
Peu de labels m’ont autant épuisé que Captured Tracks. Faut dire qu’ils donnent le bâton pour se faire battre : les Brooklyniens tentent d’établir depuis trois ans le record du plus grand nombre d’ersatz de Felt réunis en une même structure. Diiv, Beach Fossils, Dignan Porch, Minks, Heavenly Beat, ça commence à faire beaucoup, beaucoup, beaucoup trop. Et quand ils ne sont pas exactement là-dedans, les groupes Captured Tracks restent dans le revival pur, qu’il soit jangle ou minimal synth (même en faisant une petite exception pour Wild Nothing). C’est donc avec une grande surprise que j’ai découvert l’album de Chris Cohen (nouvel onglet), car non seulement je ne m’attendais pas à une telle réussite, mais je ne m’attendais encore moins à retrouver un tel son chez Captured Tracks. Tiens, un bonhomme qui n’en a rien à faire des années 80. Ce n’est pas la première fois sur ce label, mais enfin, ce n’est que la deuxième, après Laugh Tracks de Tim Cohen (avec qui il n’a aucun lien de parenté).
Chris Cohen était jusqu’à présent un musicien de l’ombre, oeuvrant en secret pour tout un tas de projets très respectables comme Deerhoof, The Curtains, Cass McCombs ou Danielson. En tant que frontman, c’est sa première expérience, et quelle expérience. C’est bien simple, les trente-trois minutes d’Overgrown Path contiennent deux fois plus de bonnes idées que n’importe quel disque indie-pop sorti cette année. Avec une fraîcheur incroyable, Cohen revisite le psychédélisme des Zombies, la scène de Canterbury de Robert Wyatt et la twee pop de Belle & Sebastian. Et il ne lui faut pas plus de 9 morceaux pour le faire : 9 babioles déglinguées tantôt rêveuses et repliées, tantôt sautillantes et enlevées.
Impossible de résister à un Caller_No99 ou un Don’t Look Today, qui feraient pâlir d’envie les Kings of Convenience. Difficile aussi de résister aux songeries sous LSD que sont Solitude ou Inside The Seachell. Chaque titre apporte sont lot d’incongruités et de mélodies lumineuses. Rien à jeter et rien à rajouter. On écoute Overgrown Path d’une traite et on a envie que d’une chose, cliquer sur replay, ou shuffle, n’importe, du moment que ça continue de tourner.
Chris Cohen n’a rien d’une star en devenir, et ce n’est certainement pas un artiste immanquable. Mais, pour celui qui l’écoute, il a toutes les chances de devenir ce coup de coeur secret, ce petit bout de songwriter sur qui on porte toute notre affection. Et franchement, ça vaut mieux que de se jeter à corps perdu, pendant deux semaines et c’est tout, sur les derniers Grizzly Bear ou Tame Impala. Au moins ici, le charme a quelque chose d’intime.






Brasser la merde
2 commentaires
MMarsupilami
Je vais m'empresser d'écouter ça. Ceci dit dans les recrues atypiques de Captured Tracks, il y a aussi récemment le Montréalais Mac Demarco. Il est vrai que ça fait du bien dans un catalogue très monomaniaque... :-D
julienl
Dan Demarco ? Connais pas, je vais m'y atteler.
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