silent weapons for quiet wars

Pochette de A Blink of an Eye

chronique · 13 février 2013 · Techno / House

Syclops

A Blink of an Eye

par Julien Lafond-Laumond

Bordel de cul, Maurice Fulton (nouvel onglet) est revenu. Aussi génial que méconnu, il est le profil exact du producteur qui divise. Pour ceux qui le connaissent, Fulton est une légende : je rencontre quelqu’un qui l’écoute, qui l’apprécie, alors je le respecte spontanément – j’ai l’impression de partager avec lui quelque chose comme un jardin secret. En revanche, à un niveau plus macroscopique, il reste un inconnu, un détail de l’Histoire, qui ne jouit que d’une médiatisation limitée et dont aucun disque ne semble prêt à passer à la postérité.

Fulton, comme quelques écrivains, musiciens ou cinéastes rares, ressemble à ce qu’on appelle un artiste maudit. Il est un déraciné : natif de Baltimore, il s’expatrie en Australie puis en Angleterre ; élevé au hip-hop, il y renonce sans jamais se rattacher pour de bon au courant house. Sa discographie est chaotique, séparée en plein de petits projets sans hiérarchie, et d’ailleurs, il n’a jamais fait le choix entre clubbing et musique plus ambitieuse, entre production pour chanteuses (Crystal Waters, Ultra Naté, Mu, Kathy Diamond) et carrière solo. Autrement dit, Fulton est impossible à résumer, impossible à canoniser, c’est un type condamné à tous niveaux à la contre-culture.

Fulton est un raté médiatique, marketing et historique, qui fuit lui-même tout ce qui ressemble à une dynamique promotionnelle. Il est un personnage fascinant, insondable, dont on prononce le nom comme un sésame permettant d’accéder aux plus grands délices.

Deux ans après le troisième album de son projet Boof, Fulton a réactualisé en 2013 le one-man-band Syclops, qui est une sorte de croisement bizarre entre proto-house antipathique et jazz-funk bavard. Ouais, le programme est chargé, plein à craquer le slip de dingueries percussives et de digressions instrumentales. Le style n’a pas changé depuis I’ve Got My Eye On You en 2008. Quand on connaît bien Fulton, aucune surprise : on retrouve les mêmes basses « slappées », les mêmes synthés planants, les mêmes rythmes « robodisco » et les mêmes constructions païennes. Pour le néophyte, par contre, le risque est fort de se décrocher la mâchoire et de rester sidéré devant une telle débauche de talent. Il y a en général plus d’idées dans n’importe quel titre de Fulton que dans trente ou quarante banalités disco-house survendues un peu partout.

Je vous le concède, A Blink of an Eye est bien trop cheasy pour plaire à tous, bien trop bordélique pour qu’on en isole un tube. N’empêche, la proposition musicale de Fulton est toujours aussi folle et toujours aussi impressionnante. Hors du temps et hors des genres, Fulton plane non pas au-desssus de la mêlée, mais bien à côté, ailleurs, dans un délire qui n’appartient qu’à lui, délire qu’on a parfois bien du mal à comprendre et tant pis, l’audace est là, la technique aussi – et la folie, ça passionne ou ça se pardonne.

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

4 commentaires

  1. thomas

    Je me rappelle un jour de 2003 où j'avais séché la fac pour aller chez un disquaire et trouver dans un bac Ladyvip -stories of a broken soul-... Joie! ça ne s'oublie pas! Je l'ai toujours suivi depuis et je le vénère autant que d'autres génies de la House '90 - '00 : Kenny Dixon Jr, Kerri Chandler, Theo Parrish, Alex O Smith, Baaz, Kyle Hall, Marcellus Pittman, les deux Rick...

  2. Julien-LL

    Stories of a Broken Soul, splendide, peut-être son LP le plus abouti. Rah je vais me le réécouter du coup.

  3. d...

    ah , Fulton ( l'homme parfaitement , imparfait ! ) , quand le Funk / Jazz , Electronic épouse l’esprit " No-Wave " , cette part indomptable de l'Underground le plus Punk , le plus Freestyle . cette musique bâtarde , cette erreur naturel , prolonge le hip hop et la Dance , pour les rendre " Abstract " et " inconfortables ! " . Merci M'sieu Fulton

    spéciale Dédicace forever : Sun Ra / arthur russell / larry levan / bobby konders / Gray / T-Coy / Yello / a certain ratio / new order / talking heads / Brian Eno / Tom Tom Club / Ze Records / 99 records / Factory Records / 808 state / a guy called gerald / trax records / Farley "Jackmaster" Funk ...

    bye (et merci pour cette chronique) ,

    d...ouzirec

  4. KJGY

    Découvert sur sa 1ère collaboration avec sa compagne de chanteuse (Mutsumi), depuis je ne le lâche plus. Je déteste la house, mais chez lui il y a quelque chose qui me parle. J'adore. Merci pour la chronique.

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