silent weapons for quiet wars

Pochette de Pacifica

chronique · 23 février 2013 · Techno / House

Segue

Pacifica

par Julien Lafond-Laumond

Si tu veux traiter de toute l’actualité dub-techno, pas besoin de se faire chier avec un blog ou un webmag. Un tumblr suffit amplement : avec des photos prises de nuit – de préférence sous la pluie –, des liens soundcloud et des tags un peu abstraits. Parce que niveau texte, soyons clairs, tu vas vite tourner en rond.

Faut dire qu’il n’y pas beaucoup de scènes qui soient aussi statiques que celle du dub-techno. La visée est grosso modo toujours la même, les moyens pour y parvenir aussi. Pour celui qui aime ça, pas de problème, c’est l’assurance un peu molle que, tous les deux ou trois mois, on puisse s’engourdir l’esprit avec un LP bien orthodoxe. Mais pour celui qui veut écrire cette actualité, le calvaire commence. Toujours les mêmes métaphores qui reviennent, toujours les mêmes points de comparaison qui structurent le texte. C’est une musique qui peine à se déployer; elle s’écoute mais ne se pense pas.

Or, une musique qui ne se pense pas, c’est aussi une musique qui risque fort de s’automatiser. Et c’est bien le chemin que semble prendre le dub-techno depuis deux ou trois ans : l’abstraction conceptuelle tend vers le vide, le non-figuratif tend vers le rien rien. Les studios s’embellissent, le son général se perfectionne, mais les idées s’envolent.

Exception qui confirme la règle, le nouveau Segue (nouvel onglet) m’a d’abord surpris par sa pochette exotique : ce minuscule signe tranche déjà avec un genre qui n’aime généralement que la léthargie et les nuances de gris. La subversion est mince, mais elle est réelle : au lieu de foncer sur l’autoroute du Froid dans des bolides de plus en plus impressionnants, Segue prend discrètement la tangente, et choisit à l’inverse de rouler pépère sur des routes plus ensoleillées.

Comparé aux mètres-étalons d’Echocord ou aux scientifiques de Prologue, Segue joue la carte du contre-pied émotionnel. Assez humble dans ses arrangements, voire assez simpliste et banal dans le registre rythmique, le Canadien n’est pas un sound designer de haut vol. Mais son regard est orienté ailleurs, vers plus de romantisme et plus de mélodies.

Depuis Rigning de Yagya en 2009, je n’avais pas écouté de disque dub-techno qui soit aussi immédiatement captivant. Il y a quelque chose dans des titres comme "Canyon" ou "Parchment" qui d’emblée touche à cœur. Peu importe que l’ensemble des pads ou des échantillons ne soient pas d’une immense finesse : le pacte sentimental est signé.

Avec ses basses rondes et ses mélodies limpides et entêtantes, Pacifica impose ses lignes charnelles loin, profond dans l’esprit de celui qui s’y adonne. Pas sûr qu’on puisse retrouver de sitôt un disque du genre qui soit aussi humain.

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

10 commentaires

  1. Fab

    je fais partie de ceux "qui aiment ça" et bien évidemment, j'aime ça ! Merci pour la découverte, et tant que j'y suis, merci pour toutes les autres, j'crois bien que c'est la première fois que je brasse la merde.

  2. Georges White

    Également mais je suis d'accord avec ton constat. Il y'a quand même quelques exceptions comme Arne Weinberg et son projet Onmutu mechanicks, les américains d'Echospace (qui tournent eux aussi parfois en rond) ou certaines productions de chez Dewtone mais globalement le style a du mal à se renouveler. Peut être plus dans son versant techno qu'ambient, comme avec ce bien nommé 'Pacifica'.

  3. Jarod

    Trés trés bonne surprise pour cette album qui comparé à "Rigning" ne pouvait que m'interpellé!Trés heureux d'apprendre aussi que je ne suis pas le seul à adoré ce superbe opus de Yagya.Merci pour la chronique,m'en vais approfondir cet album sérieusement...

  4. julienl

    Georges White > Ah ouais ? Echospace c'est typiquement un projet que j'ai adoré il y a quelques années et dont les dernières sorties me laissent assez indifférents. Mais je suis bien d'accord avec toi que c'est aujourd'hui du côté plus techno qu'il faut aller chercher les belles choses.

  5. JustFriday

    C'est vraiment dégueulasse de nous allécher comme ça avec des albums sold-out... En même temps, chez Silent Season, la rareté est une vraie politque...

  6. Maxouzzz

    Et bien moi j'ai moins accroché...peut-être suis-je plus favorable au version mixée...

  7. Guillaume

    Merci pour cette chronique... j'avais fini par penser que la dub techno était destinée à "tourner en rond" pour toujours. Pas de changement radical à l'horizon, mais des nouvelles idées...

  8. shadowbox

    C'est vrai que cet album diffère pas mal des sorties habituelles dub-techno de ces dernières années, extrêmement formatées blizzard et obscurité (même si il y a aussi d'excellent projets comme Omnutu Mechanicks précédemment cité). Fait quelques jours que j'écoute la galette et il y a effectivement comme une sensation d'été qui s'en vient, tout en gardant des caractéristiques bien propres à ce genre faisant que finalement on reste dans un schéma “tourne en rond“. Mais, c'est vraiment bon, mélodieux et émotionnel comme tu le soulignes, j'aime beaucoup. Je te conseille de jeter une oreille sur un net label lituanien (oui oui) que j'ai découvert par pur hasard il y a un an et demi, Cold Tear Records et qui distille régulièrement des albums, et parmi les sorties il y a parfois de belles surprises comme The Dark de Brickman qui est l'album dub-techno 2012 pour moi.

    1. Canard

      Merci a toi, superbe decouverte que ce "The Dark" de Brickman (telechargeable en 10 minutes gratuitement sur le site du label en plus, que du bonheur) ! Dans un style plutot taille dancefloor " Spirit est une bombe ! Je conseille vivement aux gars du site d'y jeter une oreille.

  9. shadowbox

    The Here And Now est sorti il y a de ça 3 mois et c'est pas SWQW qui va en parler alors pour tous ceux qui ont aimé le superbe Pacifica, procurez vous le dernier album de Segue, c'est une véritable petite pépite, once again!

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