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Pochette de The High Frontier

chronique · 19 juin 2013 · Weird Rock / Metal

Lumerians

The High Frontier

T’aimes ça, la transe ? Reste dans le coin, les Lumerians reviennent t’offrir une bonne tranche de kraut-rock actualisé, fait maison.

par Mattooh

Tu les découvres peut-être, mais les Lumerians (nouvel onglet) exercent déjà depuis pas loin d’une décennie. Depuis leur base arrière californienne d’Oakland, ils mitonnent à l’écart de toute agitation médiatique de savants disques ayant pour ambition le plaisir cérébral sous une forme teutonne et ancestrale, basée sur le martèlement et une nostalgie manifeste de cette époque où la musique ne s’envisageait que non diluée. Parfois, masqués et encapés, ils viennent jouer leurs compositions près de chez toi lors de messes noires au groove malade et tenace ; toi, tu télécharges le dernier Daft Punk ou tu te rends aux concerts de faussaires psychédéliques notoires (des noms ! des noms !), alors tu as le corps et l’esprit ailleurs.

The High Frontier constitue leur second véritable album. Le premier m’est inconnu, mais le recueil de longues compositions improvisées Transmissions from Telos Vol. IV, sorti l’an dernier, m’avait déjà quelque peu mis en alerte : peu de chant mais beaucoup de komischen vibrations cosmiques, voilà le programme.

Le mysticisme tribal sur rythmiques cheap, motifs synthétiques répétitifs et chant psalmodié de Dogon Genesis évoque une version années 80 de OM sur tartine de psychédélisme pour les nuls, et bien que cette description sonne abominablement peu attrayante, cette entrée en matière convainc sur la longueur. D’autant qu’elle est suivie de The High Frontier, titre éponyme dont l’intro placide mystifie l’auditeur avant que ce break ravageur fasse basculer l’affaire dans une construction basse-batterie qui déhanchera plus d’un freak sur les dancefloors de festivals où personne ne va.

Pièce maitresse du disque (et déjà présente sur l’EP Horizon Structures sorti l’an dernier), The Bloom est un petit bijou de finesse de composition et de sonorités échappées du futur tel qu’on le concevait dans les années 60-70. Superposant choin-choins analogiques de l’espace, lignes de basse + percussions robotiques et martyrs de guitare, ce titre s’enfonce progressivement dans un bouillonnement claustrophobe propre à épouvanter le premier hipster égaré. Entre post-punk et acid-kraut, tu viens de trouver la bande-son de ton été saccagé par la pluie.

A partir de là, la partie est déjà gagnée haut la main mais comme les Lumerians sont des champions, ils ne remballeront pas sans panache, en te laissant la queue entre les jambes. Tout ce qui suit maintient la flamme bien ardente : Koman Tong et ses motifs afrobeat gentiment entêtants, Smokies Tangle qui colle au cerveau, Life Without Skin qui nous refait le coup du démarrage en trombe à mi-parcours avec en sus le final épique sur chœurs + choin-choins puant l’état de grâce, et Abudhabijhab, conclusion cotonneuse idéale.

Suivant les sensibilités, le disque peut toutefois pêcher par des rythmiques localement un peu faiblardes. Si ces sonorités vintage et maigrelettes sont manifestement un parti-pris du groupe et une composante importante de leur son, je serais curieux d’entendre comment sonneraient ces Lumerians avec un vrai batteur musclé – genre Emil Amos, de OM. On peut aussi reprocher à ce disque un côté exercice de style, tant il est relié à une époque et à tout un tas de disques conçus par des junkies pour des junkies. Sauf que la force de ces compositions, et on s’en rend compte au fil des écoutes, c’est ce petit goût de reviens-y qui fait des Lumerians de vrais compositeurs de talent ; les sonorités si typées de ce répertoire ne cachent qu’un temps la vraie qualité des pièces de musique ici enregistrées. En clair : fonce, coco, tu trouveras difficilement de la came plus pure que ça en 2013.

Entre purisme intrinsèque dans le respect des anciens (une évidente obsession pour Can, Amon Düül, & co) et émancipation (petit maelstrom d’influences issues de divers continents, ce qui les différencie de la froideur d’un BEAK>), les Lumerians tracent leur chemin et pondent cette petite merveille de groove lancinant, d’inventivité mélodique et de rigueur dogmatique. Manges-en, va.

Mattooh

Brasser la merde

3 commentaires

  1. Noirhomme Adrien

    Me trompe-je peut-être mais je pense que s'ils n'ont fait qu'un album avant celui-ci, ça doit être "Transmalinnia" sorti il y a deux ans. Si vous ne le connaissez pas encore, essayez vite de vous le procurer. Comme ce nouvel opus, c'est une immersion cosmique étrange mais hautement agréable.

    1. Mattooh

      Yep c'est ça, un album avant mais l'an dernier ils ont aussi sorti "Transmissions from Telos Vol. IV", recueil de divagations pas inintéressant.

  2. paul le poulpe

    absolument d'accord, le batteur est trop light. Ca manque de tatapoum, mais sinon c'est très très bien gaulé.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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