
Glass Eights, sorti en 2010, fut unanimement encensé par les critiques (nouvel onglet) éclairés (l’album finissant d’ailleurs sur la plus haute marche du podium de notre top annuel techno/house (nouvel onglet) sur feu-Chroniques Electroniques). Personne n’avait vu venir l’américain John Roberts (nouvel onglet) et sa deep-house précieuse (nouvel onglet) et cristalline (nouvel onglet), capable de convertir à la house les plus réfractaires tout en satisfaisant les plus exigeants. A l’époque, Dial (nouvel onglet) régnait encore sur une scène deep-house qui n’a pourtant jamais été que rachitique car contrôlée par une mince poignée de producteurs talentueux. Et John Roberts faisait partie de cette modeste clique. Il va ainsi écumer les clubs du globe pendant 3 ans, livrant des prestations à la hauteur des espérances placées en lui. Mieux, ses lives permettront de donner davantage de consistance et d'énergie à ses créations. Fait d’autant plus notable que le personnage est timide et effacé, rare en interviews ; l’idéal pour apparaitre comme une entité intouchable, à l’abri d’une quelconque tentative de récupération.
Mais en 3 ans, le monde a aussi tourné sans John Roberts. Un laps de temps suffisant pour voir la deep-house s’offrir une petite mort, lente et sans douleur. Dial n’a rien sorti de vraiment notable depuis 2 ans et le reste de la sphère deep est proche de l’électrocardiogramme plat (2-3 albums sortent péniblement du lot chaque année). Attendre l’américain sur un nouvel opus purement deep-house aurait été une erreur et il le sait sans doute, mais le voir débarquer avec un deuxième album purement électronica (les touches house sont rachitiques) n’en demeure pas moins surprenant. Pourtant, la sortie de l’EP Paper Frames, l’été dernier, aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. En seulement deux morceaux, le virage opéré était radical. Exit la rythmique 4x4 et le grain cristallin, place à un électronica mutine et fragile. Et Fences de poursuivre la mue.
La déception est pourtant indéniable et trouve sa source dans la volonté de trop bien faire, de tout polir jusqu’à l’extrême. Fences est un album trop beau, trop propre, trop travaillé. Tout y est tellement contrôlé que la carcasse se vide de sa substance et en oublie l’essentiel, l’émotion. On écoute Fences comme on contemple un film de Paul Thomas Anderson (qui a trop vouloir atteindre le chef d’œuvre, sacrifie le fond sur l’autel de la forme), en se disant que tout y est parfait, tellement parfait qu’on frôle l’ennui. Tout Fences repose sur cette erreur manifeste du dernier mot. A trop vouloir tout contrôler, on se retrouve avec un produit lubrifié. Ainsi, Fences ne donne aucune mélodie à contempler mais seulement des bribes, à la manière de samples hip-hop, à ressentir. Le problème étant que tout est trop fugace. On a beau écouter l’album en boucle, on ne retient rien de cette électronica obséquieuse (voilà pourquoi cette chronique ne cite aucun morceau).
Pourtant, il est indéniable que Fences est un bel objet et que le pari de John Robert est à saluer. Chaque morceau est auto-suffisant et déploie son histoire isolément, tout en s’inscrivant dans une certaine globalité puisque l’on retrouve de nombreux sons et textures tout au long des 10 titres. On pourrait même qualifier l’album de chaleureux et tropical tant les instrumentations exotiques se superposent pour un rendu physique remarquable de maitrise et de luxuriance. On pense d’ailleurs souvent à Four Tet, passé maitre dans l’orfèvrerie électronique. Mais Kieran Hebden n’en oublie pas l’essentiel, lui, et sait maintenir l’attention de l’auditeur avec un sens de la narration imparable, alors que John Roberts se contente de simples vignettes sans cœurs. Les 37 minutes de Fences s’écoutent alors sans s’écouter, en donnant l’impression que rien n’a jamais vraiment débuté.
Et si Fences n’avait pas été l’œuvre de John Roberts, la sentence aurait-elle est différente ? Non. Que John Roberts décide de prendre une autre direction est totalement louable. Il faut juste appréhender l’album avec humilité, en apprenant à baisser le volume pour le laisser respirer. Car Fences peut aussi s’écouter en boucle, sans jamais vraiment vous traverser, tout en vous accompagnant docilement. Qui sait, peut-être même qu’il prendra de la valeur avec le temps. Mais pour cela, il va falloir être patient.






Brasser la merde
5 commentaires
LL COOL J
Je suis d'accord qu'il y a un net virage electronica, vous l'avez bien repéré, mais quand vous dites que l'album est ennuyeux et qu'il ne « donne aucune mélodie à contempler », je ne suis plus d'accord. John Roberts a une faculté à créer de la musique électronique douce, qui ne te heurte jamais. Et là encore, c'est pleinement réussi selon moi. Tout coule de source, on a encore des beaux piano, des compositions même limite plus alambiquée mais qui reste toujours dans l'optique d'aller piquer l'auditeur, limite de l'émouvoir. Cet album ne m'a pas du tout anesthésié, il est bien entendu moins bon que Glass Eights, mais il reste plus qu'honorable selon moi.
Panda Panda
J'ai peur mais je reste confiant, depuis le temps que j'attends son retour... Cette chronique ne me décourage pas en tout cas!
Joris
Je ne suis pas vraiment en désaccord avec le chronique (d'ailleurs je n'ai pas à l'etre puisque c'est avant tout un ressenti), mais j'ai justement l'impression que lorsqu'on dit d'un album qu'il ne nous a pas marqué, quelque part c'est difficile d'essayer d'en parler objectivement derrière. Je le vois sur plusieurs choses, déjà la comparaison avec un film de PTA me donne plutôt envie d'écouter (question de goûts), et celle avec Four Tet ressemble à un effort pour se justifier sans vraiment y parvenir.
Pas de mauvaise intention de ma part, le texte est intéressant, mais pour une fois je ne suis pas vraiment convaincu.
Zalan
Je respect la critique, mais perso je trouve cet album très bon même plutôt réussi! Tous les éléments sont la, sans tombé dans la facilité des nappes et mélodie aphrodisiaque. Cette album à su m'émouvoir, sans me caresser dans le bon sens du poil mes oreilles d'audiophile. Je pense qu'un artiste comme Jhon Roberts est capable de prendre des risques, quitte à décevoir sont audimat. Est il toujours nécessaire de faire (mieux ou aussi bien que ses précédents album) ? Si la créativité se limiterait à ça... A écouter nu dans sa voiture sur une route national, pour mieux le comprendre :)
Daedalus
PTA qui sacrifie le fond, ce qu'il faut pas lire sérieux.
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