silent weapons for quiet wars

Pochette de Loud City Song

chronique · 27 septembre 2013 · Autre

Julia Holter

Loud City Song

par Julien Lafond-Laumond

Il a toujours été impossible de détester Julia Holter. Jeune femme touche-à-tout, tantôt chanteuse pop mignonne et déglinguée (nouvel onglet), tantôt expérimentatrice forcenée (nouvel onglet), elle nous a depuis quelques années proposé quelques CDr agréables et attachants plus deux premiers albums prometteurs. Le premier, Tragedy, était un patchwork inégal de ses essais lo-fi mêlant comptines coquines et bizarreries un poil superficielles. Le deuxième, Ekstasis, a monté d’un niveau : il présentait des chansons audacieuses, parfois très belles, avec en prime des arrangements érudits et quelques fois très réussis. En somme, jusqu’à aujourd’hui, Julia Holter était une plante en floraison, arrivant lentement à maturation, progressant discrètement à chaque nouvelle saison. Elle était une artiste qui laissait optimiste. On pouvait la trouver maladroite, un peu ennuyeuse parfois, mais pétrie de talent et de bonne volonté, avec surtout un charme envahissant et enivrant qui faisait dire que, quoiqu’il arrive, on la sentait bien.

L’intuition a été bonne. Loud City Song, son troisième opus, ne fait pas que confirmer le bien qu’on pensait d’elle depuis Ekstasis, il révolutionne au contraire notre perception, il la bouleverse. Tout à coup nous jouons dans une autre cour, et Julia Holter n’est plus le bébé Kate Bush lo-fi, c’est son égale, son héritière franche.

Loud City Song impressionne, fascine. C’est un disque au charme évident, on s’y abandonne tout de suite, on s’y promène. Julia Holter, comme d’hab, construit une sémantique musicale compliquée où s’articulent balades contemplatives, sautillements pop, pulsions jazz et essais théoriques. Et tout fonctionne, c’est un délice de se plonger dans les méandres de cet album dont l’imagerie est quelque part entre Kate Bush, donc, Robert Wyatt et Scott Walker (« pas des tapettes », confirme Tony Parker). Effectivement, on a plus du tout envie de présenter Julia Holter comme la jolie intello des sphères DIY de Los Angeles, elle a dorénavant une autre portée, une classe supérieure qui ne fait plus jouer petit bras, à l’économie.

Loud City Song est un grand disque, un immense disque même, agréable et plaisant dès le premier contact et dont les trésors ne finissent pas de se déployer au fil des écoutes. Julia Holter ne commet aucune bévue, ne tombe dans aucune facilité. Sa pop est d’avant-garde. En fait, on ne cesse d’être surpris, stimulé, dérangé, tout en étant par ailleurs caressé sur la tête d’une main douce et chaleureuse. Le chic baroque et la conception post-moderne se mêlent : c’est cette recette-là qui bât son plein. Et on se dit que, ma fois, Julia Holter doit être vraiment naturellement intelligente pour nous pondre un truc comme ça. (c'est peut-être mon disque de l'année)

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

6 commentaires

  1. julienl

    Petite coquille dans le premier paragraphe : "trouver" et pas "trouvait" maladroite.

  2. Georges White

    Je ne connaissais pas. Le titre que tu as choisi me rappelle énormément ce que faisait le couple Daou au début des 90's (avec sa femme Vanessa aux vocals). Je comprends ton enthousiasme, mêlé pour ma part d'une bonne dose de nostalgie.

  3. SEN

    Fantastique, il n'a fallut que les 3 premiers morceaux pour me convaincre d'acheter le skeud en vinyle ! Un des meilleurs album écouté cette année !

  4. Matthieu T

    "quelque part entre Kate Bush, donc, Robert Wyatt et Scott Walker", c'est bon, j'achète! En tout cas c'est une bien belle critique pour un album qui est effectivement superbe.

  5. Marc

    Kate Bush,je ne vois pas,et encore moins Scott Walker...J''y entends plus du Siouxsie dans la voix pour ma part, et quelques relents d'Hooverphonic ou Alpha par instants. Album assez étrange dans l'approche. Ce périple parisien fantomatique me parle en tout cas,et la demoiselle est pétrie de talent,la chose est entendue. Bon Wyatt n'est jamais loin,l'influence du type quand-même,quand on y pense... Malgré ce "This Is A True Heart" anecdotique selon moi,il me semble oui,que nous voila en face d'un grand disque.

  6. julienl

    Même pas Kate Bush ? Ça me semble pourtant tellement évident dans le positionnement artistique général. Pour Scott Walker je reconnais que c'est plus subtil. En fait c'est "World" ainsi que ses collaborations studio ou live avec le (génial) compositeur Michael Pisaro qui me font penser à Walker. Même amour pour les silences anxiogènes et les orchestrations dénudées.

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