chronique · 26 mars 2013 · Techno / House
Various Artists
Think and Change
Je ne suis pas un adepte des compilations techno, l’exercice tombant souvent dans le catalogue promotionnel pour artistes en recherche de visibilité. On se retrouve alors avec des faces B peu inspirées pour un ensemble sans saveur, immédiatement oubliable. Cependant, une ou deux fois par an, une compil sort du lot en déjouant les plans en vigueur. C’est le cas avec ce Think And Change.
par B2B
Vous cherchez un concentré intelligent de la culture club en 2013 ? Voici son meilleur représentant. Sous l’égide de Boddika (nouvel onglet) et son label Nonplus+ (nouvel onglet), Think and Change semble avoir pour mission de démontrer que la musique de club en 2013 est devenu -enfin- une affaire sérieuse. Depuis quelques années, il ne vous aura échappé que la principale évolution s’observe avant tout du côté du sound-design. En effet, aujourd’hui, la moindre production techno qui sort se voit doter d’une qualité sonore dépassant votre acuité auditive. Résultat, même un morceau médiocre peut réussir à vous titiller les jambes et le cerveau, en faisant appel à des jeux de fréquences insidieux (il est d’ailleurs intéressant de constater que la plupart des clubs ne possèdent pas un sound-system adéquat pour dignement accueillir ces monstres sonores). Mais un sound-design éléphantesque ne suffit plus, il faut aussi savoir y adjoindre l’intelligence des constructions fragmentées pour mieux capter l’attention de l’auditeur. Et justement, c’est là que Think and Change fait coup double, en réussissant à dignement entremêler les deux problématiques.
Mais NonPlus+ bénéficie d’une maigre visibilité et Boddika le sait très bien. En convoquant des valeurs refuges sur sa compil, il s’ouvre en grand les portes de la gloire. C’est ainsi que Four Tet lâche un For These Times étonnamment musclé, que SCB nous fait tomber dans un trou noir avec un Dissipate abrasif et que Martyn est en pilotage automatique sur Bad Chicago (seul véritable loupé du disque). Ces trois-là n’inventent rien, mais recyclent bien.
C’est plutôt du côté des nouvelles têtes, celles qui ont clairement le vent en poupe depuis 2 ans, qu’il faut se tourner. Lowtec nous enfouit sous l’amas dense de The Rhythm, où l’on se retrouve statufié par une basse omnisciente, avant d’en faire émerger tant bien que mal une comptine mutine. Le dosage est parfait, tout autant que sur la juke répétitive du Straight Intention d’Endian. L’homme qui n’en finit plus de tracer son sillon, seul contre tous, alias Kassem Mosse, opte quant à lui pour une odyssée spatiale à contre-courant des tendances avec IP Mirrors, pendant que Pearson Sound pousse le vice jusqu’à son paroxysme sur la bass-music rachitique de Quiver, en supprimant le beat pour une parenthèse schizophrénique redoutable. Retenons encore l’acid-house étouffée à l’extrême du Untoward de Basic Soul Unit et rendons à César ce qui appartient à César puisque le morceau le plus immédiat et jubilatoire est signé Boddika himself, entouré de son pote Joy Orbison, pour un &Fate mélangeant tous les genres avec un sens de l’équilibre renversant.
Think and Change n’est rien moins que la meilleure compilation techno qu’il m’est été donné d’entendre depuis un an. Véritable instantané de la culture de club actuelle, elle fait figure de testament et démontre que la musique dancefloor, quand elle sort de ses stéréotypes, peut ainsi devenir futée et ingénieuse.






Brasser la merde