silent weapons for quiet wars

Pochette de My Love is a Bulldozer

chronique · 9 juillet 2014 · Musiques électroniques

Venetian Snares

My Love is a Bulldozer

"Les mecs de Chroniques Electroniques sont des pauvres types qui portent des cols roulés et des keffiehs à Saint Germain des Prés, et qui se branlent devant des posters de Venetian Snares" (Un community manager ou booker consanguin probablement affilié à Tsugi, qui dépense son SMIC chèrement gagné sur la plage de Glazart. Ne serait-ce que pour le tableau brossé ultra-réaliste de nos augustes personnes, il fallait donner à cette citation la place qu'elle mérite.

par Lexo7

Venetian Snares c'est un peu comme Aphex Twin, si tu ne sais pas qui c'est avant de tomber sur la présente page, nous t'invitons à garer ta clio sport tunnée et à (re)lire la "chronique" du Outrun de Kavinsky (ici). Sinon, au cas où, nous te rappelons qu'il est le symbole consacré du breakcore. Tant et tellement que certaines mauvaises langues le dressent même comme l'arbre cachant la (famélique) forêt. Il faut dire qu'Aaron Funk n'a rien sorti de sérieux depuis plus de huit ans, qu'il se fout ostensiblement de la gueule du public et du genre qui l'ont couronné roi. Voilà qui ne l'empêche pas de profiter du titre et de l'assise propre à son nom, pour remplir tous les clubs et festivals du monde entier. Il paraît qu'il faut bien vivre et ne pas être jaloux.

Bref, ses principaux faits d'armes sont des tueries absolues. Point de suspense dispensable, les observateurs du genre s'accordent tous pour dire que Songs About My Cats, Doll Doll Doll et Higgins Ultra Low Track Glue Funk Hits 1972-2006 sont absolument remarquables, et que Rossz Csillag Alatt Születettet le format pas si court A Giant Alien Force More Violent & Sick Than Anything You Can Imaginesont des indiscutables indispensables. Voilà, sauf que depuis, rien, où alors juste des foutages de gueule ludiques plus proches de l'onanisme que d'autre chose. On touchait le fond sur Cubist Reggae, tandis que le plus récent et auto-produit Affectionate ré-introduisait plutôt brillamment son amour pour les félins et les fractures de brutes. Voilà, en bref, il existe heureusement des aigris qui pensent qu'il n'y a plus rien à attendre de Venetian Snares (et de Planet Mu d'ailleurs), sauf si bien sûr tu as dix-huit ans demain ou que tu fréquentes des surfers californiens. Sauf que voilà, le retour du boucher de Winnipeg est aujourd'hui tout sauf anecdotique.

On ne va néanmoins pas te mentir plus longtemps (tu sais que ce n'est pas notre genre). L'album du jour ne saurait effleurer les oeuvres intouchables citées plus haut. Considérer que My Love is a Bulldozer est le meilleur disque de Venetian Snares depuis huit ans est une information suffisamment considérable pour qu'on prenne quand même le temps de s'y attarder. Alors oui, le breakcore n'inventera plus jamais rien mais demeure cette musique encore plus excitante à réaliser qu'à écouter (il paraît que c'est pareil pour le drone). Elle est malgré tout réservée aux techniciens confirmés possédant un background rythmique (jazz de préférence) non négligeable. Si en plus c'est fait intelligemment sans surtout ne rien intellectualiser, on peut toucher au sacré. Car malgré ce qu'on tente de nous faire croire ici ou là, le breakcore est un genre qui apprécie se moquer de lui même et puiser dans le mainstream pour réaliser ses plus beaux attentats. Venetian Snares le sait, et même s'il s'est quand même énormément branlé dans son caca, il est pratiquement le dépositaire du concept.

