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Pochette de The Flower Lane

chronique · 1 février 2013 · Rock / Folk

Ducktails

The Flower Lane

par Julien Lafond-Laumond

On présente surtout Matt Mondanile comme le guitariste et la tête pensante de Real Estate (nouvel onglet), ce très beau groupe indie dont on aimerait bien des nouvelles rapidement. Ducktails (nouvel onglet), jusque-là, n’était que sa simple récréation solo, son projet sans ambition sur lequel il couchait de temps en temps des idées brutes. II, Ducktails, Landscapes et III : Arcade Dynamics étaient en ce sens des petits disques attachants, où se mêlaient folk lo-fi, vignettes krautrock et jam sessions antispectaculaires, des petits disques qui se sentaient à l’aise dans leur statut de sortie mineure.

Avec ce nouveau venu, beaucoup de choses ont changé. Une signature sur Domino (nouvel onglet), ça oblige forcément à changer ses méthodes. Et ça se ressent tout de suite : le son est léché, calibré, rien de dépasse, tout est au poil pour qu’on juge The Flower Lane comme un vrai disque pop. Et être un vrai disque pop, c’est à double tranchant : soit les mélodies réussissent et les arrangements font mouche, soit c’est la catastrophe. Heureusement, Mandanile a plus d’un tour dans son sac, et il négocie haut-la-main ce virage pour le moins serré.

The Flower Lane renonce en fait à tout le lo-fi et le psychédélisme des précédents Ducktails ou Real Estate, qu’il troque pour une pop lumineuse, funky et synthétique. On y croise entre autres les fantômes des Zombies, d’Orange Juice, de Felt ou de tout le catalogue Sarah Records (nouvel onglet). Aucune mauvaise surprise, ce ne sont que des références de très bon goût : plus ou moins le gratin de la pop alternative britannique des 50 dernières années. Et ce qu’il y a de réellement bluffant dans The Flower Lane, c’est la précision des compositions : tout est juste, parfaitement ciselé, superbement écrit et arrangé. Mondanile ne se laisse envahir par aucune de ses influences ; il les porte discrètement, simplement, au long de dix titres d’une efficacité déconcertante.

The Flower Lane est un disque décontracté comme seuls les bons musiciens peuvent en pondre. Mondanile n’a pas besoin de faire d’effort pour être créatif : il sonne à la fois facile et érudit, sensible et réfléchi. Sur les 6 minutes d’"Under Cover", il bat le Destroyer de Kaputt sur son propre terrain. Sur "Letter of Intent", en invitant Jessa Farkas au chant, Oneohtrix Point Never aux claviers et son collègue de Ford & Lopatin à la basse, il pond un tube triste et addictif pas loin d’égaler ceux des cultissimes Even As We Speak (nouvel onglet).

L’idée derrière tout ça ? Sans doute se faire plaisir, prendre du galon sans se prendre la tête. Et Dieu que ça fait du bien.

Julien Lafond-Laumond

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