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Pochette de The Raven That Refused To Sing (And Other Stories)

chronique · 16 février 2013 · Rock / Folk

Steven Wilson

The Raven That Refused To Sing (And Other Stories)

Chez SWQW, on n’a peur de rien. Même pas du rock progressif.

par Mattooh

Steven Wilson (nouvel onglet), passeport britannique, mastermind de Porcupine Tree depuis toujours, hyper-actif notoire (on ne compte plus ses projets parallèles), producteur émérite (pour Opeth notamment), sort un 3ème album solo en un peu plus de 4 ans. Ce type semble incapable de s’arrêter d’écrire, mais tant mieux, puisqu’il propose habituellement ce qui se fait de plus raisonnable et moderne en rock progressif. Et si on aime contre toute logique notre ami Steven, c’est parce qu’il a toujours laissé la surenchère technique et les détours par une invraisemblable mièvrerie à Dream Theater. Idéal psychédélique chevillé au corps et fantôme de Pink Floyd constamment à l’esprit, son écriture n’a rien de sobre mais a développé pendant 20 ans une certaine radicalité pour des projets maintenant le contact avec les cercles mainstream. Dissonances et pyramides noise sur chant feutré, plus King Crimson que Genesis, quoi. Le garçon enregistre ses productions très propres, avec la ballade pompière occasionnelle, mais c’est le genre qui veut ça.

Reste qu’après un dernier album critiqué (le pourtant excellent The Incident, en 2009), Wilson s’est soudain désintéressé de son groupe principal, et Porcupine Tree est aujourd’hui en hiatus. Guère étonnant en fait, puisque ses albums solo et tournées concomitantes avec une line-up de tueur sont acclamés. Et après des dernières années consacrées à faire de Porcupine Tree un groupe de prog pour ceux qui n’aiment pas le prog en rameutant en vrac fans de métal et d’Archive, aujourd’hui un tabou est tombé. Et sa musique d’afficher un net regain en singles-musiques d’ascenseur, cavalcades rythmiques insensées, soli de guitares cliniques aberrants, cuivres (!), et descentes de gammes au piano, au loin, dans le paysage. Et comme si ça ne suffisait pas, on retrouve derrière la console Alan Parsons, l’ingénieur du son de The Dark Side Of The Moon. Mais c’est du rock progressif, bordel ! Tu t’attendais à quoi ? A toi de faire le tri.

La discographie de Wilson est d’une richesse quantitative quasi-absurde (là aussi, c’est le genre qui veut ça), mais The Raven That Refused To Sing (And Other Stories) ne pousse pas le bouchon trop loin : 54mn contre l’interminable heure et demie de Grace For Drowning (2011). Plus digeste donc, et avec Porcupine Tree en sommeil, on peut se demander si le patron n’est pas en train de faire de son projet solo son gagne-pain principal. Très bien, après tout l’idéal reste le même : un monde sans punks, dans lequel les badauds porteraient au vent le cheveu long et propre, et proposeraient des démonstrations instrumentales en monnaie d’échange pour résoudre les conflits et entamer des amourettes.

Tout de même, les soli de guitares sont ici bien bavards, les chœurs et doublages de voix souvent embarrassants, et je ne te parle même pas des sournoises interventions de flûte. Tu avais par exemple perdu l’habitude de chansons aussi rudes pour le Steve Albini qui est en toi que Drive Home, depuis que Wilson avait durci le ton jusqu’à flirter sans honte avec le métal. Reste qu’en dehors cet exercice de power-balade purulent et le titre éponyme inutile, ce disque est réussi. Il faut dire que Wilson se plante rarement, et c’est aussi pour ça qu’il est devenu la référence qu’il est. Fiable, quoi.

Le chant affecté et les chœurs impossibles plombent The Pin Drop, mais cela reste une très belle pièce de rock progressif. Il en va de même de Luminol et The Holy Drinker, deux monstres de 12 et 10mn qui alternent phases véloces de partouze basse-batterie, développements mélodiques grandiloquents et inévitables débordements de guitares. Tu vas pas te plaindre, je sais que tu aimes ça, les guitares pointues, même si tu prétends le contraire sur ton blog d’indie-pop à lunettes carrées. The Watchmaker déroule tranquillement, jusqu’à tout de même enchainer un solo de flûte avec un solo de guitare. C’est tellement bien foutu qu’on se laisse faire, mais ça va loin et, pour le coup, le crescendo final un brin pompeux sonne plus Yes que King Crimson. Bon.

Bilan : Steven Wilson se recentre petit à petit sur son cœur de métier, au détriment des tentatives métalliques des derniers albums de Porcupine Tree. Les progueux parlent aux progueux, et cela n’est pas sans occasionner quelques grincements de dents pour les réfractaires, que Wilson charme d’habitude sans mal. Après la déception causée en 2012 par Storm Corrosion, son pourtant très prometteur projet avec Mikael Åkerfeldt d’Opeth sur lequel ces 2 mastodontes du prog se neutralisaient quelque peu, Steven Wilson se devait de convaincre. Ce n’est qu’en partie le cas avec The Raven That Refused To Sing (And Other Stories), bon disque de rock progressif dans l’absolu mais gâté par trop de classicisme dans la forme, rapporté à l’œuvre du Monsieur.

Mattooh

Brasser la merde

5 commentaires

  1. Somath

    Le charme de la madeleine de proust quoi, extrêmement propice à verser de belles petites larmes...

  2. Matthieu Truffinet

    C'est quand même je trouve un peu con que ce type qui avait apporté une réelle modernité au prog semble finalement s'épanouir dans des projets aussi rétro. J'ai pas entendu un disque de prog pas chiant depuis Insurgentes en fait, c'est dommage.

  3. Loic

    The incident n'arrivait pas à me faire oublier Fear of a blank planet, Schoolyard Ghosts me faisait ronronner tel un diesel poussif de Massey Ferguson, Storm Corrosion avait fini de m'achever et Grace for drowning vit tranquillou dans ma base de données musicale depuis bientôt un an sans que j'ai eu le courage d'appuyer sur play... Et pourtant ta chronique m'a donné envie de jeter une oreille sur ce disque... Steven aura toujours raison de moi...

  4. Julien_LL

    Loic > J'ai rien aimé de Steven Wilson depuis Insurgentes. Là j'ai pris du plaisir. Après faut voir à quel point ce disque est réac : Wilson finit par faire ce qu'il a toujours combattu : du prog à papa. Mais c'est bien foutu et c'est marrant.

    Excellente critique.

  5. Bob

    Un album magnifique dans lequel on découvre de nouvelles choses à chaque écoute. Des musiciens virtuoses. Une alternance de pièces complexes et éclatantes et de belles balades plus faciles. Un morceau final "The raven..." émouvant et entêtant. J'adore.

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