Ne perdons pas de temps, et exposons de suite pourquoi l'album d'aujourd'hui est à applaudir. Parce que malgré un surplus d'intégrations vocales définitivement dans l'air du temps, Aaron semble avoir retrouvé une créativité considérable. Après avoir amoncelé des amen breaks plus convenus et régressifs les uns que les autres, il expose aujourd'hui un drumwork impressionnant. Tissé de contre-temps de furieux, il rappelle que la snare véloce n'est jamais aussi pertinente que lorsqu'elle est l'alliée de charlestons qui patinent et d'une basse aussi lourde que ronronnante, comme dans le jazz pour puristes ou les musiques improvisées en général. N'ayons pas peur de le dire, le breakcore, la drum'n bass doivent absolument tout au jazz (et à Lee Perry, mais c'est une autre histoire).

Dès les premières secondes de 10th Circle of Winnipeg et pendant tout un Your Smiling Face qui suinte quand même beaucoup le Screamin' Jay Hawkins en transe dans un cabaret d'Harlem 2.0, le canadien vient rendre hommage à cet état de fait incontestable. Et c'est juste particulièrement brillant, tant dans la prod que la composition pure. Signalons également Amazon, même si dans le genre Bogdan Raczynski faisait mille fois mieux et en moins bêtement con sur Samurai Math Beats il y a dix ans, comme un de ces titres qu'on déteste adorer ou adore détester. C'est le breakcore, on s'y perd parfois avec délice, sans la moindre once de culpabilité dans le plaisir. Le goût est parfois douteux, mais on ne demande qu'à en bouffer par barquettes entières. Même chez les esthètes, il est parfois louable de se laisser aller à régresser. Référence au très bien branlé Shaky Sometimes. A bon entendeur.

Autre état de fait, Venetian Snares ne connait dans le genre pas de semblable pour les arrangements de cordes. Il n'y a qu'à tendre l'oreille sur le grain du violoncelle de Deleted Poems (et sur la harpe) pour comprendre qu'Aaron Funk n'a rien de commun avec tous les pégreleux qui pullulent dans les musiques électroniques avec leurs ficelles béantes. Je ne vais donc évoquer que très furtivement l'orchestration de maître qui précède la monumentale boucherie de 1000 Years. L'écoute devrait suffire. Le revers toxique se situera sans doute dans la guitare mariachi kitschissime de 8am union Station. Chut, on a dit qu'on ne parlait que de ce qui ne fâche pas. Soulignons donc comme il se doit tout le génie de compo de l'excellentissime Dear Poet, véritable pierre angulaire de l'album. Il paraît qu'on y trouve même des bruits de jaguars de John Frusciante. Tu me diras que tu t'en branles et je trouverais que tu as bien raison.

Tu remarqueras sans doutes que j'ai tu tous les éléments presque inécoutables de l'album. Les lasers de pompier pyromane, les turbines trop kitsch et tout ce qu'on reproche à Venetian Snares depuis longtemps. Sans doute parce qu'ils sont moins omniprésents qu'à l'accoutumée, et surtout pour ne retenir que le meilleur de ce qui est, qu'on le veuille ou non, un évènement. Alors bonne suée les petit(e)s, et plein de bécots régressifs.

Lexo7

Brasser la merde

13 commentaires

  1. sb

    Je commençais à désespérer.

  2. Hocho

    Très bonne chronique. My Downfall n'est pas considéré comme un de ses grands disques par ici?

  3. madfab

    pas fan du style breakcore en général (et pourtant j'ai essayé...ms je respecte ) : trop d'infos à la seconde...........comme en rock , ps fan des guitaristes bavards (baveux)........ouai le breakcore est épuisant ^^ qt à la voix : "NO VOICES please"' .........la présence de voix fait souvent perdre à la musique électro sa capacité d'abstraction pour la rapprocher de la variété , de la synthpop (style ps très riche à mon avis à part Kraftwerk ou dépèche mode) en plus , ça casse svt l'unité d'un disque : pof un morceau chanté ici ou là parmi des instru = bof comme si les mecs complexaient par rapport au rock voilà voilà

