silent weapons for quiet wars

Pochette de Hot Dreams

chronique · 8 avril 2014 · Rock / Folk

Timber Timbre

Hot Dreams

par Cholette

Il ne vous viendrait certainement pas à l’esprit d’échanger un disque comme une recette de cuisine dans une réunion Magimix, où l’album comme le multi-robot serait disséqué à la recherche de son usage le plus mirifique, et du moment approprié auquel il serait destiné. L’aspect utilitaire de la musique est heureusement limité à des standards que vous ne lirez pas dans ces lignes: militaires, publicitaires, culinaires, ou je-ne-sais-quel-truc en « aire », qui ferait passer n’importe quel amateur des dits courants pour, - au mieux ! - un gentil pervers déviant, où un malheureux quidam au mauvais goût non dissimulé. Pourtant, les playlists dédiées à s'ambiancer à n'importe quel prix et de n'importe quelle façon fleurissent partout et tout le temps, tant les écoutes malgré nous restent attachées à des états que nous subissons, quand nous ne les suscitons...

Sans forcer le destin, et au départ aucune pudibonderie feinte, le quatrième album et sommet jusqu'alors de la production des Canadiens de Timber Timbre (nouvel onglet) a pourtant tracé durant les 3 ans qui nous sépare du Hot Dreams qui nous émoustille ce soir un sillage suave et débridé... Rendant au fur et à la mesure des écoutes intimes des personnages de mon entourage le passage du disque en public difficile à encaisser, ramenant au premier plan des émotions qu'il est - parfois – compliqué de partager. Mais quels sont donc les ingrédients démoniaques qui parviennent à transcender un disque qu'on pourrait qualifier sur le papier spooky blues folk en un appel à rester cloitré bien accompagné ? Et quelle ne fut pas notre effroi à l'annonce du titre au nouveau disque donné... Le single éponyme tiendra ses promesses sans faillir, supporté par un clip explicite qui nous rassurera sur les inspirations précédemment évoquées, ne reniant pas pour autant les esthétiques passées.

La manière et l'esprit sont donc toujours là, perpétrés en premier lieu par la voix de Taylor Kirk, toujours tenue à distance, filtrée et travaillée à grands renforts d'effets vintages, slap back Elvisien en tête. S'il reste seul maître à bord concernant l'écriture des textes, l’entité Timber Timbre est devenue désormais un groupe à part entière, par la force des collaborations répétées avec ses comparses, Mika Posen et Simon Trottier, ce dernier cosignant désormais l'écriture des morceaux. Colin Stetson a lui aussi également répondu à nouveau présent, dans le rôle difficile d'un équilibriste saxophoniste, flirtant parfois avec des gimmicks qui réveilleraient les allergies aux années 80 de certains. Beaucoup plus consensuel que pour Creep On Creepin On, sur un album aux accents parfois soul (Hot Dreams), comme Morriconiens (Bring me simple men), ou rappelant Johnny Cash (Grand Canyon), et même Beak sur un combo basse batterie d'orfèvrerie (Resurrection Drive Part II) ; sa présence comme les dissonances maitrisées façonnent un fil rouge qui assurent l'intégrité de l'ensemble, en dépit des grand écarts stylistiques, et à la faveur d'une ambiance cinématographique captivante d'un bout à l'autre. Le frontman ne renie en aucun cas le compliment, tant il a pu confier avoir voulu livrer sans fard ses aspirations profondes, comme dans la photo qui le présente dans un bouge rouge improvisé en salon psychanalytique.

Sa plus grande intelligence transparait alors comme de peut-être préférer sa musique telle la bande originale d'un film non écrit, offrant à l'auditeur le privilège d'imaginer pour lui ses propres scenarii. Ce n'est pas rien, pour le le final instrumental The Three Sisters ou le stupéfiant This Low Commotion. A soi, encore, de songer quelle beauté siérait le mieux à l'incarner. Si la luxure devait l'emporter, toute honte serait alors dissipée: le raffinement sonore ici proposé est tel que le superflu paraît indissociable de l'essentiel.

Cholette

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Yannosh

    "Run from me" est sublime

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · rock / folk

    En attente