
chronique · 27 août 2013 · Techno / House
Drumcell
Sleep Complex
Vous qui suscitez l’interrogation, voire la méfiance, de vos potes quand vous passez des disques en soirée. Vous qui avez du mal à faire comprendre le sound-design de Stroboscopic Artefacts, la techno rampante d’Ostgut Ton, le retour en force de l’acid en version cradingue, voici un disque qui réussira à conditionner votre entourage.
par B2B
Sleep Complex de Drumcell (nouvel onglet) est typiquement le genre de galette techno prompt à satisfaire les plus hermétiques aux évolutions actuelles de la techno, tout en réussissant malicieusement à être d’actualité. Ce disque n’a pas vocation à faire date, il faut le prendre comme une mise en bouche vers des sonorités plus dures, plus abstraites. Ni plus, ni moins.
De toute façon, on ne pouvait pas en attendre davantage de la part du label CLR (nouvel onglet), entité appartenant à Chris Liebing, DJ star coutumier de sets techno massifs dans les plus gros rassemblements de clubbers. Et Sleep Complex est justement taillé pour les gigantesques salles du Sonar ou du Time Warp grâce à sa techno violente, mais pas trop, chirurgicale, mais sous anesthésie, froide, mais suffisamment groovy, et drogué, mais proprement.
Drumcell est un américain, squattant du côté de Los Angeles, et mieux connu sous le nom de Moe Espinoza. Le mec est surtout connu en Californie où il écume les clubs depuis une dizaine d’années. Sa popularité a essentiellement pris de l’ascendant aux USA, mais la sortie de Sleep Complex, son premier album, devrait lui accroitre fortement sa visibilité à l’étranger.
Sleep Complex est un album de techno revisitant les codes actuels pour mieux les incorporer dans une techno facile d’accès. Les aspérités disparaissent pour laisser place à une techno rigoureuse qui vous bouffe le cerveau par la force d’un sound-design imparable (à défaut d’être impressionnant). Le mec n’est pas con, il a observé les évolutions de la techno et compris que désormais, pour plaire autant aux puristes, qu’aux aigris ou aux clubbers, il fallait être capable de faire la synthèse de tous les genres. Sleep Complex mélange donc, et souvent au cœur d’un même titre, la techno anxiogène, les sonorités métalliques, les grands courants d’airs, les beats rebondissant et les inusables gimmicks de clubs. L’exemple parfait : Forgotten Guilt. Parfois, on sent poindre une ligne acide mais cette dernière se retrouve le plus souvent noyée dans la masse, Behind You, histoire de ne pas prendre l’ascendant.
Drumcell singe ses références, allant de Plastikman à Lucy en passant par Marcel Dettmann. Et même s’il est loin d’atteindre le niveau technique de ces derniers, il arrive tout de même à un résultat prenant. On retiendra ainsi le final saturé et massif de Speak Silence, la redoutable progression de Departing Comfort ou bien encore l’hypnose tentaculaire et aqueuse de Wonderback. Pour le reste, Drumcell n’évite pas l’écueil de l’album techno qui veut en foutre plein la gueule. C’est donc 80 minutes d’une techno certes synthétique mais aussi roublarde et qui à force de démonstration en devient parfois épuisante. L’album n’évite ainsi par le coup de mou à mi-parcours, perdant par la même l’attention de l’auditeur. De toute façon, avec une telle boulimie, c’était inévitable.
Sleep Complex a beau être un album trompe l’œil, il n’en demeure pas moins une intéressante tentative d’exploitation des différents styles techno actuels, adapté pour tous. Drumcell fait ainsi le pont entre une techno de club vulgaire et prévisible et une techno adulte, dure et mure.






Brasser la merde
8 commentaires
SCYD
Je veux rebondir sur ton "retour en force de l’acid en version cradingue", t'aurais des nom à citer ? Je meurs de ne jamais en entendre assez...
B2B
Tu meurs de ne jamais en entendre assez ? Pourtant, on entend que ça depuis 2 ans. Au risque d'ailleurs de frôler prochainement l'overdose. Sinon, en vrac, concentre toi surtout sur le label D.I.Y. new-yorkais L.I.E.S., sur les petits bombes vrillées de The Analogue Cops, sur les expérimentations de TM404, sur les plages plus atmosphériques de Varg, sur tout ce que peut sortir la nouvelle scène house de Detroit (Kyle Hall en tête), voir même sur les putasseries anglaises du moment (du genre Daniel Avery). De toute façon, on trouve de l'acide dans désormais toutes les sorties techno et house du moment. Tous les labels s'y mettent, de peur ne pas pouvoir profiter à temps du revival.
Paranoiak
Tiens SCYD, un petit EP qui devrait te plaire ! :-)
http://mord.bandcamp.com/album/chaotic-behaviour-ep-2
Just Friday
Celui-là, il est très bon...
Just Friday
Effectivement, la 303, il y en a partout... Faut dire qu'aussi il y a enfin des plugs pour les DAWs qui font très bien le boulot pour émuler ces petites bêtes... Ceci explique cela...
Et pour une sélecta perso un peu acidifiante : Echologists - Mechanics of Joy (prologue) James Zeiter Tout absurdist acid/Acid test Et dans du plus méchant, Sigha a beaucoup recours à des sons acides et lanscinants sur deux trois EPs à tomber.
jèj
y a aussi alien rain pour du son acid très lourd ;)
al hazred
sans oublier les bombes Acid Techno de Mental resonance https://soundcloud.com/mentalresonancemusic/01-mental-resonance-continuous et de MPIA3, et celle plus planante d'Abdullah Rashim
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