
chronique · 4 février 2013 · Techno / House
Marc Romboy & Ken Ishii
Taiyo
Eté 2012, Marc Romboy et Ken Ishii larguent le maxi Taiyo (太陽) dans les clubs. Cette machine de guerre taillée pour un peak time gonflé à la MD reçoit immédiatement un accueil enthousiaste. Faut dire que nos deux compères connaissent la chanson puisque cumulant pas loin de 40 années de carrière.
par B2B
Le teuton Marc Romboy (nouvel onglet) doit sa renommée moins sur ses vulgaires sorties persos que sur sa carrière de producteur et directeur de label. C’est lui qui dirige Systematic (nouvel onglet), entité macrocéphale distillant une techno autoroutière tapageuse et étouffe-chrétien (logique quand on tient un Stephan Bodzin ou un Robert Babicz dans son catalogue), formatée pour les clubs démesurés et standardisés. Marc Romboy c’est le mec de l’ombre, celui qui observe avec recul l’évolution de la techno pour tenter d’en faire la synthèse la plus fédératrice possible, quitte à y perdre son âme. Tout le contraire du japonais Ken Ishii (nouvel onglet), figure incontournable de la sphère techno dans l’archipel lointaine. Ken Ishii c’est 20 ans de carrière, des albums à la pelle, une techno puissante et reconnaissable dès les premières mesures, un mec se jouant des codes en vigueur, ne courbant jamais l’échine.
La rencontre musicale entre Marc et Ken s’est opérée en prenant en compte la distance puisque chacun a composé dans son coin, envoyant régulièrement à l’autre ses trouvailles pour qu’elles soient enrichit, remodelées. L’album Taiyo est né de cet échange de données et d’idées. Et justement, ça s’entend à chaque instant, sans que cela ne soit une tare. On sent bien que Marc Romboy est derrière l’essentiel du travail rythmique, derrière l’aspect analogique, pendant que Ken Ishii est venu apporter sa science des nappes cinématographiques et son souci de l’apport de synthés digitaux. On aurait pu craindre, à juste titre, un copulage brinquebalant alors que l’on se retrouve face à une techno frontale toute conne mais relativement bien ficelée.
Taiyo vaut surtout pour son côté intemporel. Faisant fi des tendances actuelles, l’album taille sa route dans son coin, à l’abri des modes. Parlons plutôt de géo-contextualité pour mieux saisir la subtsance de ces 7 titres (pour seulement 45 minutes). L’influence de l’affolante urbanité japonaise est un fait indéniable tant Taiyo semble être une perpétuelle fuite en avant. On retrouve souvent cet aspect dans la techno japonaise avec l’impression de subir un roulement rythmique permanent. C’est notamment le cas sur Suisei qui n’en finit plus de débouler à toute vitesse, écartant tout sur son passage. Cette techno est une cavalcade, une chevauchée inarrétable.
En dehors de l’influence japonaise, on retrouve aussi l’aspect anachronique de l’early IDM des 90’s sur Gosa ou de la techno de Detroit sur le redoutable Seiun, débutant sur un jeu rythmique classique avant l’arrivée d’une ligne synthétique d’une rare puissance évocatrice. Alors même si le travail est des plus léger en ce qui concerne les textures, l’essentiel est ailleurs puisque Taiyo ne s’embarrasse pas avec des morceaux plats en préférant les montées extatiques et l’efficacité dancefloor. On est à des années lumières de la techno claustrophobique actuelle. Ici, mieux vaut ne pas réfléchir. C’est plus qu’un conseil d’ailleurs car sinon vous allez trouver ce rouleau compresseur infréquentable… et ça peut se comprendre. C’est au corps de prendre, pas à l’esprit.
Taiyo est un album de techno pour foire expo. Marc Romboy et Ken Ishii sont des adeptes d’une techno de club puissante, taillée pour les gigantesques salles du Sonar ou du Time Warp et non pour les murs malsains du Berghain. Alors même si ça ne révolutionne rien, si cette techno de supermarché est trop prévisible et simplette, pourquoi faire la fine bouche devant autant de puissance extasiée et d’efficacité primaire ?






Brasser la merde