silent weapons for quiet wars

Pochette de Guten Tag

chronique · 5 décembre 2012 · Techno / House

Paul Kalkbrenner

Guten Tag

Le crépuscule d’une icône.

par B2B

L’insubmersible succès de Paul Kalkbrenner (nouvel onglet) repose sur un malentendu : celui d’avoir érigé Berlin Calling (nouvel onglet) en film étendard d’une ville, Berlin, et d’un genre, la techno, alors qu’il s’agit d’un des plus navrants navets de ces 10 dernières années. En s’imposant comme culte, le film a propulsé le sympathique Paul Kalkbrenner dans le rôle d’ambassadeur (alors même que la musique de l’allemand est à l’opposé de la techno berlinoise actuelle). Plus pop que techno, ses comptines mélodiques, simples et naïves, ont su parler au plus grand nombre. C’est doux, c’est velouté, ça ne comprend pas plus de trois notes, c’est gentiment progressif, ça se structure comme une chanson pop et surtout ça ne surprend jamais. C’est mainstream, tout le monde aime. Le Paul K peut dorénavant aisément remplir les stades, attirant une foule propre sur elle et souvent peu au fait du reste de la sphère électronique.

Pour autant, doit-on rapprocher Paul Kalkbrenner de David Guetta ? Car son succès tend à raccourcir la distance. On retrouve désormais chez les deux, ce même souci du contrôle marketing total, cette même préoccupation de ne pas froisser le public et surtout cette même approche de la musique : une chose lisse uniquement destinée à satisfaire le plus de monde possible, quitte à user indéfiniment des mêmes ficelles grossières. Paul K a trouvé la recette pour satisfaire les masses, il a désormais choisi le confort passif. Depuis Berlin Calling, PK ne se foule plus et se contente de simplement surfer sur son malentendu. Icke Wieder, sorti l’an dernier, n’était qu’une pale redite du précédent opus, comme une triste collection de faces B insignifiantes. Peut-on espérer grand-chose de ce nouveau Guten Tag ?

Ça sent malheureusement les fonds de tiroirs. A ce degré là, parlons moins de recyclage que de mise en bière. Guten Tag n’est pourtant pas un album malhonnête puisque Paul K ne se prostitue pas sur l’autel de featurings dégoulinants. Non, il se contente seulement du minimum… et encore. L’inspiration est au point mort et donne l’impression que l’allemand n’a plus rien à dire, plus rien à raconter. Comme épuisé par son interminable tournée, la curiosité indispensable à tout créateur s’est envolée pour laisser place à une techno prémâchée pour être automatiquement digérée. Tout cela est un peu triste et sent la fin de règne.

Guten Tag nous resserre donc les mêmes ingrédients qu’auparavant, l’envie en moins. La petite mélodie mélancolique qui faisait le charme des compositions passées, disparait pour laisser place à une techno éculée. Car qui écoute encore de la minimale en 2012 ? On se trouve face à un enchainement de tracks techno d’une pauvreté affligeante (Der Stabsvörnern, Kernspalte ou encore Der Buhold). Tout cela sonne profondément daté et chaque morceau ressemble à s’y méprendre au précédent. Ce n’est pas la multiplication des interludes, comme si PK voulait démontrer qu’il était capable de produire autre chose, qui changera la donne. Au contraire, ces digressions bien trop cheap desservent l’album en le morcelant inutilement. De plus, Guten Tag subit de plein fouet une compression sonore inadaptée. En misant sur un tel rendu, la moindre échappée est impossible. Tout est lissé à l’extrême dans un souci de ne pas provoquer l’auditeur. Paul K a beau tenter de nous berner par un excès de basses deep, il n’arrive jamais à faire monter la sève.

Paul Kalkbrenner arrive au bout de son parcours et semble tout faire pour sauver les apparences. Mais c’est bel et bien au crépuscule d’une icône que nous assistons. L’arrivée de ce Guten Tag rappelle la cuvée annuelle de Marc Levy : de l’homéopathie pour les masses, ressassant inéluctablement les mêmes thèmes, sans chercher à noyer le poisson puisque de toute façon le peuple anesthésié n’y voit que du feu. Vous pouvez dormir tranquille.

B2B

Brasser la merde

32 commentaires

  1. freaker

    Tout est dit, si son dernier album était médiocre on a là pour le coup vraiment l'impression d'écouter du Guetta.

  2. Nico

    Moi j'aime bien ce morceau "Das Gezabel". C'est pas la folie de l'année non plus mais c'est agréable. De là à comparer à Guetta..

    1. B2B

      Je compare la stratégie et la façon de faire de la musique... pas la musique en elle même. Sinon, Das Gezabel est aussi inintéressante que le reste (même si c'est le morceau le moins raté de l'ensemble).

  3. axel

    C est ce qui s appelle "brasser de la merde".. En plus de ça il a pris le melon et se prend pour dieux en personne. il faudrait juste qu il redescende un peu..

