
Après deux mixtapes que l’on avait attentivement suivies et remarquées, le juste agé de 21 ans Vince Staples, originaire de Long Beach (re)débarque avec un premier projet dont il peut désormais espérer pouvoir vivre. Avait été attendu Shyne Coldchain II après Stolen Youth et le prometteur premier volume, projets sur lesquels Vince avait aisément confirmé les qualités qu’il avait laissé entrevoir en apparaissant sitôt l’invitation reçue sur des projets essentiellement californiens, notamment aux cotés des jeunes têtes d’Odd Future. Entre temps, une signature sur Def Jam (une de plus), et l’accomplissement d’un premier projet payant, Hell Can Wait. Un titre finalement optimiste tant l’EP ne l’est pas. Si ses premières mixtapes consacraient une capacité certaine à rapper précisemment comme savent l’exposer pléthores de jeunes rappeurs, c’est définitivement sur le contenu du produit fini que Vince Staples parvient à se démarquer. En étendard de la génération héritière des émeutes de la cité des anges de 1992, celui que certains considèrent comme le énième « nouvel Ice Cube », propose ce que peu ou pas d’artistes locaux se risquent à entreprendre.
C’est en effet d’un souvenir particulièrement lointain mais éminemment présent dont se nourrit Vince Staples. Violence, quartiers, drogue, jeunesse (en quête d’une boussole qui s’avère être fréquemment la même) : une recette que l’on se plait depuis tant d’années à juger désuète. Et pourtant, si Staples fascine, c’est assurément parce qu’il est lui même fasciné par ce dont on a trop longtemps voulu l’éloigner, comme s’il en avait été longtemps le passif spectateur avant de pouvoir en rendre compte, comme l’artwork semble le laisser penser, étant de cette génération que l’on a voulu préserver et éloigner des funestes réminiscences de 1992. Les productions des sept tracks de l’EP sont partagées entre quatre producteurs (dont le sudiste Infamous, le grammy-award-winner habitué aux grosses productions ricaines) qui convainquent dans l’ensemble par les judicieux phoix des découpages, en parfaite osmose avec les clameurs de Staples, à la fois étouffées et surélevées par des bruitages aussi réalistes qu’incessants. Ceux-ci s’amoncèlent : sirènes sur Hands Up proposées par No I.D, dont la répétition frise le supportable, drums saturées sur Fire et basses fréquences sur Limos, Hell Can Wait est à la fois éclectique et cohérent, exempt de conformisme et dans le même temps (Def Jam oblige ?) d’un copieux académisme ; en choisissant de dépeindre la déstructuration sous la plume de pistes d’apparences on ne peut plus conventionnellement structurées. Mais, là est aussi peut être l’intérêt que Vince Staples y trouve : celui de rapper là où un autre le filmerait ou l’écrierait. Staples peint la fresque d’un environnement qui périclite, dont l’oppressance saisit l’oreille, et c’est en cela que réside son succès. Il livre un produit accompli, à la fois personnel (lorsqu’il il évoque ses parents à travers ses improbables souvenirs dans Screen Door) politique et sociologique, mais toujours réaliste, brutal car c’est bien de cela dont il s’agit :
“You alone Car full of niggas but you alone It’s time to show how much you love your homies” (65 Hunnid).
L’EP s’achève en laissant la sensation d’avoir enfin face à nous un rappeur californien qui, après avoir prouvé qu’il savait exercer l’art du mceeing, atteste qu’il est aussi en mesure de construire des morceaux ; encore trop conventionnels par rapport aux sujets et d’y décrire, appuyé par le climat général qui ressort des productions, ce qu’il sait coucher sur le papier. Transparait donc de Hell Can Wait une sensation oppressante et anxiogène propre à ce jeune artiste qui, quand certains pêchent par pusilanimité et conformisme thématique, s’affirme comme l’un des tout meilleurs rappeurs californiens du moment.






Brasser la merde