  4. sb

    Vraiment pas d'accord avec madfab... Ce ne sont les disques abscons d'electro abstraite qui manquent dans la discographie de Venetian Snares tellement abstrait et monolithique que c'était devenu très ennuyeux (pas mauvais pour autant) Je pense à Filth. Etrangement même si Aaron Funk n'a pas une voix à tomber par terre, il ose se la jouer à la David Bowie, ce qui est finalement assez tordant. Bref madfab tu devrais te tenter une écoute au second degré, si tu peux... (au premier, c'est vrai, c'est assez lourd) et tu verras ce disque c'est que du fun... Sinon, si le breakcore te saoules, passe par le case Poemss, beaucoup plus pop (mais beaucoup moins fun)

  5. Blank Frank

    Mais que c'est pénible et ennuyeux .... Le son des rythmes sentent le vieux moisi Ce cotés démonstratif satrianesque du mec qui veut en mettre plein la vue c'est pathétique... Il peut monter sa propre usine et faire du break au kilomètre ça serait une activité plus rentable, ah mais non puisque c'est un Maîîître de la catégorie cassburnecore, 'scuser moi j'avais oublier...

  6. sb

    Ce qui est pathétique c'est la facilité avec laquelle certains passent à côté d'une blague pourtant fine comme un bulldozer (on n'est quand même assez loin de l'esprit de sérieux d'un satriani)

  7. sb

    Et puis à côté du dernier Paul Dolden, Aaron est un petit joueur. Alors hein, qui a la plus grosse?

  8. drÖne

    J'écoute (aussi) du break-core, et j'en apprécie, sans toutefois occulter le côté casse-burne satrianesque de ce genre. Et je ne suis pas du tout persuadé qu'il s'agisse d'humour : si on prend du Boxcutter, par exemple, on nage même en plein revival jazz-roc/prog, avec tout ce que ça a d'emphatiquement prétentieux. L'humour, j'irai plus le chercher du côté d'Igorrr que de Venetian Snares. Reste que, même avec cette casseburning attitude des breakcoreux, le côté démentiel et radical n'est pas sans intérêt. Le problème, c'est qu'on entend ce genre de zic depuis environ 10 ans maintenant, nan ? Et que les meilleures blagues sont aussi les plus courtes. Bref : c'est tout le domaine de l'IDM au sens large qui a pris un coup de vieux.

  9. sb

    Que l'on entende ce genre de Zic depuis 10 ans est le dernier de mes soucis... J'écoute suffisamment d'autres musiques "nouvelles" expérimentales et novatrices par ailleurs pour pouvoir me faire avec bonheur.une petite tranche d'IDM oldschool régressif de temps en temps. Et je l'avoue, Venetian Snares me manquait.

  10. Azerty

    Si il fallait faire un parallèle à deux balles avec un dinosaure du rock je pencherai plus pour Zappa que Satriani...

  11. sb

    Le parallèle avec le rock à guitare est de toute façon stupide puisque Aaron Funk est typiquement le genre de personne qui ayant mis un pied dans les premières raves a définitivement considéré le rock comme has been.

  12. drÖne

    Les raves c'est has been aussi, depuis une dizaine d'années à ce compte-là. Quant aux parallèles, ils ne sont que ce qu'ils sont : des parallèles, des analogies, plus ou moins pertinentes. Les "fans de..." hostiles à toute critique de leurs idoles sont des vestiges poussiéreux d'un monde condamné...

  13. sb

    Que les raves soient has been ne permet pas pour autant de réévaluer positivement le rock à grosse guitare une fois que tu es passé à autre chose. Tu peux aussi faire des parallèles entre l'art conceptuel et l'art de la Renaissance, mais ne faudrait-il pas être un peu stupide pour prétendre que Duchamp a cherché à rivaliser avec Léonard de Vinci... Il y a des parallèles plus stupides que d'autres.

    Je doute de la légitimité des critiques négatives, pas tellement parce que je suis "fan de" mais parce que le plus souvent elle font preuve d'une telle bêtise qu'on n'en viendrait presque à douter de la possibilité d'un monde meilleur.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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