  4. Danick

    un grand merci pour vos commentaires freaker & axel !!! ... on se demande au final qui brasse vraiment de la merde, que l'on aime ou pas la musique ou l'artiste lol !!?? ceci dit la chronique est assez juste à mon humble avis ; je vais pas épiloguer plus longtemps là dessus, tout a déjà été dit ci-dessus :-)

  5. Choucroute

    Je trouvais votre critique bien salée mais après l'écoute je dois dire qu'il n'a pas tapé d'heures Sup sur Ableton.

  6. Julien_LL

    Personne pour défendre cet étron ? C'est même pas marrant.

    1. B2B

      Les boules ! J'ai même gardé une tripotée d'arguments supplémentaires sous ma semelle, au cas où.

  7. &Co

    Très bonne analyse je trouve, j'ai aussi apprécie la facon de pas non plus taper sur Paul K. qui a surtout l'air complètement dépassé par lui-même. Cette fausse gaieté n'est qu'un mirage pour moi et fait demandé s'il a vraiment envie d’être la ou il est, de faire cette "album" qui fut certainement un des moins travaillé de l'année.

    1. B2B

      Oui, je pense aussi que le Paul K ne comprend pas trop ce qui lui arrive et qu'il erre désormais dans un espace clos et cadenassé. Il semble piégé.

  8. lautré

    Sa musique est au moins aussi nulle que sa copine est bonne! Sur ce point, ne change rien...

  9. nabucho

    Paul K est un chargé de famille / troupe maintenant : il doit désormais faire vivre sur son nom tous les gens à l'accolade de la vidéo. c'est un live show / cirque itinérant qu'il faut alimenter de nouveaux numéros pour poursuivre incessament le show. Piégé donc... Je me souviendrais tout de même avec émotion du morceau "gebruenn gebruenn" qu'il nous a donné voici quelques années.

  10. Pie-rre

    Au final, la boucle est bouclé puisque Paul K se retrouve comme son personnage dans berlin calling soit un dj qui a trop tourné et n'a plus grand chose à donner (ou plutôt vendre).

    Je partage la critique du film, qui est largement surestimé et mensonger car on le décrit telle d'une chronique urbaine de Berlin hors tout le film se passe dans un hôpital psychiatrique, et de Berlin on ne voit qu'un club pendant 10 min. En plus le film, est une repompe de Franckie Wilde la aussi soit disant chronique urbaine d'Ibiza, ou la encore d'Ibiza on qu'un club pendant 10 min.

    1. B2B

      Musique électronique et cinéma font rarement bon ménage. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu un seul film intéressant sur le sujet. Dernièrement, c'est l'ignoble long-métrage brésilien "Les paradis artificiels" qui s'est frotté au sujet. Le résultat est une accumulation de clichés nauséabonds (la drogue, la drogue, le cul, l'osmose communicative, la drogue, la drogue) sur fond de musique trancey (oups Gui Boratto est passé par là). Une infamie.

  11. Moritz

    Paul K= Marc L= you made my day!

  12. JTNK

    et son frangin, vous en pensez quoi?

    1. B2B

      Très peu intéressant (à peine plus que son frère). Le mec fait dans une House pépère et linéaire. Mouais...

  13. L'abbé Quille

    L'histoire d'un mec qui a reçu l'onction divine sans vraiment s'y attendre ni que cela soit mérité. Il ne faut pas non plus perdre de vue qu'avant de nous servir sa soupe de légumes périmées, Kalkbrenner nous a livré qques albums qui sans marqué l'histoire, n'étaient pas non plus des bouses infâmes qu'il nous sert aujourd'hui ( époque BPitch, oui, je sais ,même ça c'est plus ce que c'était). La starisation à du bon, même chanceuse, celle de nous faire comprendre qu'il n'est plus la peine de perdre notre temps a ecouter Paulo.

  14. Paranoiak

    Je l'ai toujours trouvé trop gentil ce monsieur même la BO de Berlin Calling ne m'avait pas enthousiasmé... Merci de me guider dans mes boycotts ! :D

  15. MAXXOU

    Bien résumé! le temps des Steinbesser, Der Berserker et autres Guebrunn Guebrunn paraient bien loin! De la soupe, Paulo Ending!

  16. Philippe 2

    Bon et bien puisque tout le monde les attaque ces frères Kalkbrenner je vais tâcher de les défendre...

    ... non je déconne.

  17. Poulain

    Hen lala, la pochette est dégueulasse en plus ; ça c'est le type qui vient de découvrir photoshop...

  18. Aldebaran

    Je crois que les titres de l'album sont en fait des démos tirées des pires logiciels de mix.

    J'ai vomi...

  19. Xavier

    Bonjour B2B, le redacteur de cet article, avez-vous déjà composé un morceau de musique techno ? Si oui lequel ? Savez vous combien d'années de travail dans l'ombre pour arrivé à la consécration ? Savez-vous utiliser des machines et synthétiseurs en live ?

    Discographie de Paul Kalkbrenner (vinyle & mp3)

    http://www.discogs.com/artist/Paul+Kalkbrenner

    1. Kyklops Karsten

      √ Meilleur Brasseur 2012 !

    2. Funky Monk

      Ah ça, il faut être un brasseur de merde pour savoir brasser la merde. Chapeau Xavier !

