
chronique · 25 novembre 2013 · Techno / House
Shifted
Under A Single Banner
« Le noir avait tout envahi, à tel point que c'était comme s'il n'existait plus. »
par B2B
C’est ainsi que le peintre monochromatique Pierre Soulages (nouvel onglet) décrit l’expérience de l’outre-noir, dont l’objectif est d’atteindre un au-delà du noir. Un tel parallélisme avec le nouvel album de Shifted (nouvel onglet) est à souligner tant la palette colorimétrique de l’anglais est désormais réduite à sa plus simple et radicale expression. Under A Single Banner est un album techno noir. Un carré noir sur fond noir.
L’an dernier, le producteur Guy Brewer nous avait collé K.O. dès les premières mesures de Crossed Paths, monument techno d’une puissance indépassable, au sound-design colossal. Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps avant de voir Shifted débouler avec un second album, d’autant plus que le mec n’a pas chômé depuis l’an dernier en sortant une tripotée de maxis et en s’associant avec un autre ponte de la techno rugueuse actuelle, Sigha, au sein du projet A Model Authority. On sait désormais qui est le patron et avec lui, on a rapidement appris à fermer notre gueule pour encaisser les coups.
Soyons expéditifs : Under A Single Banner n’est pas aussi impressionnant et frontal que Crossed Paths mais se révèle pourtant bien plus complexe et introspectif qu’il n’y parait.
L’album se déroule sous la forme d’un triple tryptique. Chaque étape se divisant en une introduction, un conditionnement et une explosion. Et si on part du principe que le cobaye est l’auditeur, on peut alors interpréter cette torture mentale (car c’est bel et bien de cela qu’il s’agit) en la divisant en une phase de préparation, avant l’étape de la séquestration annonçant la mise à mort. Shifted est autant juge que bourreau, il contrôle la moindre étape de son procès. Ainsi, le premier tryptique distille son angoisse via l’inaugural Core Of Stone, titre off-beat ferrugineux, suivi du martelant Chrome, Canopy & Bursting Heart, permettant de retrouver le beat mammouth cher à Shifted. Et alors qu’on surnage en pleine hypnose, la techno sous-marine irrespirable de Suspended Inside vient nous coller la tête sous l’eau avec ses textures visqueuses. En 15 minutes, la messe est dite, vous pouvez crever les tripes à l’air. Mais Shifted remet le couvert en proposant à nouveau le même schéma narratif, poussant le vice un cran au-dessus. Le salut viendra du troisième tryptique, désormais inversé et permettant enfin à la lumière de transpercer cette carapace en métal.
En structurant ainsi son album, Shifted donne une épaisseur considérable à l’ensemble. Il ne s’agit plus seulement de se prendre une techno nihiliste dans la gueule mais plutôt de questionner notre rapport à l’hypnose et la violence. L’hypnose n’étant qu’un trompe l’œil permettant de mieux nous conditionner à la décharge à venir. Under A Single Banner est un album brillamment mené mais terriblement exigeant (chiant diront certains). Chaque morceau s’appuie sur une masse compacte présente dès les premières secondes. De cette masse Shifted en extrait des textures et sonorités fractionnées à l’extrême, réduites à un coup de scalpel et noyées sous un beat toujours dantesque, toujours assommant. Une telle absence de concession ne peut que forcer le respect.
Il était difficile, sinon impossible, pour Shifted de réitérer l’exploit de Crossed Paths. En optant pour la complexité plutôt que la redite, l’anglais ne se fout pas notre gueule. Under A Single Banner est un album de techno dur, un album où vous ne lâcherez pas l’ombre d’un sourire, rien. Acquis à une vision monochromatique de la techno, Shifted nous démontre que le noir est protéiforme.






Brasser la merde
11 commentaires
S@m DUFF
Encore une très belle chronique d'un très bel album.
Merci à vous....
OBud
Je trouve que Shifted peine à s'insérer dans la fresque sonore de Bed Of Nails... N'est pas Dominick Fernow qui veut. Album mineur selon moi, mais loin d'être mauvais. Je regrette tout de même ce Shifted là : http://www.youtube.com/watch?v=Xsz4Z90bHHM , même si je peux comprendre qu'il ait fini par épuiser le filon.
al hazred
Tres bon album pas facile d’accès a la première écoute je n'avais pas saisis l'idée des triptyques mais en effet voir l'album comme ca le rend plus interessant.
Obud: Certe l'influence de Fernow y est tres présente mais je trouve que Shifted en a rien a foutre de sonner Fernow car le gars étoffe juste ses expérimentations noise déja commencé avec ses divers projet comme Covered in Sand en lui donnant un aspect plus Techno.
OBud
Mouais, j'ai été pleinement convaincu par Covered in Sand mais là j'accroche pas trop. J'ai l'impression qu'il tente d'amorcer un virage dans son style, mais pour moi ça finit un peu les dents dans le béton. J'attendais beaucoup (trop) de cet album, d'où ma déception.
OBud
Accessoirement, cet album n'a rien à voir avec Covered in Sand hein
Arthur
lâcherez* (pas l'ombre d'un sourire) ;) Belle chronique en tout cas.
B2B
Coquille corrigé. Merci.
SB
Vous êtes sur que Alexander Lewis c'est son vrai nom? Bon album.
La Chroniquotheque
Non, pas du tout ! Son vrai nom c'est Guy Brewer. Rappelons qu'il vient du duo Drum'n'Bass Commix intialement !
SB
Guy Brewer donc ,merci! Sa sortie sous cet alias sur blackest ever black était des plus intéressante.
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