chronique · 18 octobre 2012 · Rock / Folk
Swans
The Seer
Un nouveau dogme vient de faire son apparition. Si vous lisez ces lignes, vous êtes potentiellement de futurs adeptes du monde nouveau des Swans.
par Booboow
Depuis les bas-fonds de New-York circa 1982, les Swans exsudent leur musique unique (hachis de post-punk – No Wave – Indus – Folk) et attirent les exclus en mal de lumière. Michael Grand-Gourou-Gira, cerveau, cœur et âme du groupe, a épuisé d’une main de maître une trentaine de musiciens/apôtres différents (dont Thurston Moore à la basse / Vinnie Signorelli (Unsane, Fœtus, A storm of light) Ted Parsons (batterie, Godflesh, Killing Joke, Prong) lors de la première vie de son groupe de 1982 à 1997. Durant cette période, les seuls membres restant dans le giron de Gira sont Jarboe (voix - synthétiseur) et Norman Westberg (guitare). Auréolé d’une réputation scénique violente, Gira maltraite son public par un volume sonore extrême -afin de mieux lobotomiser ses fidèles auditeurs- et soumet de son autorité écrasante autant ses musiciens que la foule.
Au fil des ans, Gira est éprouvé par tant d’agressivité, et décide de composer des titres bien plus léthargiques, pleins de drône et de field recording, en compagnie de Jarboe. L'apogée de cette rédemption sera le sublime et monolithique « Soundtrack for the blind » (1996). Peu après, le groupe splitte mais ses membres restent prolifiques. Gira en particulier multiplie des projets plus acoustiques mais reste tout aussi torturé et sombre.
En 2010 il décide de ressusciter les Swans, et enrôle de nouveaux musiciens, parmi lesquels on retrouve le fidèle Norman Westberg. En résultera un retour à une musique lourde, hypnotique et écrasante avec « My father will guide me up a rope to the sky ».
Après avoir pu baptiser de nombreux nouveaux fans dévoués avec une longue tournée, le groupe décide de se remettre à la composition de ce qui sera pour Gira un Aboutissement, le point culminant de 30 ans de carrière : « The Seer ». « Le voyant », car oui, Michael a vu notre avenir, probablement dans des entrailles encore fumantes d'un animal quelconque, sacrifié à des fin divines. Il parlera directement à votre âme, afin de vous transmettre son illumination céleste. Coupez vous de votre environnement et de votre entourage, fermez les yeux, peut-être verrez vous aussi la lumière.
Avec ce douzième album studio, la communauté Swans s’élargit encore avec près de 30 disciples qui se trouvent et se retrouvent pour cette partouze de la fin des temps où l’on a parfois du mal à reconnaître l’identité de chaque participant. Pourtant au milieu de ce maelström de flammes, de chairs, de sueurs et de foutre on trouve :
Mimi Parker & Alan Sparhawk du groupe Low dont les voix viennent n'en former qu'une avec celle de Gira sur "Lunacy". Jarboe signe son grand retour avec son mentor sur "The Seer returns". On y trouve également Grasshopper (Mercury Rev) à la clarinette. Karen O (Yeah Yeah Yeahs) remplace Gira au chant pour apporter un peu de douceur à la complainte "Song for a warrior". Ben Frost apporte son feu sacré (synthétique et acoustique) à l’introduction brûlante d’"A piece of the sky"… tandis que Jarboe, Grasshoper et Akron/Family (ancien backing band de Gira pour son projet Angels of light) apportent leurs visions à la suite du morceau.
Mais bon, les invités ne font pas tout. Disséquons un peu la bête, histoire de voir ce que l’avenir nous réserve. Second double album après le fameux « Soundtrack for the Blind »qui nous aveuglait par sa beauté sourde, “The Seer” nous éclaire sur ce que sont les Swans. Un groupe dont les humeurs sont fluctuantes :
Une humeur atrabilaire/mélancolique pour les 3 titres les plus apaisés "The Wolf", "The daughter brings water", "Song for a warrior"(qui aurait pu s’intituler « Song for a Ministre de l’intérieur » (Send them home (X4) Use your sword. Use your voice. And destroy. And destroy. Then begin again). On pourrait penser que ces 3 titres sont les plus dispensables de l’album car plus proches musicalement des travaux solos de Gira. Mais ils nous permettent en fait des prises d’air salvatrices pour mieux supporter les plongées en apnée (de 10 à 32 minutes la plongée) que Gira nous impose dans un magma en fusion.
