
On avait laissé Lawrence (nouvel onglet) début 2013 avec le bien nommé maxi ’In a rush’ sorti sur Smallville rappelant cruellement un label depuis quelques temps en perte de vitesse. Il faut dire que Peter Kersten, de son vrai nom, a réduit le rythme de ses productions pour se concentrer sur ses trois labels, Smallville donc, mais aussi Pampa et Dial (nouvel onglet). Pas vraiment le temps de s’ennuyer entre un album de John Roberts et de Dj Koze, même si le genre peine à retrouver un souffle. C’était sans compter le magnifique Etoile du midi, sorti l’année précédente sur Dial, où affleurait son amour inconditionnel pour la techno de Détroit, orient fantasmatique pour un producteur deep house vivant à Hambourg. La musique de Lawrence a toujours tenté de dessiner cet horizon où se croiseraient les aspirations futuristes et décadentes de la motorcity et la froideur du groove minimal allemand en le teintant de nostalgie et de baléarisme.
Films and windows est donc le sixième album de Lawrence qui signe à cette occasion son retour à la maison mère Dial. Un retour qui n’est pas si anodin puisqu’il s’agit de son premier label même si sur ce nouvel opus apparaissent aussi certaines de ses productions égrainées sur Pampa ou Mule Electronic. Cet album, Lawrence l’a muri secrètement au fil des années et le résultat de ce travail patient et quasi sous terrain est saisissant de brio et de justesse. Certes le producteur fait partie de ces artistes qui creusent à chaque fois le même sillon et beaucoup reprocheront légitimement à ce disque de n’apporter aucune véritable surprise. Mais contrairement à nombre de ses pairs, Lawrence arrive toujours à produire une deep house élégiaque où classicisme rime encore (et souvent) avec classe. Films and windows est de ce point de vue bien plus qu’un hommage à l’âge d’or d’un genre oublié et restreint à une frange d’amateurs, pour ne pas dire d’esthètes, c’est aussi un parcours onirique et introspectif où chaque track à la production cristalline invite à la flânerie solitaire et nocturne, comme se perdre dans les galeries des châteaux de glace imaginés par Larry Heard.
Plus de dix ans après son premier maxi, Lawrence poursuit son chemin vers une deepness toujours plus mélancolique, pétrie de nostalgie, où chacune de ses productions semble revenir inlassablement sur le lieu d’un regret enfoui. L’occasion avec cet album de retracer discrètement son héritage, éclairant avec pudeur les moments marquants de sa carrière, telle une projection privée. Comme souvent il y est question de liens fragiles entre un passé immémorial et un futur inaccessible (ce qui était déjà à l’œuvre sous son autre alias, Sten). Films and windows est à n’en point douter un autoportrait, la photographie légèrement floutée d’un homme et d’un style à l’instant de leur mue, à la fois trop précoces et inévitablement ancrés à la tradition, comme le fut à son époque le cinéma.
Films and windows est un disque du soir, hymne à la nonchalante introspection, mais aussi paradoxalement attiré par la lumière, par le sud. Dans son rêve, celui qui vit la nuit est tout entier tourné vers la lueur du jour (et ses avatars). Bien que foncièrement oldschool, la musique de Lawrence ne verse pourtant jamais dans l’amertume ni le passéisme. Ce nouvel opus est au contraire une bonne nouvelle et une surprise d’autant plus inattendue dans le giron deep house qu‘elle émane de celui qui en a esquissé il y’a quelques années le possible renouveau. Films and windows est une véritable leçon d’humilité, une révérence à un passé qui n’est pas qu'un simple souvenir peuplé de fantômes (à l’instar du revivalist) mais aussi une source intarissable d’inspiration qui ne tourne jamais totalement le dos à la modernité. Ce très bel et touchant album marque donc un jalon important dans la carrière de Lawrence tout comme pour la deep house en 2013, que beaucoup croyaient moribonde. N’en déplaise à ceux qui l’auraient enterrée un peu trop vite, la deep house est encore bien vivante.






Brasser la merde
6 commentaires
shadowbox
...et la deep house vivra toujours! Excellent album oublié de 2013, merci d'en parler, mieux vaut tard que jamais. C'est vrai que Smallville s'est endormie, rien entendu de vraiment enthousiasmant depuis Salty Days. Quant à Dial et Pampa, j'ai été, pour ma part, décontenancé par l'album de John Roberts et pas vraiment conquis par celui de Koze. bref ce n'est pas chez ces grands labels 'dipoussiens' que j'ai trouvé mon compte en 2013... sauf pour cette galette de très bonne facture que tu résumes avec justesse (après je n'irai pas jusqu'à dire qu'elle marque un jalon important dans la deep house de 2013, faut pas exagérer non plus) hâte d'écouter le nouveau de Roman Flügel
Chedi
Il ne faut pas oublier le Steven Tang de cette année non plus, relativement bon mais fort sympathique à mon sens. Smallville reste tout de même La maison des patrons en matière de house profonde et pénétrante.
Georges White
J'ai la même impatience que toi pour le Roman Flügel. Je parlais de jalon car le genre est en train de s’essouffler et qu'il est parmi les seuls (mais certainement pas le seul) a avoir poussé la deepness à ce niveau d'introspection. Quant à Steven Tang, dont je trouve l'album vraiment chouette, même si un rien paresseux, je le classerais d'avantage parmi les artistes techno. Voilà pourquoi je n'en ai pas parlé.
shadowbox
ok, dit comme ça, ça a plus de sens :) niveau introspection, j'ai adoré l'album d'Anton Zap, en fait je le trouve juste parfait, même si ce n'est pas de la deep house à la Lawrence.
Rogojine
La deep house après quelques minutes of Sleep va se réveiller doucement sur ce qui se fait de mieux
HUGH
Très bon review pour un très bel album, Creator (Final Call) est pour moi un véritable chef d'oeuvre. Je m'en vais le réécouter en entier de ce pas. L'EP de remix est également très bon, particulièrement la relecture de Carsten Jost et DJ Richard. Lawrence reste incontestablement un des orfèvres de cette école allemande qui a su se façonner une véritable identité, lui particulièrement. Malheureusement, cette école est en retrait et les sorties de cet acabit se font bien rares, dans un contexte où la tendance actuelle est à la house brute et bruitiste voir sale (dans le bon sens du terme). Toutefois, dans une veine plus dub/techno mais avec la même classe et sens du détail qui caractérise ces labels, Smallville nous régale avec le dernier LP de STL qui est pour moi le meilleur Smallville depuis bien longtemps. La deep house racée allemande est donc toujours là (un peu planquée mais toujours là) faisant tranquillement ce qu'elle sait faire de mieux, sans tomber dans la tendance.
Par contre, même si il en est proche, Pampa n'est pas son label mais celui de DJ Koze. Sauf si il l'a rejoint récemment?
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