
chronique · 12 novembre 2012 · Hip-Hop / Rap
Hugo TSR
Fenêtre sur rue
Hugo et ses potes du TSR Crew ont débarqué dans le rap sans frapper. Avec spontanéité, désinvolture, respect, mais sans déférence vis à vis des aînés qui tiennent à conserver leur place au chaud. Fenêtre sur rue est sorti la semaine dernière. Est-il l'album qui confirmera les incontestables promesses de Flaque de samples ?
par Lexo7
Le 18ème arrondissement de Paris est un vivier inestimable pour le rap, et ça depuis longtemps. Hugo TSR en a probablement été le spectateur admiratif dans les nineties. Lui, qui a commencé par le graffiti, est resté profondément marqué par le son des dix glorieuses. Celui des prods à l'ancienne, avec samples de pianos, violons et films cultes. Une époque bénie, tout le monde le dit, qui n'était pas encore complètement pervertie par les arcanes du "game" et la dramatique hégémonie de Skyrock. Celle où entre deux épisodes de DBZ ou Ken le survivant, tu pouvais zapper et tomber sur les hymnes éternels de la Scred, la Rumeur, Lunatic...
Lui et ses potes comprennent rapidement qu'on ne leur ouvrira pas les portes avec le sourire. Les obscurs et éreintants sentiers de l'indépendance, et donc de la débrouille auto-produite s'offrent à eux. Voilà pourquoi quand sort A quoi ça rime ? sort en 2007, ils écument autant de cabines de radios et de scènes pour faire entendre leur gerbe d'or. Avec l'authenticité véritable de ceux qui baisent bestialement Skyrock, sous capuche et sans jamais baisser leur froc.
Rapidement Hugo est remarqué plus amplement. Le jeune MC, adepte du passage en force, allie technique et flow incisif en déversant punchlines assassines comme il aspire les sticks et les flashs de Poliakov. Avec peut-être un excès de comparaison qu'il reconnaît aujourd'hui volontiers, coupant sa frappe avec un lot de "comme" pour mieux surligner les traits du détail à venir.
On vise la lune comme Mimie Mathy dans un concours de dunks. Les bolosses stressent, l'objectif c'est la lune comme dans Apollo 13.
La rage en grosses coupures, j'attends mon heure comme une garrot éteinte.
Quand je vois dans le coin des mecs opés qui seront des flics demain, je fais ressortir mes mauvais côtés comme un obèse qui porte un slip de bain.
C'est dur de se faire comprendre comme un sourd muet avec des moufles.
Ici je suis rien, j'analyse le terrain comme un paysagiste. Même si je fais ça pour rien j'aimerais percer comme les pays d'Asie.
Autant de phases sorties certes de leur contexte, qui attestent des incontestables talents d'écriture du parisien, mais qui rappellent aussi à tous que la punchline à terme ne suffirait plus pour se démarquer. On attend Hugo sur de gros thèmes. Celui qui reste un gosse, même si la tise a remplacé les friandises, en a sous le capot. Lui qui survole et kicke chaque prod comme s'il cavalait à la poursuite d'un temps révolu, ouvre aujourd'hui sa fenêtre pour rassasier sa Génération Shit et Grec-Frites.
Hugo a évolué, mais n'a pas vraiment changé. Il se casse encore le crâne (Coma Artificiel), et sa technique est toujours aussi implacable, faisant la part belle aux séances d'ugotrip dont il a le secret. Il a confié l'élaboration de certaines prods à des pointures comme Char (Le Gouffre), I.N.C.H, ou l'aujourd'hui extrêmement demandé toulousain Al'Tarba. Il a élagué ses éternelles comparaisons à l'essentiel et continuent d'arpenter les rues de son 18ème. Car au dela des poussées d'ego trip et de l'apologie de produits anesthésiques (qui rendent certains stupéfaits) qui lui vont très bien, il enfonce quelques portes déjà entrouvertes par d'autres, et ne renouvelle pas certains discours (Alors dites pas, Dégradation et un peu sur l'excellent Eldorado). Avant tout parce que l'état d'urgence est intact, et que l'actualité sociale et politique ne se modifie pas, si ce n'est dans le sens le plus nauséabond. Hugo n'invente rien, il expose son quotidien fait d'anecdotes et de chroniques d'une violence devenue ordinaire.