Quatre des autres nouvelles compositions sont elles d’une humeur plus sanguine. L'introductif mantra de « Lunacy » , proférépar la chimère cerbèrique Gira/Low, nous hypnotise pour mieux nous préparer aux cataclysmes à suivre… « Childhood is over ». Bienvenue dans un monde pré-apocalyptique. “Mother of the world” nous abandonne devant une catastrophe naturelle imminente. Pétrifiant. Une respiration saccadée, (est-ce la notre ?) comme hébété, accompagne un riff spasmodique vers l’inconnu. « The seer returns » fait suite à la pièce maîtresse de l’album « The seer » A.K.A l’apocalypse. Ici donc on retrouve les survivants copulant entre eux dans un dernier soubresaut de vie, un ultime acte de sauvegarde de la lumière, alors que les montagnes s’effondrent autour d’eux. "Avatar"(une des meilleures litanies de cet album) débute au son des Cloches de la rédemption. Gira y reprends quasiment la même prêche véhémente que dans « The seer returns » : « Your …. Is in my … » (remplacez les pointillés par: « Light / Life / Hand / Eye/ Mind », au choix). En gros, notre vie est entre ses mains… mieux vaut lui obéir si on veut survivre… surtout quand on sait que la fin du morceau à l’effet d’une petite bombe atomique dont le souffle ne pourra que vous emporter (et accessoirement vous griller la couenne).
On en vient maintenant aux gros morceaux de ce diptyque qui eux, sont plutôt d’humeur bilieuse. Quatre véritables mastodontes telluriques composés sur des fragments d’expérimentations sonores et jams, qui sont en fait des versions enregistrées mais « inabouties » qui évolueront constamment au fil des lives (bref ne loupez pas leurs prochaines grands messes). "The Seer" donc, est une pièce de 32 minutes de fin du monde à l’instrumentation riche et tendue (cor joué par Bruce Lamont (Yakuza) , cornemuse, drone, dulcimer, basson entre autres). Gira psalmodie inlassablement, tel un aliéné, « I see it all », comme pour mieux nous assener LA VERITE : la fin du monde est proche… invasion zombie, météorite, éruption solaire, guerre nucléaire, virus, catastrophes naturelles… Qu’as tu vu Michael ??? Partage ta vision avec nous !!! Trop tard… les éléments se déchainent et nous laminent furieusement avant de nous laisser pour morts, à l’agonie. "93ave blues" est une improvisation bruitiste d’avant rappel sur la précédente tournée, dont le titre fait référence au lieu de répétitions du groupe partagé avec Sonic Youth. "A piece of the sky"s’amorce par un feu qui crépite et brûle la terre, hérétique. Rien ne pourra y repousser… Puis arrive le chant lancinant de Jarboe qui telle une fervente sirène nous invite à nous échouer sur une cavalcade de dulcimer. Le groupe arrive après ces 10 minutes de préambule ascensionnel. Gira lance une complainte, il cherche désespérément un signe de vie dans cet amas de décombre… « Are you there ? », tandis que les 3 d’Akron/Family nous dardent de chœurs à la Beach Boys (ouuuuuuuuh aouhouhouhou). Déconcertant, Isn’t it ? "The apostate", qui clôt l’album, est l’ultime hymne païen. Gira nous y exhorte à renoncer aux religions établies. Il nous faut trouver notre propre échelle vers Dieu. Pas simple quand le monde est détruit, me direz-vous… Pourtant "The apostate" est une véritable épiphanie qui après 14 minutes de transe tribale vous permettra de toucher l’extase du bout des doigts.
The Seer se révèle être un album tout en tension, en respiration… jouant avec nos nerfs. Oscillant entre balades folk aigres douces, drônes lancinants, déflagrations sismiques et éruptions noises…La propagation du dernier message autour du monde se fera voix par l’irascible mentor dément qu’est Michael Gira. Laissez vous guider par ses prédications, vénérez les, faites partie de l’élite.
Si la fin du monde est vraiment pour 2012, cet album en sera le meilleur prophète






Brasser la merde
3 commentaires
Funky
Je suis en plein milieu de la fin du monde, et j'aime ça.
SEN
En ce qui me concerne, l'album Rock de l'année !
Moritz
En ce qui me concerne, l'album de l'année tout court. Voire d'une décennie. Voire...
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