silent weapons for quiet wars

chronique · 23 février 2015 · Weird Rock / Metal

Heiress

Of Great Sorrow

Après un album paru en 2013 et dont je n'ai quasiment aucun souvenir (malgré un passage avéré sur mon disque dur, mais que veux-tu, même le Service Qualité de SWQW a ses faiblesses), Heiress revient en ce début d'année avec Of Great Sorrow, disque de post-métal salopé de sludge hargneux.

par Mattooh

Jusque là, pas de quoi s'affoler ni s'exciter du Paypal, les groupes du genre affluant par milliards chaque jour ouvrable que Dieu fait. Mais voilà : l'album est produit par Tad Doyle, et le premier était produit par Jack Endino. Hoho! Ca mon gros, si ça n'embrase pas une petite flamme dans tes yeux tristes, laisse-moi t'expliquer sèchement : ce duo constitue un double label qualité que les moins de 30 ans peuvent ne pas connaître, certes, mais qui n'en reste pas moins une assurance tout risque en matière d'authenticité.

Toujours actifs ces dernières années mais passés largement en-dessous du radar médiatique (Jack Endino s'occupe du studio Soundhouse Recoring à Seattle et y enregistre humblement groupes en développement et ses propres compositions, tandis que Tad Doyle monte des supers groupes éphémères dont tout le monde se tape et entretient soigneusement ses impressionnantes pilosité et obésité), ces braves gens n'en ont pas moins produit et/ou trempé dans des wagons de disques de grunge emblématiques, certifiés conformes au cahier des charges en vigueur au début des années 90, dans l'état de Washington élargi d'un rayon d'environ 8000 kilomètres. TAD pour les deux, bien sûr, mais aussi Soundgarden, Nirvana, Green River, Mudhoney, Screaming Trees, L7, très récemment Brothers Of the Sonic Cloth pour Doyle, ... tu veux vraiment toute la liste? En clair : ces noms évoquent la chemise de laine à carreaux, la voix niquée, le fuzz baveux et les rythmiques pombées - de la même manière que l'imprimé "enregistré par Steve Albini" au revers d'un disque évoque un son de batterie fabuleux, des guitares branchés directement sur le cerveau et la rudesse des justes.

Heiress, donc, vient de Seattle ; je suppose qu'il faut bien ça pour dégoter ces deux ours de producteurs à notre époque, et les persuader de bosser avec ton groupe.

Et ça ne peut tenir qu'à la production, mais ce disque défonce complètement, au moins sur une bonne portion de sa vénérable longueur. Victoire ! Les préjugés ont gagné, une fois de plus ! On retrouve larsens, ambiances pesantes et lenteur martiale, ce qui - note - constitue une description pouvant aussi bien évoquer le post-métal de Neurosis & co qu'un doom pur et virile. Et tu sais pourquoi? Parce qu'il a un pied dans chaque, voilà pourquoi. Au final : NO BULLSHIT.

L'entrée en matière est majestueuse (Of Great Sorrow), sans qu'on puisse mettre le doigt sur ce qui, fondamentalement, rend ce titre plus marquant que les dizaines identiques composés chaque semaine dans les plus répugnants locaux de répétition du monde occidental. Si je devais me risquer, je parierais sur un mélange de simplicité, de qualité de composition et de son de folie. Six minutes lentes et épaisses, donc, mais par la suite, la voix bileuse de John Pettibone (petite gloire locale du hxc, passé par Himsa et Undertow) se voit offrir de multiples occasions de s'égosiller puisque les bourre-pifs (Blading, Dehumaned, Dismalist) se relaient avec les midtempi funestes. C'est propre et sale à la fois, authentique et hors du temps (on aurait pu me faire croire tranquillou qu'il s'agissait d'un disque de 1999 récemment remasterisé - pourtant, même si je suis crédule, mon instinct a la réputation d'être infaillible à 86%), en bref : du travail bien fait.

J'aurai juste un regret : sur le dernière partie du disque, le groupe s'embourbe parfois dans un post-métal chiant comme la pluie, avec quelques lignes de guitare post-prog bien lénifiantes (Hover, Lashings). Non seulement ça n'apporte rien, mais c'est en plus pas loin d'être pénible. Bon, rien de grave mais je vois pas bien l'intérêt de ces couilles jetées nonchalamment dans le potage, alors qu'on était bien, là, entre nous, à se congratuler sur les vertus d'un certain degré de pureté dans les musiques extrêmes et, si l'humeur s'emballait, à balancer une ou deux vannes sur Rosetta ou Cult Of Luna.

Bon.

Qu'ajouter, à ce stade? Franchement, je vois pas. Ah, si : le groupe viendra probablement jouer par chez nous d'ici la Noël. C'est cyclique, tu sais. Alors si tu aimes assister à des concerts trop forts en sirotant de la pisse à 8€ derrière un poteau à Glazart, garde un oeil sur tes newsfeeds préférées.

Mattooh

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