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Pochette de One Of Us Is The Killer

chronique · 17 mai 2013 · Weird Rock / Metal

The Dillinger Escape Plan

One Of Us Is The Killer

On s’habitue à tout, même à l’ultra-violence.

par Mattooh

Et à force de pousser dans toutes les directions pour éviter à la fois la redite et la posture consistant à faire de la musique extrême pour faire de la musique extrême, The Dillinger Escape Plan (nouvel onglet) a pris le risque de diluer au fil des albums l’admiration mêlée d’incompréhension qu’ils suscitaient. Sur Option Paralysis en particulier, les refrains cagneux et ces titres qui ne sonnaient que comme des redites poussives de leurs plus belles prouesses (Chinese Whispers décalqué sur Milk Lizard, Widower et Parasitic Twins loin de retrouver la maestria derrière Dead As History et Mouth Of Ghosts) les ont fait paraître humains après tout (ce sera là ma seule concession à l’hystérie ambiante autour des deux faussaires encasqués, maintenant circulez), perfectibles ; un peu comme Jérôme Cahuzac. Autrement dit, si l’impatience à l’écoute de One Of Us Is The Killer est indéniable, mes attentes ne sont plus vraiment les mêmes qu’à la découverte de Miss Machine ou Ire Works.

Ils sont même devenus agaçants. Cette omniprésence sur les réseaux sociaux avec cette tendance, interviews comprises, à se complaire dans une autoglorification de leur propre extrémisme musical et comportemental, après 15 ans de carrière, n’est-ce pas une belle passade extrémiste qui s’éternise et prend le risque de se caricaturer ? Il est difficile d’associer un tel jusqu’au-boutisme musical et physique avec longévité, pense-t-on à l’aune de sa propre décrépitude physique (pas toi ?) et de la lassitude bien légitime qu’on peut éprouver en réécoutant certains coups de cœur fugaces de l’adolescence. Et puis on se dit que si Converge y parvient d’autres le peuvent, et que cette attitude est aussi la preuve que si toi tu raccroches, eux sont bien restés de sales gosses exhibitionnistes – condition sine qua none pour écrire ce genre de disque et partir le défendre en tournée pendant 2 ans.

Et bon, on met OOUITK dans la platine.

A la découverte, un album de The Dillinger Escape Plan restera toujours ce gros paquet d’idées épileptiques éprouvant, à la production rutilante mais pas facile à dénouer. Puis le disque se révèle, et présente finalement peu de surprises ; le gros de l’évolution dans le son du groupe ayant été fait entre Calculating Infinity (1999) et Miss Machine (2004), depuis 3 albums Dillinger se contente de polir sa formule et tourner les potards de son tableau de bord hardcore. On reste dans la lignée d’Option Paralysis, à ceci près que les passages proto-émo y piquent moins les oreilles et finissent même par rester coincés dans le cerveau. Les phrasés de funk blanc dégénéré de One Of Us Is The Killer ou Nothing’s Funny rappellent que sur son EP Plagiarism, Dillinger reprenait brillamment Justin Timberlake et que ça ne pouvait pas être que du second degré. Mais surtout, les patates hardcore bien senties (The Thread Posed By Nuclear Weapons, When I Lost My Bet, le pont affolant de Nothing’s Funny), la drague du vieux fan à coups de géniale intro robotique (Understanding Decay), les hallucinantes moulinettes de guitare prog-jazz (When I Lost My Bet, Crossburner, Understanding Decay, … la signature du groupe, en fait) sont là, plus convaincantes que sur Option Paralysis. Les mélodies s’infiltrent sur presque tous les titres, pour un résultat plus bipolaire que jamais mais parfaitement intégré. L’apaisement n’est donc pas encore d’actualité, la brutalité restant le mode d'expression naturel du groupe. Aucun coup de mou ne se fait sentir au long de ces 11 titres vigoureux comme n’importe quelle seconde de Calculating Infinity.

Et le chant, demandes-tu ? Voyons ça.

Quand Greg Pusciato a intégré The Dillinger Escape Plan en tant que chanteur, c’était en 2001, avant l’enregistrement de l’album Miss Machine. En introduisant des plages de normalité via des refrains mélodiques sur lesquels le groupe était bien obligé de parfois jouer autre chose que des doubles croches, le garçon a divisé ; 10 ans plus tard, il s’avère que c’était pour mieux régner. Quand le groupe rince un batteur et un second guitariste tous les 2 mois, Pusciato garde le micro entre les crocs et tataner depuis plus d'une décennie des faces de white trash sur le front des fosses du monde entier. Les occasionnels grincheux lui reprochent bien de singer Mike Patton, mais au sein d’un groupe ayant enregistré un EP avec le Général (Irony Is A Dead Scene, inratable), ça tombe plutôt pas mal. D’autant que Pusciato maitrise parfaitement l’art du murmure pervers, du grognement vicelard et de l’envolée lyrique bien placée.

Plus problématique en revanche, l’organe de M. Muscle a pu se vautrer ça et là dans des ornières émotives lourdaudes, du genre qui indigne sévère le tough guy que tu prétends être dans ton pâté de maisons pavillonnaire accessible depuis le RER B ; je veux parler de ces Unretrofied, Black Bubblegum ou Widower, tous ces titres que, fébrile, tu as pu chantonner un dimanche matin sous la douche mais qui vieillissent affreusement mal. Bonne nouvelle : sur One Of Us Is The Killer, pas d’incident notable à déclarer. Pusciato sait temporiser ou s’arracher là où il aurait pu minauder par le passé (Prancer, Understanding Decay, la fantastique Crossburner), ou se modère sur des plages de faible modulation sur lesquelles la voix se cale sur l’harmonie des guitares (Hero Of The Soviet Union, très réussie). Le brutos s’amuse, jongle avec les extrêmes (Paranoia Shields) et affine ses méthodes. Si la greffe a pu frôler le rejet, The Dillinger Escape Plan se rapproche aujourd’hui du meilleur moyen d’introduire les mélodies vocales dans son univers psychotique et brutal.

Complètement maître de son mathcore cocaïné, The Dillinger Escape Plan parvient toujours à sonner comme lui-même. Jamais le groupe ne dévisse vers un vulgaire ersatz de djent et reprend même de la vigueur après un Option Paralysis peu inspiré ; après 15 ans de carrière à œuvrer dans un style si périlleusement funambule, ce n’est pas rien. Même quand les refrains se couvrent de sucre, la déstructuration est permanente et la technique reste un moyen, pas un objectif. De quoi causer aux adeptes de sauvagerie clinique et du refrain chanté occasionnel, plus qu’aux nerds chevelus férus de technique pure et dure. Mais dis-toi bien que le jour où leurs compos vireront à l’exhibition d’école de musique de type démonstrateur Ibanez à t-shirt slim, on sera là pour te prévenir à temps. En attendant, la voie est libre.

Mattooh

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