silent weapons for quiet wars

Pochette de Bossa SuperNova

chronique · 31 août 2013 · Autre

Radiation 10

Bossa SuperNova

Vous, qui par cette chaleur torride, aimeriez vous dandiner sur des plages d’Amérique latine en sirotant un cocktail frais, ne vous faites pas alpaguer par ce titre d'album qui sent les palmiers. Radiation 10 c'est plus l'enfant d'Hiroshima que d'Henry Salvador !

par Glézio

Bossa SuperNova commence et Radiation 10 (nouvel onglet) ouvre directement le feu. L'alarme retentit, la guitare se tord et nous écorche, le trombone et la trompette raclent, la grosse caisse et la contrebasse parsèment le tableau de quelques explosions, pendant que la caisse claire militaire nous entraîne avec elle dans cette guerre moderne où une atmosphère cataclysmique règne.

Cet album, construit comme une suite orchestrale (aussi sous cette forme en live), intègre une dimension narrative. Bien qu'il soit difficile d'en définir un sens précis, le déroulement est comparable à une visite guidée, dont l'objet est purement fictif et onirique. Les paysages défilent. C'est une terre désolée que l'on découvre, un désert humain, un décor qui ressemblerait fortement à Tchernobyl depuis la catastrophe, une atmosphère que l'on croit connaître, mais où une tension inconnue reste omniprésente : Une zone irradiée.

Radiation 10 est un mini big-band mutant, c'est ainsi qu'ils se décrivent. En effet, l'instrumentalisation est plutôt atypique. Constitué de 10 membres, la formation du collectif Coax (nouvel onglet) allie des opposés où le violon côtoie la batterie, le trombone s'associe à la guitare électrique, le fender rhodes échange avec le vibraphone. Radiation 10 c'est aussi une formation sans leader. Les compositions ont été également réparties entre les musiciens, chacun d'eux étant à tour de rôle soliste, mis en avant ou accompagnateur. C'est cette osmose parfaite qui donne à cette épopée musicale ce son si inhabituel, unique et surtout cohérent.

Cet ensemble assez atypique donne à Radiation 10 une liberté créative authentique. Beaucoup de compositions se construisent autour de patterns rythmiques répétitifs où chaque partie instrumentale se rajoute à l'ensemble par couche ; le spectre sonore se remplit avec finesse, se sature quand l'effet de désordre est recherché. Sans aucun doute, l'évolution sonore est au centre du projet. On la retrouve au sein de chaque mouvement, mais aussi dans la structure complète de l’album.

Du jazz avant-gardiste, mêlant une écriture contemporaine à des formes et des énergies de rock-progressif : La formule rappelle un peu le "Tower Bridge" de Marc Ducret (influence que l'on retrouve aussi dans le jeu du guitariste Julien Desprez). Cependant, la nouveauté se trouve sans doute dans la place occupée par chaque musicien. C'est cette dimension, que l'on avait un peu perdue dans le jazz depuis les fanfares de la Nouvelle-Orleans et que l'on retrouve aujourd'hui plus fréquemment, où l'accompagnement ne sert pas uniquement à soutenir le discours du soliste. Ici, les chorus sont presque camouflés par la puissance de l'ensemble, leurs discours servent l'énergie globale et les oreilles des plus mélomanes. Le héros de cette épopée devient l'histoire elle-même, le monde ici décrit. Les narrateurs, eux, s'y dédient corps et âme.

Entre construction et déconstructions successives, alternances de havres de paix et de désordre apparent, les 10 membres du groupe aux allures mutantes nous font découvrir toutes les saveurs de ce monde que peu de gens osent goûter, et lorsqu'on y goute, on aime ! Un peu comme les expressionnistes du début du XXème siècle, Radiation 10 cherche la beauté dans l'angoisse, mais dans une version contemporaine, amenée par l'électrique, la polyrythmie et l'énergie du rock moderne.

Bossa SuperNova est donc une bonne surprise. Peut-être pas accessible à un large public, l'unité de ce mini big-band mutant permettra pourtant aux non-initiés à la dissonance et au jazz d'avant-garde de se laisser embarquer dans l'univers loufoque de Radiation 10. Soyez curieux, goûtez-y sans a priori !

Glézio

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Georges White

    Ca a tout d'un combo post-rock ça (n'y voit surtout pas là quelque chose de péjoratif).

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · autres

    En attente