chronique · 26 novembre 2012 · Expé. / Modern Classical
Pill-Oh
Vanishing Mirror
Une histoire de miroirs, de dualité et de luminosité intime. Histoire de mémoire, d’instants volés et de temps partagé. Un objet comme on en voit bien peu, ouvrage-paysage qui renferme dans ses pages musique, mots, et images.
par Aurélie S.
Kitchen Label est basé à Singapour. On connaissait déjà quelque peu le goût du label pour la beauté d’objets comme ceux-ci (et son courage certain, pour éditer de telles choses), à travers le précédent album d’Aspidistrafly, ou bien le disque Charles Rendition de Fjordne. Quant à Pill-Oh, il s’agit du duo formé par Hior Chronik (aux arrangements et ajouts électroniques) et Zinovia Arvanitidi (au piano). Sorti conjointement à l’album de Szymon Kaliski, Vanishing Mirror est un premier album pour les deux artistes réunis.
Il y a d’abord ce plaisir de feuilleter, de sillonner, ce livret d’une quinzaine de pages. Celui de découvrir les différentes photographies, ensuite. Et puis, bien sûr, ce disque, juste à la fin, dans le pli de la couverture. Le tout est affaire de souvenirs, d’étincelles décrochées du temps et de mélancolie heureuse. C’est un canevas de rêves entêtants et d’enfance qui resurgit. Des corps près du sol, à chercher un reflet de soi qui ne se saurait plus très bien se tenir debout. Visage à même la terre, ou tendu sur le vent. Des yeux clos sur des reflets en voie d’évanouissement. Fantômes qui traînent, et zones manquantes. Les réalités se mélangent, le rêve et l’imaginaire décortiquent le temps dans une exaltation mélodieuse.
"In a landscape where the sun slashes the memory."
La sève de cet album est le piano lui-même. A celui-ci viennent s’ajouter des greffes éparses d’accordéon, de cordes, de glockenspiel ou de matière électronique travaillée par Hior Chronik. On y retrouve également Aaron Martin, au violoncelle, sur le morceau final, Promise. L’album tire de son apparente fragilité des instants de force enivrante. Après une introduction découpée en pointillée sur les contours d’une nature nostalgique, Notebook laisse la place à un piano plus pénétrant et des cordes amenant une profondeur opportune. Plus loin viendra No Regrets, où la présence de Hior Chronik se fera capitale, et faisant sentir qu’elle aurait pu être encore plus présente tout au long de l’album.
Vanishing Mirror est un disque de miroirs qui s’éteignent et disparaissent, troquant les reflets d’un réel devenu mensonger pour les vérités fascinantes de rêves en réverbération.






Brasser la merde