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Pochette de Feast on your gone

chronique · 8 juillet 2013 · Weird Rock / Metal

The Old Wind

Feast on your gone

par Cynosargos

"Hey mec, faut que t'écoutes The Old Wind! C'est trois ex-Breach avec le leader de The Ocean!" C'est en ces termes qu'un ami bienveillant m'a interpellé ce printemps. Evidemment, en tant qu'inconditionnel de la défunte formation suédoise, la perspective d'une résurrection m'a méchamment échaudé, au point de faire taire le scepticisme profond que m'ont inspiré la plupart des nombreuses reformations de ces dernières années (Refused excepté). Ou quand l'affect censure la raison... Malgré l'impatience, je lis la promo de l'album concoctée par Pelagic Records (nouvel onglet) avant de l'écouter. Et là, mon enthousiasme est brusquement refroidi: The Old Wind n'est pas un groupe, mais le projet solo de Tomas Liljedahl, de son vrai nom Tomas Hallbom (ne me demandez pas pourquoi Hallbom a opté pour cet étrange alias), chanteur de feu Breach, qui a composé, écrit et enregistré l'intégralité de l'album. Mon pote, pourtant bien renseigné d'ordinaire, s'est trompé, tout comme plusieurs gars ayant chroniqué l'album dès sa sortie. La cause de cette méprise se trouve dans la promo du label: évoquant la préparation d'une tournée estivale (depuis lors repoussée à la fin de l'automne), le texte de présentation mentionne que Hallbom s'est entouré de deux autres ex-Breach (Niklas Quintana, guitare, et Kristian Andersson, basse) ainsi que du batteur Karl Daniel Lidén (Vaka) et de Robin Staps, guitariste de The Ocean et boss de Pelagic Records. Puis, il conclut en affirmant que Feast on your gone "is the first sign of life of a band (sic!) which consists of old veterans of the European heavy music scene". Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a de quoi être confus. Qu'importe, l'essentiel étant que, en passant d'une réunion d'ex-Breach à un projet solo de l'un deux, je sentais poindre la déception.

Pour rappel, entre 1993 et 2001, Breach a marqué le renouveau du hardcore et tracé de nouvelles voies que de nombreux successeurs se sont efforcés d'exploiter, parfois, disons-le, jusqu'à l'excès. On en retiendra ici surtout les trois derniers albums. Sur It's me God (1997) et Venom (1999), les Suédois présentent un hardcore métallique au son lourd, massif et sale. Bien que modérément subtiles et complexes, les compos sont méchamment efficaces, notamment grâce au chant rageur, voire furieux de Hallbom. Centre est emblématique de la démache du groupe qui privilégiait alors une violence brute, directe, immédiate – et mon dieu, ce riff! (N.B.: des titres comme Helldrivers, Path of Conscience ou encore l'immense Ghee (tous trois sur Venom) auraient aussi très bien fait l'affaire.)

Sur Kollapse (2001), la recette de base est conservée, mais enrichie au niveau instrumental. Breach y délivre des compositions autrement subtiles et explore des registres émotionnels jusque là négligés par les artisans de musiques dites violentes ou extrêmes. Comble de l'audace, Hallbom s'y essaie même au chant clair sur un titre. Et bien que cela excède manifestement ses compétences qualités vocales, Lost Crew n'en constitue pas moins un des temps forts de l'album. Ceci étant, c'est clairement le titre final qui traduit le mieux les qualités et l'originalité du groupe et lui vaut depuis lors le statut de pionnier (parmi d'autres) du post-hardcore (ou post-ce-que-vous-voulez). Parmi les nombreux successeurs, c'est peut-être chez leurs compatriotes de Cult of Luna que l'influence de Breach est la plus manifeste, qui d'ailleurs sortirent leur premier album cette même année 2001.

"Bon ok, mais ce Feast on your gone, il vaut quoi?", t'impatientes-tu, brave lecteur/lectrice. Pas si vite! Précisons d'abord que si The Old Wind est un projet solo, le présent album est une œuvre éminemment personnelle, en ce qu'elle traduit, selon Hallbom lui-même, la période noire qu'il a connue dans la seconde moitié des années 2000. Tout est ici affaire d'affliction et de souffrance, mais aussi de rage de (sur)vivre. Le propos est grave, la musique lourde et sombre. Même si le son évoque clairement l'héritage de Breach (ce qui est vrai de pas mal de groupes du genre), les compos nettement moins. Le tempo est globalement lent et relativement invariable. Point de cavalcade furieuse, ni d'expédition punitive. Les titres sont relativement longs, mais n'ont pas la richesse instrumentale, ni l'éventail des textures de Kollapse. À quoi bon? Pour partager sa misère personnelle avec l'auditeur, Hallbom l'enferme dans son univers tout de ténèbres et lui fait endurer les mille maux qu'il a lui-même éprouvés. Pour cela, nul besoin de djembé ou de glockenspiel. D'autant que les compétences techniques de Hallbom sont pour le moins restreintes. C'est particulièrement manifeste pour la batterie, dont les parties sont d'une indigence crasse. Si les lignes de basse et de guitare sont correctes, c'est bien le chant qui porte presque seul l'album. L'ensemble bénéficiant d'une bonne production, due à Karl Daniel Lidén, qui a par ailleurs remasterisé Kollapse pour une réédition sortie il y a quelques semaines (que l'on n'a pas encore écoutée...). Pris individuellement, aucun titre n'est mauvais ou pénible; certains sont même bons (notamment In Fields et The Old Wind). Mais voilà, à les écouter successivement, on est gagné par l'impression d'avoir affaire à des variantes d'un même titre (voire d'un même riff originel). Compos peu inspirées et technique déficiente, ces carences se révèlent rédhibitoires au fil des écoutes, la lassitude gagnant l'auditeur – même charitable (encore ce maudit affect!) –, ainsi que l'a relevé le camarade Somath dans sa chronique du très bon nouvel album de Terra Tenebrosa.

En somme, cet album, vous l'aurez compris, est dispensable. Il s'inscrit moins dans la filiation de Breach que dans celle de Cult of Luna, donc dans un registre exploité par tant de groupes que je me demande s'il peut encore en sortir quelque chose d'intéressant, sinon d'original. Une chose est sûre: Breach est (pour l'heure) toujours mort. Laissons donc sa dépouille en paix et réécoutons son œuvre. Reste une chose: compte tenu de la brièveté du présent album (moins de 40 minutes) et vu le line-up réuni par Hallbom pour la tournée, il est possible que The Old Wind reprenne des titres de Breach afin de compléter ses setlists. Mon affect me forcera probablement à consulter les setlists du début de tournée et, le cas échéant, à aller voir le groupe. Putain que je suis faible!

Cynosargos

Brasser la merde

1 commentaire

  1. dataichi

    C'est vrai que c'est un poil monotone et ennuyeux malheureusement... Où est passée la furie rock 'n roll de Breach ? Je crois que je ne m'en remettrais jamais...

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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