silent weapons for quiet wars

Pochette de Treat Me Right

chronique · 6 mars 2013 · Techno / House

Trus'me

Treat Me Right

N’allez pas croire que l’on est des éternels grincheux chez SWQW. Ce n’est pas parce qu’un artiste « était mieux avant » que l’on tombe forcément dans le cliché du vieux mélomane qui ne jure que par le passé (jeu dangereux que la nostalgie car flirtant de trop près avec le passéisme). Non, le problème avec Trus’Me est différent et tient uniquement à l’évolution de ses productions qui ont pris depuis peu une pente descendante dangereusement grossière.

par B2B

Il faut quand même admettre que Trus’Me (nouvel onglet) a sorti deux des meilleurs albums house de la fin des 00’s. Working Night$ et In The Red apparaissent encore aujourd’hui comme des valeurs refuges d’une house soulful intemporelle et transpirant le sexe. Tout comme on peut ajouter son remarquable souci d’exigence au sein de son propre label, Prime Numbers (nouvel onglet), dealer d’une house atteignant des sommets de sensualité obscène. Le mancunien David James Wolstencroft s’est immédiatement retrouvé couvert d’éloges et est apparu comme le Moodymann blanc, celui réussissant enfin à faire le pont entre culture soul black et musique électronique de blanc-bec. Imaginez donc la pression sur les épaules de ce pauvre gars. Qu’il veuille prendre la tangente peut donc se comprendre.

Mais quel changement de direction avec ce Treat Me Right ! Exit le pouvoir d’attraction soul, place désormais à une house musclée aussi plate qu’éculée. Comment Trus’Me a-t-il pu tomber avec autant d’aplomb dans cette techno du pauvre mal produite ? Sérieusement, le mec est pourtant loin d’être un novice en la matière tant il connaît les rouages et travers de cette musique. Un tel rendu ne peut que surprendre, d’autant que la pochette aguicheuse du disque aurait pu laisser croire que l’on allait se recevoir une bonne dose de décharge sexuelle. Mais le sexe sera triste.

Treat Me Right est un disque daté, embourbé dans des tracks avançant avec leurs gros sabots et des ficelles bien trop grossières. Trus’Me a voulu muscler son jeu pour donner l’impression d’être un mac, un vrai, mais au final, rien ne fonctionne tant tout est trop visible. Du fat I Want You au répétitif Moonlight Kiss, on a la triste impression d’écouter un album sorti tout droit de la fin des 90’s. Manque de pot, depuis, la techno a su prendre du volume et Treat Me Right ne fait que dupliquer ce que d’autres produisaient déjà maladroitement autrefois. Et que dire de ce T’es Une Pute, utilisant un sample vocal de Gainsbourg comme on a pu l’entendre 1000 fois dans des tracks interchangeables pour compil lounge à la Hotel Costes.

Décidément, la déception est grande puisque pas un seul morceau n’est à sauver. Ou alors, en étant indulgent, peut-on tout au plus isoler la base hypnotique de Somebody et le final gracieux de Long Distance. Il faut bien avouer que c’est trop peu pour un producteur du calibre de Trus’Me.

Voyons Treat Me Right comme un accident de parcours de la part de l’anglais. Il a voulu s’émanciper de la house soulful pour se diriger vers une house vulgaire et se complaisant dans ses propres clichés. Fermons les yeux sur cet échec et attendons désormais que Trus’Me revienne à ses premiers ébats.

B2B

Brasser la merde

3 commentaires

  1. Georges White

    Je pense honnêtement que cet album est plus le fait d'une 'mue' (qui aurait mal prise) qu'un échec. Si tu suis l'évolution de sa discographie tu auras remarqué que ce durcissement n'est pas aussi soudain qu'il y parait. Et en matière de sexe triste il doit effectivement en savoir bien plus sur les bas fonds de Manchester que n'importe qui. Trus'me c'est comme tu l'as très bien fait remarqué un bon indicateur de la température sociale de l'Angleterre (comme Moodyman pour les states) et en dix ans elle s'est considérablement refroidie (sans faire de comparaison indécente, il n'y a qu'à écouter aussi l'album de Sigha 'Living with ghost'). Donc sexe triste oui (cette pochette en noir et blanc..) mais en se laissant absorber par son contexte, la musique de Trus'me s'est aussi laissé gagner par la morosité, confondant maladroitement platitude et frontalité. C'est qu'on aurait attendu plus de fièvre, de style et de sensualité là où Trus'me ne produit qu'un concept album dénué d'âme.

    1. B2B

      Bonne analyse de l'album. Ton angle d'approche permet de mieux justifier cette "mutation".

  2. Julien_LL

    Très d'accord avec ce que dit George White, même si moi aussi ce que je ressens en premier, c'est la déception pure et simple.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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