silent weapons for quiet wars

Pochette de Krieg und Frieden

chronique · 14 février 2013 · Musiques électroniques

Apparat

Krieg und Frieden

Musicien vénéré par la presse et le public indie, Sascha Ring s’attaque à un monument de la littérature en plongeant dans l’œuvre macrocéphale du Guerre et Paix de Tolstoï - Krieg und Frieden en allemand, vous l’aurez compris – pour une relecture théâtrale sous l’égide du metteur en scène Sebastian Hartmann.

par B2B

Je n’ai rien contre le fait de se confronter aux symboles culturels. Bien au contraire, c’est toujours intrigant de voir sa propre représentation d’un mythe être remise à plat par un autre, obligeant ainsi à contourner nos certitudes en nous proposant une autre direction. Guerre et Paix (nouvel onglet), sous son couvert d’œuvre inébranlable, n’en demeure pas moins une livre propice à la multiplicité des interprétations.

Que ce soit le sirupeux Apparat (nouvel onglet) qui s’y colle peut cependant surprendre, surtout en 2013. En effet, les récentes sorties de l’allemand sont bien loin de l’imagerie grave distillée par le roman de Tolstoï (nouvel onglet) (on imagine difficilement la campagne de Russie (nouvel onglet) sur les compositions pop d’Apparat). C’est que notre Sascha Ring n’a pas toujours été aussi mielleux. Avant de prendre la mauvaise pente dès 2007 avec l’ouverture pop de Walls, il fut un producteur IDM pas dégueulasse. Sans non plus atteindre des sommets, sa période Shitkatapult fut son point d’orgue. Mais l’influence de plus en plus grande, et malheureusement néfaste, d’Ellen Allien ne pouvait qu’augurer du pire. Progressivement, Apparat va lisser ses créations jusqu’à les rendre complètement inodores. Le point de non-retour sera atteint en 2011 sur un The Devil’s Walk (nouvel onglet) lubrifié, où Sascha pose sa voix pour midinettes sur des compositions qui n’ont d’épiques que l’intention. Le succès critique est pourtant là et toute la presse pop se paluche alors sur l’album, pensant écouter la quintessence de l’électronica mondiale alors même qu’elle n’en saisi que son emballage sous vide. Aujourd’hui, Apparat est un produit d’appel pour auditeurs branchés, un produit les rassurant car les fédérant sous une même chapelle. Alléluia ! Désormais, tout ce que sort Apparat n’est plus critiqué mais seulement adoubé.

En s’octroyant l’appui de 5 musiciens classiques sur ce Krieg und Frieden, Apparat n’y va pas de main morte avec le sentimentalisme larmoyant. Son album n’est pas foncièrement mauvais et même parfois plutôt bien mené, notamment lors de son ouverture en forme de diptyque où à la déferlante de cordes (44) fait suite une électronica tremblante et fuyante, solennelle et déchirée (44 Noise Version). C’est quand Apparat se contient qu’il est capable de frôler la beauté.

Mais tout se complique rapidement et dès que les travers de The Devil’s Walk surgissent, c’est peine perdue. On flirte alors avec le terrorisme émotionnel, pire ennemi d’une œuvre culturelle (qu’il s’agisse de musique comme de cinéma ou de littérature). Il n’y a rien de plus détestable que la manipulation sentimentale, surtout quand elle tend à vouloir nous faire chialer. Et pour cela, Apparat sait s’y prendre. En s’appuyant sur son jouet orchestral, il ne lésine pas sur la guimauve. Le cœur de l’album est un produit collant propice aux envolées lyriques, au choix, de cordes (Blank Page), de cuivres (PV) ou d’un piano (K&F Thema Pizzicato), le tout accompagné d'un léger retravail électronique (assez fin, il faut le souligner), le plus souvent en post-prod. Mais c’est tellement prévisible de jouer sur l’envahissement d’instrumentations déchirantes que l’effet produit est quasi étouffé dans l’œuf. Tout semble cousu de fil blanc et on attend patiemment l’explosion exaltée, survenant au bout de 2 minutes à chaque titre. Mais le pire reste à venir avec la clôture épique où Apparat vient poser sa voix pour un bouquet final (A Violent Sky) étouffant de mièvrerie tant il croule sur une orchestration dégoulinante. Trop c’est trop.

On pourra toujours avancer le fait qu’il ne s’agit pas réellement d’un album d’Apparat et qu’il faut avoir vu la pièce pour juger, je pars du principe que lorsque qu’un tel projet est proposé en pâture au public c’est que l’on estime qu’il vaut comme œuvre à part entière. Ce Krieg und Frieden confortera les fans d’Apparat tant l’album est propre sous tous rapport et semble prédigéré pour éviter toute incartade. Ça ne nous empêchera pas de penser qu’il s’agit d’un album au romantisme naïf tristement prévisible. Encore une sortie sans saveur de la part d’Apparat.

B2B

Brasser la merde

5 commentaires

  1. 00

    Cette pièce sera-t-elle jouée en France? Des infos?

  2. diaphane

    Finalement, j'aime bien la musique de midinettes :-) Vive la paluche.

  3. lexo7

    Cher Mr Diaphane, quel honneur de vous voir commenter une de nos chroniques. Juste étonné que le premier soit sur celle-là ;-). A bientôt.

    1. Choucroute

      C'est beau ce message d'amour !! On a pas tous le droit à ça !

  4. lexo7

    Un mec qui se pseudote Choucroute, alsacien de sucroit visiblement, n'a juste le droit à rien.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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