silent weapons for quiet wars

Pochette de Push The Sky Away

chronique · 13 février 2013 · Rock / Folk

Nick Cave & The Bad Seeds

Push The Sky Away

Je n'ai pas pour habitude de parler des Autres en utilisant le "Je". Mais la seule évocation du nom de Nick Cave me donnant des orgasmes retentissants, je n'ai d'autre choix que de parler de cet album d'une façon que je voudrais objective, mais qui ne sera qu'onanisme.

par Fridol von Kuppeltag

Nick Cave revient. Grinderman dormant, il réveille les Bad Seeds pour leur fournir une fois de plus le terreau propice et fertile pour que grandisse Push The Sky Away. Écrivain de romans où il dissèque les mêmes thèmes que dans ses odes, poète, scénariste, acteur charismatique, il est et reste avant tout un magicien musical. Compositeur au delà du talent, parce qu'il le fait avec ses tripes, son sang, sa sueur. Et qu'il déverse dans chaque note tout de son âme. Des racines punk au puissant tronc rock en errant de par les tortueuses branches du blues, il continue à faire évoluer, fructifier, et sublimer la musique chère aux Amériques. C'est au Studio La Fabrique de Saint-Rémy de Provence que mon Dieu-fait-voix a choisi pour écrire, composer et enregistrer son opus.Je n'aurais pas l'outrecuidance de rappeler à votre bon souvenir son œuvre riche, ses titres ou ses albums passées, au sein des multiples formations qu'il a réunies, à chaque fois avec brio, à chaque fois avec de nouveau trésors à la clé. Lui qui explore tout de son âme et de ses travers dans ses musiques, nous permet de facto l'introspection dont nous faisons cure pour avancer.

“Well, if I were to use that threadbare metaphor of albums being like children, then Push The Sky Away is the ghost-baby in the incubator and Warren’s loops are its tiny, trembling heart-beat.” Nick Cave.

Plantons le décor de ce nouveau morceau d'univers du crooner. On nous abreuve là du même sang qui coulait dans les veines de Nocturama ou The Boatman's Call. Pas de déferlements de guitares, pas d'explosions de batterie. Langueur, rondeur, volupté et force. Encore cette voix de gorge qui sublimerait même la lecture du bottin, mais qui égrène ici les semences d'une plante poésie. Accompagné de ses mauvaises graines, Cave sait que ses songes prendront forme musicale parfaite. Comme à son habitude, le père de six enfants nous fait Siens en chantant l'Amour, ses tourments, ses envolées, ses flammes et ses cendres. Il chante les mondes modernes aussi, qui nous détruisent sans nous reconnaître. En nous enveloppant de douceur, il nous pousse au bord des abîmes. Le choix n'est pas dans la possibilité de sauter ou pas, mais bien dans le fait de la chute ou de l'envol qui suivra le pas dans le vide.

WE NO WHO U R. La graine est plantée, l'arbre est déjà là, portant ses fruits du péché, à la saveur douce-amère si reconnaissable. Cave raconte les fourbes internets, les rumeurs insidieuses lancées d'un clic. Chimères. La réalité n'a que faire de ces interfaces sans toucher et sans odeur. Exposer sa vie supposée dans les toiles arachnides ne résout pas les principes de chair. S'enraciner dans le réel, et laisser les oiseaux factices s'envoler vers d'autres nuages. We Real Cool dénonce au passage l'encyclopédie virtuelle planétaire, qui devient référence et pallie aux mémoires défaillantes qui n'ont plus qu'à mourir, devenues inutiles puisque d'autres pensent (et réfléchissent) à votre place. Exposant les connaissances, les déversant en gavage, en nourritures superflues, aussi vite vomies qu'ingérées, sans nourrir aucunement. Les enfants qui ne savent plus comment grandir, "you grow old and you grow cold" aspirés par les cités anonymes. Dans Boson Higg's Blues, il se moque même franchement des quêtes vaines des hommes modernes, de leurs idoles en carton-pâte et de leur aveuglement sur l'essentiel. Tout au long de l'album, Cave interpelle directement celui qui écoute, l'implique dans ses réflexions, lui demande d'entendre les messages qu'il a à délivrer, d'en prendre acte.

Cave ne croyait pas en Dieu dans Into My Arms. Aujourd'hui oui. Dans Mermaids il veut aussi croire aux créatures fantastiques, dont les irrésistibles chants ne sont pourtant que perdition. Comme le sont les sentiments amoureux. Les corps adulés puis repoussés, ou étouffés de bonne foi jusqu'à ce qu'ils se détournent de notre carcasse fondue par leur feu grégeois. Que devient-on si cet Autre se détourne en nous arrachant un peu trop de notre substance vitale ? Et sitôt que la raison l'emporte, le vain apparaît. Choisir la facilité, l'effacement, le délitement. Encore. Se relever pourtant, mais chaque fois un peu moins haut, un peu moins droit."Keep on pushing". Essayer encore et encore car sinon, comment vivre? Se posent les questions de l'ordre moral établi sur Jubilee Street où la fille-abeille partie, il ne reste que le poids des amours interdits car monnayés. Se remémorer à présent le dernier feu de joie dont il ne reste à la fin que braises incandescentes. Ce même feu qui fait fondre les yeux quand on s'en approche d'un peu trop près, ce feu qui réchauffe en premier lieu, avant de consumer entièrement. Ce sont les Wide Lovely Eyes. La brûlure dans un bonbon au miel.

Pour le bémol, j'oserais avancer que cet album ne regorge pas de surprises, de ballades langoureuses en sentences serties de piano, mais Cave fait du Cave, et nous en sommes ravis. Cet album nous fait nous rouler doucement dans le stupre et la fange, nous laisse entrevoir ceux que nous serions (redeviendrions) si l'on se voyait vraiment, sans intelligences artificielles, sans écrans qui déforment la réalité. Mais il nous donne aussi à contempler la rondeur des seins des nymphes, nous fait goûter à la douceur des sucres qui gorgent les fruits mûrs.

Nick Cave est revenu. Continuez votre route, en sachant à quoi vous ne saurez échapper.

Fridol von Kuppeltag

Brasser la merde

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · rock / folk

    En attente