Là où on rencontre les abeilles même plus nocturnes du Square Léon, pour ensuite rejoindre la rue Myrha (sa mosquée à ciel ouvert et ses putes plus très fraîches) et les bancs de la Place Dalida. Le bas de la Butte, pas celui des cartes postales et des bobos de paname fans de noctambulisme exotique. Le 18ème qui sait qu'après le RSA, les toxs quittent Espoir Goutte d'Or (EGO) pour rejoindre le Sleep In de l'étroite rue Pajol, et faire danser briquets et pompes au chaud. Le paysage est dévoilé avec brio, les étrangers au quartier auront donc droit à une belle tranche d'authenticité, cousue d'images et de spectacles bien choisis. Le 18ème, un grand gars qu' a de l'appétit. Belek, si t'entends clic-clac, c'est pas le bruit d'un canapé lit !
(Les puristes apprécieront. Les petits bourgeois aussi (même si cet album n'est pas fait pour eux). Parce qu'ils n'auront pas à faire le déplacement, à cotoyer ces vandales qu'ils ne connaissent que virtuellement (parce qu'ils expriment mieux que tout autre chose le nihilisme de leur existence confortable). C'est à toi petit bouffon(ne) sous perfusion parentale que je parle, toi qui apprécie le rap mais qui ne supporte en réalité les noirs que sous tes draps, coiffés de madras et avec des bananes autour de la taille. Toi, qui ne comprendra jamais rien au capitalisme du pauvre. On appelle ça le socialisme exotique 2.0.)
Des titres comme Fenêtre sur rue (concept de morceau jamais utilisé je crois), La ligne verte, Eldorado ou Old Boy ont déjà tout pour devenir des classiques, et sont pour moi les pierres angulaires de l'album. On peut aussi leur ajouter Intact (à l'instru pourtant aussi sautillante que surprenante) avec Vin7 et Anraye du TSR Crew , dans ce qu'il a de plus désinvolte et insouciant, rappelant encore un peu plus l'époque des nineties et renforçant sur ce coup là en tous cas : les comparaisons vis à vis d'un autre groupe natif du 18ème (rarement dans la tendance et souvent dans la bonne direction). Citons donc aussi le dévastateur Piège à loup déjà sorti en maxi cette année, qui trouve sur l'album une seconde jeunesse en contrastant vivement la teinte générale de l'album.
Je peux pas dire que y'a rien à faire, mais petit frère est fier de vendre du crack
Veut prendre du cash, pour flamber tout l'été à Fuerteventura
Des putes qui friment, du shit, des clopes en duty free
Des cocktails de fouleks camouflées dans des bouteilles de multifuits
Hugo n'a jamais confondu collaboration, proxénétsime ou prostitution. Pas de featuring qui va bien, placé ici pour attirer le strass et les paillettes. Même si on regrettera peut-être, vu la complémenatrité qui les unit depuis toujours, l'absence d'un vrai 36 mesures partagé avec Davodka. Avec son art de faire cohabiter samples d'esthètes et/ou issus de films cultes (même l'interlude avec la capture d'un mythique extrait du Créateur de Dupontel), verve de vandale propice aux envies de dégradations "slogannisées on the walls", il signe ici un des dix abums majeurs de rap français en 2012.
Ils m'ont tous bavé dessus, ya que mon médecin que j'ai pas déçu. Cette nuit le stylo pleure, quelques larmes coupées au dégoût. Vous savez quoi, allez tous vous faire foutre !






Brasser la merde
23 commentaires
SEN
Nan mais Nan mais Nan !!! Le Hip-Hop en Français c'est juste pas possible !!!
lexo7
Si si, la preuve. Et ça fait que commencer.
edgar ap
D'ailleurs pourquoi ce ne serait pas possible au juste?! A la suite
SEN
Si la France était une nation de Hip Hop ça se saurait, sans parler de l'originalité du Hip Hop Français qui est au moins aussi crédible que le Hip-Hop made in Deutschland, c'est juste une apologie de la médiocrité !
lexo7
C'est quoi une nation de hip-hop ? C'est quoi la médiocrité ?