  20. sté333

    Oh mais comme je suis pas d'accord! T'as écouté les premiers disques de Paul K, ou pas? C'est simple, ce cd ressemble à Self, Superimpose et Zeit! C'est pas avec ces productions là qu'il est devenu célèbre, ça c'est sûr! Et le "best of" qu'était Berlin Calling lui a permis de décoller, en devenant moins expérimental, et surtout en rassemblant les titres dansables! Faut pas rêver, on entendra jamais du Fred Frith ou du John Cage dans les halls d'hôtel... et un tout petit peu de Kalkbrenner, faut pas croire. Bref moi j'adore ces moments électroniques horizontaux suivis de rythmiques bien costaudes, sur la crête ténue entre recherche absconse et pop...mais c'est sûr que si tu cherches que du planant ou indus à la Touch, Kalkbrenner n'est pas ta crèmerie... De là à parler de David Guetta...

  21. Cathedrale

    Certes, son dernier album pue , m'enfin Berlin Calling +film+ n'est pas si mauvais.

    1. B2B

      Si si, c'est un immense navet (mal joué, mal filmé, mal monté et au scénario affligeant de clichés). Techno et cinéma n'ont jamais fait bon ménage.

      http://www.youtube.com/watch?v=kt3Oj-Dq-MM&feature=player_embedded

  22. Victor

    Et que dirais-tu de poster une de tes créations cher B2B?

  23. popix

    J'ai bien l'impression que tu tapes sur paul ka (et sur gui boratto, et sur fritz) surtout parce qu'ils sont connus et que ça fait classe (pour certains) de taper sur ce qui est connu et dire "c'était mieux avant, quand c'était pas connu ". Ensuite j'aimerais bien que tu me définisses ce que tu entends par techno berlinoise, non parce qu'à Berlin, en passant d'un club à un autre, tu peux écouter de la house, de la techno bien deep, de la minimale (parce que oui ça s'écoute encore, il me semble que extrawelt, dominik Eulberg et solomun ne sont pas encore sur la paille, c'est pas parce que t'es pas fan que c'est dépassé). Et puis arrête un peu de te voiler la face, tu considères que le lien techno-drogue-sexe est un cliché? Tu es déjà allé à une soirée électro? Il me semble qu'ils vendent plus de bouteille d'eau que de bière, et les gens n'achètent pas ça pour se gargariser et avoir une plus belle voix à la messe après. La drogue a largement contribué à la démocratisation de la techno (même si c'est regrettable de réduire la techno à la drogue), je cite léo des heretik (qui sont en grande partie responsable de l'appartion des free party en france) " c'était beaucoup de musique, beaucoup de sexe, et beaucoup de drogue " (à quelque chose près mais l'idée est là). Ce qui fait la transition sur le sexe: le sexe et la techno sont étroitement liés premièrement parce que la drogue et le sexe le sont indéniablement : la coke, par exemple, te donne un sentiment de confiance en toi (parfait pour draguer) et de toute puissance sexuelle. Or la coke est l'un des principaux problèmes de la vie nocturne berlinoise (je la laisse te convaincre, le dernier paragraphe contextualisation est intéressant http://www.konbini.com/fr/tendances-2/drogue-berlin-lettre-ouverte/). Et puis dois-je te rappeler que le berghain, "façade" de la vie nocturne berlinoise était à l'origine une boîte gay, que le lab.oratory l'est toujours et fait partie du berghain, et que les snax party organisées dans ce club sont des soirées destinées à un public gay (tu vois que la question de la sexualité n'est pas étrangère au monde de la techno et peut même être un argument de vente). Enfin, pour ce qui est de la musique de paul kalkbrenner, je trouve la comparaison avec david guetta abusive et facile: guetta fait de la commerciale, abuse de featuring pour vendre, joue dans des stades de foot alors que kalkbrenner n'en fait pas (comme tu l'as justement dit), et fait sa musique depuis toujours, il a pas changé de style pour le public, le public l'a aimé pour son style, ducoup il continue (bon c'est vrai qu'il prend pas trop de risques ducoup) et la création de son label, certes tu peux voir ça comme un moyen de s'en mettre plus dans la poche, mais c'est aussi un moyen de rester indépendant vis-à-vis des labels et de faire ta propre musique. Et ducoup c'est lisse parce que c'est comme ça sa musique, c'est progressif, répétitif mais sans tourner en rond (j'ai toujours trouvé que les pistes s'ajoutaient toujours au bon moment personnelement, faut avoir le temps de tout entendre ;).

    1. B2B

      Merci d'avoir déterré cette chronique. J'avais oublié le Paul Kalkbrenner, dont je n'ai pas écouté une traitre note depuis maintenant 1 an et 5 mois. Sinon, je ne réponds pas à tes questions. Il y en a trop et elles risquent d'amener des réponses offensives. Tu viens seulement de tomber sur le site SWQW par hasard. Je te conseille d'aller lire (et écouter par la même occasion) quelques chroniques techno et house récentes sur le site. Tu verras que l'on maîtrise un minimum notre sujet (et donc le rapport au cul, à la drogue, au clubs, Berlin et j'en passe, concernant le sphère techno).

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