
En Grèce, certains jouent encore aux jeux bassement Olympiques. D’autres sont manifestement passés aux jeux Elyséens. Miktek (nouvel onglet) aka Mihalis Aikaterinis, nouveau joyau produit par Ultimae Records (nouvel onglet) vient, pour Elsewhere se poser dans nos consciences, avec une délicatesse et une justesse à côté desquelles on ne saurait passer si l’on se nourrit de longue date de Musique des Sphères. S’il n’en est pas à son coup d’essai, ce premier album du compositeur hellène est sûrement à considérer comme un coup de maître. Du moins… de très bon élève. Et c’est déjà grand.
Bien vivre cet album, comme le nécessite le genre - doit-on le répéter ? - consiste d’abord à savoir s’isoler pour mieux jouer le jeu de l’union. Cet opus n’est pas une musique de salon faite pour accompagner poussière, chips et discussions sans queue ni tête pour verres trop pleins : Ibiza est morte. D’autres îles de la même mer savent d’ailleurs soutenir nos projets. Ca tombe bien, cette composition invite au repos, à l’immobilité ou mieux, à quelque caresses entre aimés.
Le confort d’écoute est au rendez-vous et c’est primordial. Depuis False Dawn jusqu’à Time Or Place, on saura, sans effort, conserver le cap dans les nuées environnantes, sans que jamais un seul accroc ne vienne écorcher nos six sens aux aguets. On mesure combien l’excellence de la qualité sonore prime. Surtout, combien ensuite, grâce à la maitrise technique, le pouvoir de la composition s’impose. Le style ambient, si souvent décrié, est plus que jamais musical. Il porte loin. Très loin. Et une fois encore.
Les thèmes se succèdent, sans jamais disloquer le concept initial. Elsewhere, c’est brillant, un brin à poil mais toujours cordial. Remarquez, certains cramés, jeunes ou vieux, nourris aux 140 db pieds dans la boue pourraient s’emmerder… mais nous ne sommes pas ici venus pour nous abîmer ; nous sommes venus pour nous soigner. Voici d’ailleurs le point prédominant de l’album : Il est peut-être trop délicat, parfois naïf, mais il fait du bien. Quand bien même il joue à gratter dans les coins, comme sur le track éponyme. Et quand surviennent d’autres vagues… Purity le bien-nommé est parfait de minutie. Glitches et nappes ciselés, - un genre cher au label actuellement - pour un rodéo lent, bien pesé, pour lequel on ne risque aucune chute. Facile mais… Une sentence nette qui sait nous faire vivre la seconde qui vient comme si elle était la dernière : Rien de meilleur. Notons aussi Magnificient Desolation, ou tout l’art de savoir être profond sans se sentir obligé d’user du pathos en vogue. Miktek ne joue pas avec nos émotions ; il les accompagne, sans jamais rien imposer d’autre qu’un courant portant délicatement le vaisseau. L’impeccable Song Of The Burning Mountain, lui, confirme savoir jouer avec l’écho du ressac, maintenant que vous êtes échoués, calmement, doucement… Les plages du monde entier, une par une, vont adorer ce morceau. Et vous avec.
Cet album tient de la candeur mais n’est jamais naïf. Il y a là, le long de ce fil rouge, ténu, un lien conducteur passant d’état d’âme en état d’âme tout en sachant se réinventer, tout en préservant une ligne de conduite orientée vers le soyeux, le cotonneux, la mesure et la tempérance. Le chaud soleil méditerranéen sied donc tout autant que les froides aurores boréales scandinaves, quand il s’agit de savoir enflammer notre ciel intérieur, jouer avec la course des étoiles et savoir s’extirper du temporel. L’excellent Incompressible Flow demeure d’ailleurs à ce propos le meilleur exemple de l’ensemble.
Propre, net et sans bavure, cet album ne devrait heurter la sensibilité d’aucun des psychonauts câblés à notre site. L’Ami Grec parvient ici à rassembler ce qui fait la force d’un album capable de se porter bien au-delà du prêt-à-jeter : nous écouterons encore cette œuvre dans plusieurs années. Il joue ambient, assume jusqu’au bout et sans jamais se mélanger les pinceaux. Ce tableau en douze recompositions est vivant, et il donne à soigner. Les prochains matins d’été seront tempérés.
En attendant, le ciel s’est invité dans la pièce. Votre canapé vibre. Votre salon est vivant. Méfiez-vous, c’est sûrement un coup des plantes vertes. Elles aussi adorent cette musique manifestement composée pour ne témoigner que du meilleur de notre réalité. Elsewhere est le 62° opus de la Maison Ultimae Records, rien que ça. Quand on veut planer pour de bon, on sait donc sur qui compter.






Brasser la merde
5 commentaires
Polisson
Pour les curieux il y à tout de même quelques antécédents, dont certains longs formats, sur le Bandcamp de l'artiste... http://miktek.bandcamp.com/
lexo7
Les antécédents dont tu parles existent certes, mais ne sont en aucun cas comparables à ce qui nous occupe aujourd'hui. Et puis encore une fois, même si je sais que c'est difficile à entendre pour les équipés de Logitech, le streaming a ses limites. ;)
Masamune
Bon, on le sentait venir que Mihalis allait débouler chez Ultimae depuis sa participation sur la VA "Ambrosia", les bruits circulant dans quelques festifs l'an dernier. Aussi, voilà bien plus d'un an qu'il n'avait rien sorti de nouveau, lui qui était jusqu'alors assez productif.
Bien que le travail de Miktek pouvait laisser suggérer une relative compatibilité avec le style Ultimae, les samples (qui valent ce qu'ils valent) me donnent de nouveau cette fâcheuse impression de conformisme Pour sûr c'est un disque estampillé Ultimae (avec entre autres choses, l'emploi quasi systématique de basse empruntée à l'ambient psychédélique) et l'ensemble me paraît plus balisé, moins sinueux que ne peut l'être Anisotropy par exemple. Ce dernier, bien que conservant une direction aérienne et éthérée, surprend davantage dans son déroulement.
Sans doute que dans l'intervalle, Miktek a amélioré sa prod déjà pas si dégoul que ça à la base mais c'est avec un peu moins d'enthousiasme que j'attendrai la sortie du skeud la semaine prochaine.
Nascency
Bob
Ultimae c'est la qualité d'Ostgut Ton, la hype en moins.
ivan
Hate d’être fin juillet pour miktek et une bonne partie d'ultimae au sun festival !!!
http://sunfestival.info/2013/program-guide/chill-out-star-cathedral/
Je ne pense pas sur qu' Aes Dana sera la mais pas grave, j'ai jamais vu une aussi bonne programmation ambiant :D
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