n’est qu’interdépendance entre le charnel et le scientifique. De ce fait, la vision d’anticipation ici développée se veut quasi cosmique, c’est la vision d’un univers synthétique où toute forme de vie aurait besoin de technologie pour subsister.
Et l’humanité s’en trouverait-elle menacée ? Future nous répond que non. C’est là la prouesse de cet album. Car si rarement une sortie hip-hop ou r’n’b n’aura sonné aussi artificielle, rarement aussi notre empathie n’aura été aussi sollicitée. Honest est un disque profondément humain, humain et donc bourré d’émotions et de sentiments incodables. On assiste, prêtre bâti en circuits imprimés, à une confession du siècle prochain, où un demi-robot chasse de lui tout ce qui ne peut être traité par ses programmes habituels. Nayvadius Cash est un salaud, avouons-le tout net, il est égoïste, vénal, misogyne, affabulateur, mais sa façon de l’exprimer est bouleversante, à la fois grâce et malgré le filtre informatique. Tout est dans son « ok, soyons honnêtes, je vais vous dire comment je suis » ; le reste n’a pas d’importance, nous sommes quoiqu’il arrive voués à la miséricorde.
La technologisation du monde agite de nombreux musiciens depuis des décennies. Certains ont fait le choix de la dénoncer pour la combattre (la musique industrielle), d’autres ont pris le parti de l’accepter pour « rêver autrement » (le krautrock, la techno de Detroit) ; Future, lui, semble prendre un sentier encore différent. Il ne milite pas, n’encourage rien, mais il consent à se connecter, en faisant le pari (pour beaucoup insensé) que jamais sa sensibilité n’en sera alterée. Et pour l’instant, elle fonctionne encore très bien.






Brasser la merde
7 commentaires
Yannosh
Je ne comprends pas... Je trouve ça profondément naze, des frissons de la honte en l'écoutant, insupportable. C'est un avis bien tranché certes, je déteste totalement ce genre de traitement de la voix, eurk ! Je me suis demandé ce que ça pouvait bien faire sur SWQW... Mais je manque certainement de recul ou de culture en matière de hip-hop pour en juger... Quoiqu'il en soit, je passe mon chemin, et j'me lave les oreilles direct après ! Bien cordialement
julienl
Stylistiquement, c'est pas forcément simple à digérer quand on a aucune affinité pour ce hip-hop "new school", mais une fois le premier cap passé, quelle came ! Qu'est-ce que ça fait sur SWQW ? Les instrus, parfois démentes, et souvent bien plus fouillées que la très grandes majorités des disques électroniques instrumentaux. Après, c'est sur que l'auto-tune est très connoté...
Yannosh
J'vais quand même insister pour voir et tester plusieurs écoutes... Mais disons que pour le coup je suis beaucoup plus branché par tout ce qui sort de Flatbush ces derniers temps et la différence est bien palpable. Mais pourquoi pas... je vais creuser ;-)
julienl
Flatbush c'est des pures sucreries mais c'est tellement passéiste... J'adore écouter, c'est hyper confortable, mais j'ai pas l'impression de mettre en danger. Là, il me suffit d'un titre comme "I"ll be yours" (sur l'édition longue) et ça me fait tomber amoureux du disque, même si clairement certains titres sont vomitifs.
Yann Granger
Quand je disais Flatbush, je parlais de tous les groupes de ce quartiers genre The Underachievers déjà chroniqué ici ou Flatbush Zombies, mais aussi globalement de cette petite nouvelle vague du Hip-Hop New Yorkais avec les Pro.Era, etc. Oui c'est dans l'hommage, c'est passéiste, je suis d'accord... Et en même temps il y a quelque chose de vraiment nouveau, donc je ne suis pas tout à fait d'accord. Bon, je prends le temps de vraiment réécouter tout ça, et je re-poste un avis wesh ;-)
julienl
C'est aussi moi qui avait chroniqué The Underachievers donc oui j'adhère aussi, mais c'est des plaisirs vraiment pas comparables. Merci de ton intérêt en tout cas !
schlounga
Pour moi c'est à peine au dessus du hip-hop lyophilisé standard d'aujourd'hui (entendre par là les prods creuses clinquantes et kistchouille (largement plus kitsch que la fameuse "french qui se touche" sur laquelle vous vomissez habituellement quand même non ?) habituelles à ce nouveau style, beats tellement filtrés qu'il en reste à peine le squelette, basses brouillones et sans attaque + cancer de la gorge AKA autotune). Heureusement qu'on a encore quand même plein de rappeurs qui continuent à faire du vrai boom bap. Et j'en ai ranafout de sonner comme un vieux con passéiste. Un jour tout le monde rira de cette nouvelle période du rap.
un ptit antidote au pif vite fait pour ceux qui ont besoin d'un nettoyage du canal auditif : http://www.youtube.com/watch?v=2AXufpqWmBs
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