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Pochette de Rotorotor

chronique · 25 mars 2014 · Rock / Folk

Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp

Rotorotor

Tu te souviens du sentiment grisant ressenti à la découverte du premier album d’Arcade Fire ? Dix ans quand même, hein.

par Mattooh

Depuis, les choses ont bien changé. T’as saisi l’arnaque, les canadiens ont perdu toute fraicheur et publient des boursouflures destinées à s’épanouir dans des stades, faites de claviers bon marché et de funk daubé. La solution pour renouer avec l’excitation d’un rock troupier délicat, inspiré et nourri des influences les plus diverses : Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp (nouvel onglet).

Pour être honnête, si j’ai toujours trouvé OTPMD magnifique sur scène, leur précédent disque (The Thing That Everything Else Is About, 2010) ne me semblait pas à la hauteur de leurs capacités, en ne parvenant pas toujours à rendre justice à la richesse et au panache que le groupe dégage sur des planches. J’attendais donc de Rotorotor qu’il parvienne à capter sur le champ tout le potentiel du puissant orchestre. Chauffe, Marcel !

Sur ce nouveau disque, OTPMD ne se refuse rien : ni la production de John Parish (PJ Harvey, 16 Horsepower, Sparklehorse, …), ni une poignée de textes de G.W.Sok (chanteur de The Ex pendant 30 ans, parti depuis peu vers d’autres projets), ni l’habituelle foultitude d’instruments au service du formidable télescopage d’univers de OTPMD. Dès la mise en bouche, c’est sublime : la délicatesse et la simplicité de Slide sont d’un magnétisme bouleversant. Et cette finesse de composition stupéfiante va se retrouver du début à la fin de ce nouvel album, homogène et sans aucun raté.

La filiation afro-noise-rock avec The Ex saute parfois aux oreilles (Apo), et la pop la plus spontanée se fait bien volontiers chahuter par des guitares afrobeat et des percussions tribales (It Looked Shorter On The Map), ou de discrètes guitares funk calées sur des rythmiques au feeling jazz (Cranes Fly, absolument superbe). L’intenable Tra La La, la tendue Come On In ou la fin de l’admirable Close & Different promettent même un beau bordel sur scène, entrant en éruption de noise, jazz, punk et ce que tu veux - mais toujours avec un gant de velours, grâce à la production à la fois claire et lo-fi de John Parish. Le travail est d’ailleurs impeccable dans ce domaine puisque le charme live du groupe est parfaitement retranscrit, avec un mix intégrant de manière très organique chaque intervention, chaque idée, chaque phrasé. Ajoute le frisson de compositions de toute première bourre, et la chaleur qui se dégage de ces enregistrements te chaufferait pour tout un hiver.

Liz Moscarola (chant, violon, bricolage) partage avec quelqu’un comme Scout Niblett cette capacité à chanter d’un timbre de voix imparfait des mélodies fantasques sans jamais minauder, ni provoquer de crispation. Au contraire, son chant est profondément attachant, touchant et on le suivrait n’importe où. Souvent doublé par des chœurs masculins assez loin dans le mix, il n’est pourtant qu’une composante du son d’OTPMD, dont la richesse semble inépuisable sur Rotorotor - disque qui n'a pas fini de tourner dans ton statotator.

Si l’achat de ce LP est donc tout à fait incontournable, la rencontre en live l’est tout autant. Et comme ils vont bientôt passer près de ta ville nulle (nouvel onglet), saisis donc l'occasion de transformer une de tes soirées sordides de jeune urbain 2.0 en une parenthèse d’esthète. Car sache que si la Suisse repousse maintenant officiellement les étrangers, ces helvètes-là se soucient peu des frontières.

Mattooh

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