
Ron Morelli (nouvel onglet) vous emmerde et le fait savoir. Parce que si on vient vous parler aujourd’hui de Spit, c’est moins pour sa substance –relativement anecdotique, mais on y viendra ensuite- que pour son emballage venant mettre un coup de pied au cul au système techno mondialisé.
On présente souvent Ron Morelli comme un intégriste du mouvement techno, comme un mec refusant toute forme de compromis. C’est faux. Ron Morelli est surtout un branleur mettant en avant l’esthétique D.I.Y. Le mec s’en branle de savoir si la musique est composée sur machines analogiques ou ordi. Il s’en branle de plaire au public. Il s’en branle de sortir de « bons » disques. Il s’en branle de la scène techno actuelle. Il s’en branle du téléchargement illégal (il a d’ailleurs lancé le mini-label Russian Torrent Version (nouvel onglet), en hommage à tous les savoureux sites illégaux russes). Lui, tout ce qui l’intéresse, c’est de pouvoir sortir le plus vite possible les créations de ses potes, histoire de montrer que la musique électronique, c’est avant tout une question d’instinct.
Pour pouvoir toucher le plus grand nombre, Ron Morelli a donc fondé le label L.I.E.S. (nouvel onglet), au centre de toutes les convoitises depuis bientôt 2 ans, tout en redonnant un coup de fouet à la scène underground de New-York, dont il est originaire. Il tourne partout, tout le temps, histoire de marquer davantage son empreinte. Et vu qu’il est partageur, il est toujours accompagné d’une bonne partie de l’équipe L.I.E.S., ce qui promet à chaque fois des soirées de débauche pour les oreilles. Chez L.I.E.S., la musique est sale, compact, limite braillarde.
Jusqu’à maintenant, le père Morelli n’avait rien sorti de notable puisque trop affairé à gérer tout seul son label. Mais il était temps d’en venir aux mains et c’est ainsi que sort Spit, manifeste pour une techno déglinguée. Ron Morelli botte cependant en touche en ne sortant pas le disque sur L.I.E.S. mais sur Hospital Productions (nouvel onglet), écurie d’un autre artisan anarchiste, Dominick Fernow (aka Vatican Shadow).
Spit est un album court -à peine 40 minutes pour 8 titres- et comme dit précédemment, on s’en moque pas mal de son rendu général. Il faut prendre Spit comme un objet grisant et instinctif puisque tout y est dégoulinant de crasse. Finalement, peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Et pour le coup, c’est une cuite à la Valstar que vous vous prenez dans la gueule.
Mais si on creuse un minimum, on se rend compte que Ron Morelli cultive un attrait certain pour l’archéologie. En effet, chaque titre s’approche d’une techno primitive brouillonne, que ce soit le magma indus sale et compact de Sledghammer II, tout comme la centrifugeuse angoissante et claustrophobique de Radar Version. Le seul titre à vraiment sortir du lot est Crack Microbes, dinguerie mélangeant sans ménagement abstraction, acidité et héritage de Detroit. Pour le reste, tout n’est que foutage de gueule -dans le bon sens du terme- jusqu’aux titres des morceaux (No Real Reason ou Fake Rush). Les 40 minutes de l’album se révèlent finalement suffisante pour comprendre la démarche de Ron Morelli, signe que le pari est largement gagné.
Décidément, depuis 2 ans, la techno prend des chemins de plus en plus radicaux et bruitistes… et cela ne peut que nous plaire. Ron Morelli est un de ses activistes actuel les plus frondeurs, et même si Spit n’est en rien un album brillant, il adresse un bon gros doigt d’honneur à toute la scène club décérébrée. Rien que pour ça, on adhère à 100%.






Brasser la merde
4 commentaires
Knutt
Très cool chronique! Envie d'écouter du coup
koru
Aux oubliettes, c'était pas à sortir ça (vite torché de l'aveu de Ron Morelli), l'esprit D.I.Y. n'excuse pas tout, ça devient fatiguant tous ces disques bruitistes qu'on écoute même pas tellement c'est chiant.
Georges White
Cet album il fait quand même vachement flipper (par son cynisme et sa lucidité).
jeune trentenaire désabusé
à l'instar de Gaspart Proust, Ron Morelli tapine-t-il ?
la suite, depuis 2026