
On le savait depuis 1999 sorti en en 2012, Rejex l’avait confirmé, Summer Knights l’avait décrété, et ses couplets droppés sur moultes tracks comme invité l’avaient consacré : Joey Bada$$, nouveau porte-parole (même s’il réfuterait le titre) d’une scène particulièrement suivie par les auditeurs avertis bien que moins médiatisée que d’autres, est ce jeune rappeur pire qu’habile et dont la maturité à la vingtaine impressionne. 3 mixtapes donc, d’une cohérence indiscutable et sorties dans une infaillible continuité avaient promu le jeune new-yorkais toujours basé à Brooklyn au rang de nouvelle tête du jeu local, voire au-delà, selon les sensibilités éminemment respectables d’auditeurs plus ou moins renseignés.
Il réapparait ce dernier 20 janvier, pour ses 20 ans, avec l’album tant attendu d’un rappeur ayant fait toutes les preuves possibles en amont et dont l’attente du premier long format ne dépérissait pas les mois passant. Connaissant son aisance à structurer ses couplets, son timbre naturellement efficace et la précision de ses flows, systématiquement loués depuis ce freestyle shooté dans un entrepôt de Flatbush en 2010, il semblait légitime d’attendre de B4.DA.$$ la présentation de ces qualités sur des terrains plus éloignés de ceux dont l’auteur possède la science, acquise par la culture dans laquelle il a baigné depuis ses plus jeunes années, bercé aux hymnes du Wu, de Pun ou de Das Efx, glorieuse scène à laquelle il multiplie les références tout au long de l’album. Côté productions, et c’est ici particulièrement substantiel, le new-yorkais s’est entouré de beatmakers déjà présents sur les mixtapes précédant l’album (on retrouve Kirk Knight sur Big Dusty ou Statik Selektah sur No. 99 entre autres) mais aussi de producteurs dont la présence sur l’album d’un rappeur d’à peine la vingtaine ne manque pas de nous rappeler l’ampleur du phénomène : Premier assure, après quelques déceptions ces derniers mois, en livrant le joyau de l’album sur Paper Trail$, débutant et porté tout durant par l’écho et les références à l’éternel C.R.E.A.M, tellement de fois utilisé mais encore jamais usé. Pièce maitresse donc, sur laquelle Bada$$, en bon fidèle à ses aieux, nuance intelligement, sans naïveté, le matérialisme consumériste prôné par tant de Cupidons du game.
Before the money, there was love
But before the money, it was tough
Then Came the money through a plug
It’s a shame this ain’t enough, yo (Paper Trail$)
Bada$$ plie prod sur prod, aligne rime riche sur rime riche, fait secouer les têtes, mais c’est bien finalement sur l’absence de diversité dans le choix des beats et donc, de ses flows, qu’il pêche. L’impression est globale (B4.DA.$$ étant typiquement le genre d’album tendant à rappeler la vacuité de la chronique track by track) et le choix de ne prendre aucun contrepied lui, volontaire : Piece of Mind, Big Dusty, Hazeus View, No. 99, O.C.B. se succèdent, claquent, mais s’imitent encore trop dans les structures et couleurs qui les construisent. Le tout donne le sentiment d’une absence excessive d’éclectisme non seulement à l’échelle d’une discographie (bien que courte, on le concèdera) mais aussi à l’échelle d’un album. Certains passeront outre et justifieront leur assouvissement par l’imperturbable qualité des morceaux, sur la cohérence incontestable de l’assemblage, et sur la satisfaction (re)confirmée d’avoir une véritable tête locale au rayonnement tellement plus expansif, au cas où certains en doutaient encore.
D’autres, c’est mon cas, resteront sur leur faim (en profitant de l’expression appropriée pour souligner la qualité d'un énième 16 de l’omniprésent Action Bronson sur le premier bonus track, désormais invité systématique sur tout projet de ses environs voire d’au-delà), dans la mesure où ils étaient parfaitement légitimes d’attendre plus du grand saut (trop ?) attendu de Joey Bada$$. Partagé entre le sentiment d’avoir pu écouter un des longs formats les plus propres et soignés que New-York ait pondu ces derniers mois et celui de ne pas se satisfaire d’un projet dans la continuité la plus absolue et abusive des projets précédemment livrés par Bada$$, on pourrait résumer un sentiment souvent ressenti en s’armant d’un universel "les puristes apprécieront, les autres repasseront" mais voilà déjà 3 ans et tellement plus de projets (car collaborations et tapes de Pro Era) que même des pourtant ardents supporters de cette scène repassent, dans l'espoir d'entendre plus d’un MC bourré de talent, mais dont la nouvelle mouture ressemble encore abusivement à une énième mixtape.






Brasser la merde
2 commentaires
dilla
Hello Adrien, pas mal du tout les chroniques rap de swqw, de la qualité et des chroniques pertinentes. Totalement d'accord sur celle de badass , plus de diversité dans les instrus ca aurait pu donner un album de tueur,hazeus view m'a quand même coller une jolie baffe. Maintenant la question qui tue, qu'as tu pensé de l'album de kendrick lamar?to pimp a butterfly? Certes il s'agit d'un album mainstream, mais j'avoue être encore sous le choc, pour moi il a plié la concurrence avec cet album. Et Fashawn? ton avis? un grand merci pour les chroniques en tout cas.
Adrien B.
Hello J, désolé de répondre 3 mois après, mais il me fallait bien me remettre d'avoir été lu par Dilla, ça n'arrive pas tous les jours ! D'abord un grand merci pour tes compliments, Concernant le Kendrick, je l'ai trouvé intéressant, sans toutefois aligner les superlatifs le concernant, comme ont pu s'y prêter nombre de papiers. Pour tout te dire, je ne me suis jamais, sauf peut-être sur quelques couplets de Section 80, pris Kendrick pleine face. Un poil excessif pour moi, manquant de spontanéité, même si le gars rappe sacrément bien. De TPAB, que je n'ai dû écouter attentivement que deux fois, je me souviendrai, normal, de la prod, globalement de grande qualité et de l'audace indéniable qu'a eu Lamar de faire bosser et donc de mettre en lumière, sous l'impulsion peut-être de F.Lotus, la scène free-jazz de LA (K. Washington, les mecs de Digiphonics dont Sonowave...) tout au long de l'album, quand il s'était avant contenté de les faire apparaitre de temps à autre, et donc de prendre ses distances avec un g-funk tellement évident qu'il aurait pu en étouffer ses capacités. Après, je ne te cache pas que même sur ce point, j'ai trouvé ça parfois forcé, mais il a au moins le mérite d'avoir fait le truc jusqu'au bout, et bien, à savoir sans se contenter d'un saxo cheap au possible qui aurait assurément fait tâche. Mais Kendrick est trop intelligent pour ça.
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