chronique · 10 septembre 2014 · Techno / House
Gunnar Haslam
Let A Hundred Flowers Bloom EP
« Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent »
par Feldspath
Février 1957 : Le régime de Mao bat de l’aile. La population chinoise se ragaillardie et la notion de libre arbitre se développe face au déterminisme et au fatalisme du dégarni au marteau et à la faucille. Une seule solution, desserrer la tenaille et atténuer la censure qui martèle sans cesse les têtes trop bien remplies des penseurs de l’époque.
Voici venu le temps de la campagne des cent fleurs. Le principe et simple, enlever le bâillon de la bouche des intellectuels et leur laisser librement critiquer le parti. Une liberté d’expression redonnée à la population afin de calmer les ardeurs des plus dissidents, rassurer les indomptables et apaiser les insoumis. Stratégie imitée quelques décennies plus tard par Pinochet et son référendum chilien de 1988, tombé à l’eau pour le plus grand bonheur de Pablo Larrain. Hélas pour Mao, la contestation explosera et – sans grande surprise - précipitera la mort et l’emprisonnement de centaines de milliers d’opposant dans un maelström de répression. Le contexte étant posé, parlons musique.
Gunnar Haslam (nouvel onglet), artiste New-Yorkais et fantassin du régiment L.I.E.S. revient après un EP étonnamment intitulé « Porte Maillot » - comme quoi la palette de l’artiste est grande - ainsi qu’un premier album « Mimesiak» sorti en 2013 sur la même écurie. En l’espèce, « Let A Hundred Flowers Bloom » voit le jour sur Mister Saturday Night (nouvel onglet), label résolument club qu’on jugera rapidement illégitime au vu du sujet abordé (Malgré la qualité évidente de ses précédentes sorties). Si Gunnar Haslam semblerait surfer sur la tendance du « j’associe ma musique à un événement historique afin d’en masquer le contenu squelettique que j’ai pondu et laisse libre cours à l’imagination des mal-entendants», ce dernier s’en sort de bien belle manière. N’étant pas un grand connaisseur en maoïsme, je pourrais uniquement vous avouer que la transposition est facile, agréable et pertinente. Ainsi sous fond de sonorités asiatiques, la contenance s’articule autour d’un sentiment d’appréhension et d’anxiété en accord avec la répression de l’empire du milieu. Un sentiment qui ne nous quittera plus durant les 14 :35 minutes d’écoute. On retrouve une angoisse bien palpable avec Discouraged où la track se modélise au rythme des tambours et des guillotines qui cisaillent et s’abattent sur les nuques des opposants. Cette cadence tribale est le poinçon de Gunnar, sa marque de fabrique. Une syncope qui accentue l’épouvante et la paranoïa si propre au contexte. On pourra également compter sur de longues nappes peignant le fond du tableau et qui ne cesserons de donner de la texture à l’EP notamment sur la track ouvreuse saupoudrée de chants traditionnels lunaires. Gunnar clôturera le bal avec Denominazione Version, aussi sombre et harassante que ses cadettes. Un jeu entre volume et intensité, une alternance entre courbes faméliques et arcs sonores repus imitant les saccades des trains de la faucheuse.
Gunnar Haslam n’a jamais déçu depuis ses débuts, aussi bien sur L.I.E.S. que sur Argot. Il conserve aisément son identité et son design sonore, à savoir atmosphère torturante et anxiogène. Supportée cette fois-ci par un contexte historique savamment illustré rappelant le goût de L.I.E.S pour les constructions intelligentes et attirantes (Cf KWC 92 - « Dreamed Of The Walled City » paru en 2013). On notera cependant la non-concordance entre le sujet abordé et le label choisi. Un EP qui aurait mieux fait de finir une nouvelle fois dans les bras d’un Ron Morelli plus à même de porter à maturité des projets aussi sombres et torturés que celui de Gunnar Haslam.






Brasser la merde
4 commentaires
scyd
Ça a l'air trop bien, mais c'est juste impossible à trouver en format digital ???
Feldspath
Uniquement sur vinyl jusqu'à nouvel ordre...
scyd
Bien bien, merci..
Masamune
Dans l'esprit mais aussi dans le son, on retrouve pas mal de choses qu'on peut entendre chez Ontayso (U-cover), notamment dans le projet 24 Hours.
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