
chronique · 15 mai 2013 · Hip-Hop / Rap
Lucio Bukowski & Mani Deïz
La noblesse de l'échec
La création est la seule forme de lutte. Elle apaise mon âme d'ici que le sort me bute. (Lucio Bukowski)
par Lexo7
On parle beaucoup de Lucio Bukowski actuellement. En même temps, il le mérite. Si il y a un rapeur français à avoir poussé l'indépendance jusqu'à l'étymologie de son terme, c'est bien lui. Le lyonnais arbore la désinvolture et l'impertinence de ceux qui ont compris que la seule liberté qui soit est avant tout intellectuelle. Je pense secrètement qu'il a beaucoup plus de respect pour lui-même que pour l'auditeur de rap lambda (ton sond il é tailement lour mec !!!). Le compromis, qui est toujours un chemin boiteux quoi qu'on en pense, il ne l'empruntera pas. Il préférera s'auto-saborder plutôt que de répondre aux sirènes perfides du grand journal. Loin du "game", du spam compulsif et de la punchline "bûcheronne", il taille des costards en sapin dans ce bois de Boulogne qu'est le rap heganonal. Lucio est un mec qui lit mais qui ne prend pas son auditoire pour le jury du bac français (une dédicace à qui se reconnaîtra). Il pose certains de ses projets en "paye si t'as envie" sur son bandcamp, reste fidéle à ses comparses de l'Animalerie et presse malgré tout quelques vinyles (dont Sans Signature, son dernier en date). Il ne fera pas plus d'oseille que ça, et il le sait. Ce qui lui permet de dénoncer un certain purisme 90's, tout en glorifiant le socle rap qu'a été, est, et restera l'egotrip.
Pour ce projet gratuit, il s'est associé au beatmaker Mani Deïz (Kids of Crackling). Des gens aussi sérieux que L'Indis, Jeff le nerf, L'Hexaler, Swift Guad (et beaucoup d'autres bâtards sans gloire) se l'arrachent. Voilà qui le hisse au rang des pointures, aux côtés de Char du Gouffre ou d' Al'Tarba (dans un registre très différent). Parce que je ne témoignerais jamais assez d'amour et de respect aux indécrottables adeptes de la SP-12 ou de la station MPC 1000, le boulot de ce mec, encore plus pour un gratuit, est vraiment à saluer comme il se doit. Pour combler les esthètes et les MCs en devenir, les six instrus que constituent ce format mi-court font aussi partie du package.
Né pour créer au coeur d'une masse grouillante, Lucio Bukowski garde la tête froide mais ses idées bouillantes. Le début de sa noblesse de l'échec est donc une glorification de l'humble et souriante "loose", des incendies de talents volontaires et des faussement grossières enveloppes conscientes. Sa diction est toujours aussi fluide, rebondit,respire, esquive et attaque les lignes comme un autre Noble Art. La simple efficacité des drums et des prods de Mani sert particulièrement son débit "boxé". Pour varier les plaisirs et les sports de combat, La légende du grand judo envoie autant de parpaings à qui en veut avec la même souplesse. A ceux qui n'ont pas joui depuis qu'IAM est révolu. A ceux qui pensent que l'egotrip n'est pas du rap mais qui refusent de brûler leurs skeuds ricains. Avec le petit côté salace qui lui va bien aussi. Pour faire bouffer une plus grosse part de tatami.
Un peu révisionniste disons qu’mes rimes effacent les tiennes
Plus de flow que d’œstrogènes dans une soirée lesbienne
Avoir mauvaise réputation, un vagin d’rouquine
J’gratte des bombes pour briser cette putain d’routine
Bien loin des lieux communs et des discours pseudo-conscients surtout candides, Amérindiens envoie du pavé dans les mares de la liberté virtuelle et des démocraties factices. Souhaitons qu'il reste quelques places à prendre dans sa mentale réserve. Du Nabe gravé sur le surin, on ira y attendre la mort de l'Occident comme les Amérindiens.
Le temps est une vieille pute aux yeux de panthère
Furor Arma Ministrat, agrémentée de choeurs spectraux samplés, du débit roublard et nonchalant du narvalo de la Croix de Chavaux est sans aucun doute la tuerie de l'album. Comme la corruption qui navigue dans les même partouses que la démocratie, Bukowski et Swift illustrent très bien certaines contradictions et paradoxes. Un peu comme une bite sédentaire férue d'adultère.
Ils veulent l'égalité. La voilà, tous les connards se valent.
J'envoie des bouts de moi dans ton crâne, je suis poète shrapnel. Te fous les tripes sur le trottoir #Whitechapel
Marvin Hagler avec un mic est tout aussi excellent même si d'habitude, je ne m'autorise pas à apprécier un Mc qui trashe Fabe. Il n'empêche qu'encore une fois, les liens entre rap et boxe sont extrêmement bien vus. Encore plus avec ces ponctuations snare, piano, cuivre sur l'instru. Bukowski se voudrait tel "Marvelous" devant le front national local à la Wembley Arena en 80. On aimerait bien refaire l'histoire, et imaginer que les gesticulations lâches d'un Sugar Ray Leonard potentiel et vieillissant ne vienne lui dérober son titre sept ans plus tard.
Sur une instru tout aussi enlevée mais plus légère, Psaumes Métropolitains n''est pas abandonné par sa plume coup de poing, acérée et lettrée. Vu les chimères qu'il traîne, il meurt de soif auprès de La Fontaine. Le seul regret est qu'il augure peu-être de la fin prochaine de ses rengaines. Si le verbe se tait, la plume continuera néanmoins d'exister.
Tous ont confondu l'homme libre et l'esclave sans chaînes
Dans un monde médiocre, l'art est vu comme un sans gêne
La chose essentielle est celle qu'on ne dit pas
Chaque espoir est un paradis qu'on ne vie pas
Bien aidé par les instrus très bien produites de Mani Deïz et mixées par Bilbok, capables de mêler Beethoven, jazz africain, Tino Rossi et Big Punisher, Lucio Bukowski offre gratuitement un projet rap tout ce qu'il y a de plus frais. Ce qui ne doit pas vous empêcher de débourser quelques deniers bien mérités si vous l'aimer.






Brasser la merde
4 commentaires
Aliocha
Enfin une chronique pour Lucio qui porte la poisse...
A quand une chronique pour Brel https://www.youtube.com/watch?v=lAdyH9r47wQ ou pour lui https://www.youtube.com/watch?v=3dFpHlNxF1U ... enfin, à la votre !
Merci les chroniques électroniqued
Bon4venture
Ils étaient presque meilleurs quand ils étaient jeunes..
https://www.youtube.com/watch?v=00g3sA_TX4M
"Pour ton hip hop de merde j'allume un cierge Car entre nous j'préfère écouter un CD vierge"
ellia
franchement c'est excellent.
Yannosh
Ouah bon sang, déchire cet EP... Marvin Hagler avec un mic... délicieuse celle là
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