
Nosaj Thing avait pas mal intrigué son monde lors de son premier album, sorti il y a quatre ans sur Alpha Pup Records (nouvel onglet). En plein cœur de l’abstract hip-hop californien, Drift avait réussi à faire fleurir une honnête sensibilité electronica tout en intégrant des clins d'oeil UK bass particulièrement appuyés. C’était frais et pas désagréable, même si, à titre personnel, je n’y ai jamais trop adhéré. Mais enfin, c’était la belle époque Alpha Pup, où s’enchaînaient les sorties prometteuses de Take, Free The Robots ou Daedelus ; on se disait que Los Angeles était le plus beau vivier des beatmakers de demain.
Depuis, Jason Chung a capitalisé. Au contraire de ses collègues qui sont restés dans l’ombre, lui a signé des contrats de remixes plus que juteux. Radiohead, Drake, Charlotte Gainsbourg et Beck, The XX, Portishead, ça fait un réseau professionnel pas négligeable si l’on veut sortir de son petit microcosme spécialisé. Et effectivement, sa côte est montée, et pour l’amateur lambda de musique (celui pour qui l'année 2012 se résume à Kendrick Lamar et Grizzly Bear), Nosaj Thing est devenue la promesse d’une musique déviante mais colorée, électronique mais toujours mélodique - musique de gimmicks où l'originalité se résume à un petit accessoire foufou sur un ensemble conventionnel.
Et de fil en aiguille, les attentes du second LP de Nosaj Thing sont devenues fortes. Seulement le producteur s’est fait attendre. Discret depuis 2010, il a pris tout son temps pour relancer la sauce. Il ne s’est pas pressé et n’a pas cherché le grand spectacle, si ce n’est via deux featuring séduisants : Toro Y Moi et Kazu Makino de Blonde Redhead. En ce sens, Home est une surprise. Car après quelques années où le Californien a fait tourner beaucoup de têtes, il nous revient aujourd’hui avec beaucoup de timidité, voire de mutisme.
Pour ce disque, Nosaj Thing nous invite en effet à la maison, chez lui : en pantoufles. Pas de prise de risque, une impression générale de grande platitude, Home étonne par son manque d’audace et de clinquant. Le bonhomme sait y faire, le panel sonore utilisé est pertinent et agréable, le mixage lumineux, mais on s’ennuie plutôt, et on s’étonne de ce que contrairement à beaucoup de ses contemporains, Nosaj Thing n’essaie pas de se faire mousser. Pas du tout attractives, ses compositions ne cherchent jamais de momentum, de grand climax ou de break audacieux. Elles respirent la nonchalance ou, si on veut être plus mordant, la suffisance : Chung se contente de ses acquis et balance de la rêverie au kilomètre.
Quelque part, on ne sait pas bien quoi penser d’un tel disque. Il n’est jamais mauvais, mal foutu ou désagréable, il ne tombe dans aucun effet de mode trop grossier (les synthés post-rave ou les samples type Burial), cependant il n’évite ces faux-pas que par un tempérament extrêmement casanier, ce qui est tout aussi discutable.
Home est un disque d’electronica d’une monotonie rare, qui ne vit que par une mélancolie post-moderne assez superficielle. Ne l’écoutez pas au casque ou avec trop d’attention, vous bailleriez d’ennui dès le troisième ou quatrième titre. Car en plus de n’avoir aucune dynamique interne, les morceaux de Nosaj Thing se ressemblent tous : rythmes propres et juste assez glitchés pour être arty, bidouillage marginaux qui ne servent qu’à orner des grilles mélodiques simplissimes.
En définitive, c’est un disque idéal pour manger des sushis, sculpter de la glace ou se faire masser les pieds. Mais si l’on cherche autre chose qu’une agréable ambiance de fond, passez votre chemin, ou écoutez seulement "Eclipse/Blue" qui pour le coup met parfaitement en valeur cette chère Kazu.






Brasser la merde
1 commentaire
moritz
pas pu résister!
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