silent weapons for quiet wars

Pochette de Kuopio

chronique · 9 décembre 2012 · Techno / House

Vladislav Delay

Kuopio

Une œuvre musicale doit-elle nécessairement faire passer un message ou une émotion ? A l’écoute du nouvel album de Vladislav Delay, la question mérite d’être posée tant Kuopio est un paquet compact ne laissant rien transparaitre. A moins que la distance infligée à l’auditeur ne soit un parti pris radical visant à réfuter l’idée de transmission.

par B2B

Les habitués de techno organique et de digressions expérimentales connaissent Vladislav Delay (nouvel onglet) par cœur, ses nombreux albums remarqués et remarquables, ses travaux sous de multiples alias (notamment l’entité Luomo) et sa volonté d’amener la musique électronique vers des terrains encore inexplorés. Depuis sa signature sur Raster Noton (nouvel onglet), le finlandais Sasu Ripatti, IRL, semble s’être radicalisé en se dirigeant vers une techno de plus en plus mutante. L’an dernier, le formidable Vantaa apparaissait comme un nouveau terrain de jeu à sonder, avec ses règles du jeu complexes. Vladislav Delay a bien compris que la techno actuelle est une affaire de densité et de courants d’airs, et ses expérimentations s’amusent avec les codes en vigueur pour mieux les questionner en les transgressant. Kuopio poursuit cette idée en poussant davantage l’expérimentation.

Mais à trop forcer le trait, on finit par devenir inaudible. Kuopio est un album froid et distant qu’on ne peut s’empêcher de trouver vain. On touche le cœur du problème actuel de Raster Noton. Depuis un an, le label d’Alva Noto multiplie les sorties purement techniques au détriment d’une quelconque musicalité. Et Kuopio n’échappe pas à la règle. Alors oui, les 9 titres sont techniquement irréprochables. Oui, Vladislav Delay travaille les textures et les rythmiques avec le soin d’un artisan. Mais dans quel but, si ce n’est celui de l’étalage vain et un brin prétentieux. C’est d’autant plus regrettable au vu des promesses annoncées par Vantaa.

On retrouve pourtant ce côté organique rendant tangible chaque morceau. C’est là le paradoxe de Kuopio : réussir à instaurer une distance alors même que les sonorités jouent la carte de la proximité. On pense à l’ossature d’Avanne avec son beat étouffé, on pense à Hitto et son décollage à jamais retardé (puisant dans le Spastik de Plastikman). De manière plus générale, Kuopio surprend par sa douceur. Jamais un album de Raster Noton n’avait été aussi délicat. Et pourtant, l’impression que pas grand-chose ne se passe ne peut s’effacer.

Acquis à une pulsation quasi ininterrompue, Kuopio n’en demeure pas moins un album cohérent, réussissant à dépasser le cadre expérimental pour être immédiatement assimilable. Chaque morceau obéit à une ossature tenant lieu de fil d’Ariane et, par-dessus, Vladislav Delay multiplie les parasitages afin d’entremêler les réseaux. Parfois, ça prend et la gravité s’immisce, Hetkonen, mais le plus souvent, on reste dubitatif face à la superficialité, Kellute ou Kulkee.

Etrange album que ce Kuopio. Vladislav Delay semble atteindre les limites de ses expérimentations organiques, ne sachant plus lui-même quelles directions prendre. Bien que directement digérable, Kuopio semble n’avoir rien à dire ou à transmettre. Même Vladislav Delay semble hésitant puisque la plupart des titres virent de bord à mi-chemin, avec cependant un rare sens de l’équilibre. C’est dans ces jonctions invisibles que se trouvent peut-être les réponses.

B2B

Brasser la merde

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