chronique · 15 décembre 2012 · Techno / House
JuJu & Jordash
Techno Primitivism
Certains albums réclament du temps pour être correctement appréhendés. Et même après un lent décorticage, l’impression de ne pas en saisir le cœur peut rester tenace. C’est le cas de l’ovni Techno Primitivism de JuJu & Jordash.
par B2B
Ce duo israélien, formé par Gal Aner et Jordan Czamanski, est basé depuis quelques années à Amsterdam. Il a sorti un premier album hybride en 2009 n’ayant pas reçu l’accueil escompté. Il faut dire que la musique de JuJu & Jordash (nouvel onglet) ne dévoile pas ses dessous au premier rendez-vous. Pour séduire la demoiselle, il faut faire preuve de patience. Et 3 ans plus tard, la problématique se pose à nouveau pour l’auditeur : comment aborder un tel projet ?
Techno Primitivism mélange tout et n’importe quoi, avec une candeur pleinement assumée. En nommant ainsi son album, le duo renvoie au primitivisme, ce courant artistique Russe du XXème siècle privilégiant une approche primitive de l’art. Le message est clair. En refusant d’intellectualiser la musique, JuJu & Jordash optent pour une approche primaire et presque olfactive. Mais étrangement, il s’agit plus d’anarcho-primitivisme tant les 15 titres refusent toute forme de hiérarchisation. Ça part dans tous les sens, et peu importe que l’auditeur suive ou non.
Ainsi, l’ouverture est un leurre. Stoplight Loosejaw avance tel une masse compacte gluante dont la pulsation cardiaque est parcourue de bleeps rétro-futuristes et d’évènement aléatoires. On pense tenir un album de techno mutante mais la suite opère un virage à 180 degrés. En moins de quatre morceaux, on passe d’un piano classique affranchi à un blues tribal puis une new-wave désabusée et enfin un dub renforcé par un mélodica. C’est ce côté complètement foutraque qui rend l’album autant fascinant qu’épuisant.
Mais Techno Primitivism n’est pas qu’un trip naïf. Les temps fort se situent dans les recoins, lors d’un dernier tiers se tenant debout, abandonnant le bricolage pour se lancer dans un trip spatial sombre et immersif. Du trip nocturne hypnotique de Echomate à la kosmische muzik angoissante de Shrublands, l’impression d’être sur une rampe de lancement vers les étoiles est tenace. On se laisse alors porter par cette ambiance envoutante et un brin malsaine.
Techno Primitivism ne doit s’appréhender qu’avec distance. Difficile d’accès, parfois épuisant, totalement éclaté, souvent candide, cette musique n’a aucune frontière. On pourrait aisément citer dix influences pour chaque morceau mais à trop jouer à ce jeu-là, on en perd la saveur et le plaisir de l’écoute libérée. Il faut donc accepter de ne pas tout comprendre et voir JuJu & Jordash comme deux brocanteurs prenant un malin plaisir à déballer toutes leurs trouvailles devant les badauds. Et même si 1h30 de vide-grenier c’est long, vous finirez bien par y dénicher quelque chose qui vous comblera.






Brasser la merde
4 commentaires
Julien_LL
Disque pas loin d'être insupportable pour moi, mais je tire mon chapeau quand même : qu'il est rare qu'un disque techno intrigue et déstabilise autant.
Georges White
Ça pour être foutraques eux ils sont foutraques mais si on rapproche leurs prods de celles par exemple que sort Rush Hour ou celles d'artistes comme Legowelt ou Vakula, on se rend compte que ce qui peut irriter au premier abord (cet aspect psyché et spatial de leurs compositions) prend d'avantage de sens et même si, c'est vrai, l'album joue constamment avec nos nerfs, dans son détail il y'a de véritables petites trouvailles mélodiques.
B2B
Il m'a fallu un paquet d'écoutes pour arriver au bout de cet album. Je suis d'accord avec toi sur les multiples trouvailles mélodiques. Maintenant, je me me demande aussi si je reviendrai vers cet album ? Ce n'est pas sur du tout.
Barnabé
J'ai peut-etre pas encore suffisement habitué mon oreille à la techno. Mais une chose est sure : J'ai détesté cet album. Du début à la fin. On l'écoutera plus tard pour vérifier si le point de vue change!
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