SEN
J'ai faillit me pisser dessus quand j'ai écouter les extraits de cette chronique, c'est ça que je nomme médiocrité... Et pis sérieusement pour poser cette question ça veut dire qu'en réalité tu n'aime pas vraiment le Hip Hop, va faire un tour aux états unis tu sauras ce que c'est qu'une nation de Hip Hop... A la fois c'est même pas la peine d'aller aussi loin, traverse juste la Manche et peut être que tu sauras à quoi ça ressemble...
John Nada
Mais c'est très bon ça ! J'me trompe peut-être, mais en France on manque de caïds, c'est ça ?
SEN
Est ce à dire ? De quoi parle t’ont au juste ? J'parle de Hip Hop pas de Stéréotype !
kehezen
oui et t'es le seul
lexo7
C'est marrant quand même ce que tu dis, parce que le rap américain n'a jamais été aussi stéréotypé qu'aujourd'hui à mon sens. Fais gaffe quand même à pas dire trop de conneries, on pourrait presque penser que le seul hip-hop qui ne te dérange pas est celui dont tu comprends pas la langue.
SEN
Lexo7, ça veut juste dire que ta culture Hip Hop tu l'as chopper sur MTV sinon tu raconterais pas autant de conneries ! Mais j'vais pas essayer de te convaincre, à priori tu sembles heureux comme ça ! Et pis ce genre de soupe a son public, et ça n'est jamais que mon avis !
lexo7
J'aime presque autant ta dernière phrase que tes accords expérimetaux du participe pasé. Sinon tu nous as toujours pas expliqué ce qui était caricatural, et ce qui était si AOC dans une nation hip-hop. Sinon même sans ça je te remercie, j'ai bien ri.
SEN
Tu te bidonneras jamais autant que moi quand j'ai lu ta chronique, je te conseil plutôt d'écrire pour la page variété de Télé Poche ! Sur ce j'ai pas que ça à foutre non plus tu devrais plutôt postuler à Tsugi !
Yann
@sen : les US c'est la nation de la country avant celle du Hiphop. et le bon rap français existe bien après "si t'aimes d'écoute pas et puis c'est tout"
shrees
"va faire un tour aux états unis tu sauras ce que c'est qu'une nation de Hip Hop... A la fois c'est même pas la peine d'aller aussi loin, traverse juste la Manche et peut être que tu sauras à quoi ça ressemble... " Si la France n'est pas un pays de hip-hop, alors l'Angleterre l'est encore moins. Et puis heureusement que chaque pays n'est pas cantonné à ce qu'il a créé, sinon on se taperait encore du Yvette Horner.
SEN
Nan mais faites vous plaisirs les mecs j'en ai rien à battre moi ! C'est un moment de détente pour moi de lire vos commentaires... Shrees tu gagnerais à être un peu plus curieux ça te permettrais de savoir de quoi tu parles !
AZ
Oulala sen, ne t’arrête pas en si bon chemin.
Sinon j'ai bien lu la chronique, écouté les morceaux et les paroles, mais j'accroche toujours pas. J'ai essayé pourtant, j'avais fait pareil avec Dooz Kawa et L'indis. Je pense juste que j'adhere pas aux histoires de la cité, qu'il faut me montrer le malaise humain (j’idolâtre Arm et le premier album de Psykick Lyrikah). J'attends alors la prochaine chronique, en espérant que le rap français puisse encore me transmettre des émotions.
shrees
" Shrees tu gagnerais à être un peu plus curieux ça te permettrais de savoir de quoi tu parles ! " C'est pour ça que je l'ai dit, mais bon, je te laisse détenir la vérité
stephan
Tres bon article , et tres bien ecrit! je reviendrais ;)
lecridejack
Sen a pas inventé la pelle mais en a pris un bon coup. Bref c'était juste pour encourager ce genre de chronique dont le rap français manque cruellement.
SEN
Ouais ouais c'est sur y faudrait plus de Rap Français, le monde en a tellement besoin ! Bon après comme ça dépasse pas les frontière de l'hexagone ils peuvent dormir tranquille c'est pas demain qu'on va envahir leurs ondes ! Là dessus on ne peut que les envier... Z'y va !
david arnould
@sen un p'tit booba ou bien ?!
Manf
Sen en a trop dans l'zen.
la suite, depuis 2026