silent weapons for quiet wars

Pochette de Dystopia

chronique · 18 juillet 2014 · Musiques électroniques

Trdlx

Dystopia

"Je me disais toujours que la première lumière qu’on verrait ce serait celle du coup de fusil de la fin." (Céline, Le voyage)

par Lexo7

La musique, l'IDM plus particulièrement, a sauvé Boris Haladjian et Thibault Czukonyi d'un désoeuvrement certain. Le premier aurait pu aller mariner du chic taouk dans une gargote de fortune au Mont Golan, le deuxième a échappé aux cambriolages avortés qui se terminent dans des caddies. C'est à une rencontre inespérée qu'ils doivent leur salut. Et pas des moindres. Les Trdlx croisent un jour à Paris le chemin de votre serviteur, un sinistre écrivain/chroniqueur/poète/élitistolittéraire raté, et justement détesté par le grand ensemble de la blogowebzinosphère consanguine. Il a entendu un de leurs titres sur soundcloud et leur explique qu'il est adepte du sabordage par le fond, que dans un contexte où l'industrie musicale est particulièrement florissante, il veut créer un label avec un comparse marseillais. Les deux parisiens sont chauds comme des baraques à frites. Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu. Ils posent un titre sur une compil' exceptionnelle, créent Bend Audio Design et décident de prendre leur temps pour réaliser leur premier long format. Plus d'un an d'élaboration, auquel s'ajoutent plus de six mois pour peaufiner le mix en Bretagne (le mastering est l'oeuvre d'un certain Aes Dana). Bref Dystopia est sorti il y a un mois sur VoxxoV Records.

Pendant un bon moment, je me suis refusé à exposer les productions VoxxoV sur SWQW. Dans un souci d'honnêteté, et pour ne pas mélanger les genres, surtout. Mais parce qu'il est très difficile de faire causer d'un disque (encore plus quand tu es toi même webzineux) et parce que tous les gens à peu près capables d'en parler n'ont eu de cesse de faire le lien pourtant inexistant entre le dit label et ton média préféré (mon comparse marseillais a développé de l'urticaire suite à cet état de fait), j'ai laissé mes principes (aha) au garage. Tu te souviens peut-être que l'inégalable Aurélie S. t'avait causé du Nimrod de Paskine (ici) il y a peu ? J'ai dû la menacer de révéler ses moeurs dépravées au grand jour pour qu'elle accepte de dire qu'il était excellent. C'est l'avantage d'être le dictateur docile et co-créateur de SWQW, tu fais ce que tu veux et tu emmerdes tout le monde, et ce en en toute impunité. Alors soyons clairs, ma malhonnêteté a ses limites, je ne vais pas me livrer à une véritable chronique pour t'expliquer que Dystopia est le meilleur album d'IDM jamais réalisé en France. En même temps, si je n'y croyais pas, objectivement (aha²), je ne me serais pas casser le cul à le financer.

"Riche, travaillé, bien produit, un beau retour vers l'IDM tel qu'on l'a aimé (Warp, Skam). Beaucoup de références immédiatement mobilisables. J'ai cependant pensé un peu trop à Quinoline Yellow, Aphex Twin, Beefcake". C'est le retour que m'en a fait notre chère et érudite Mélanie Meyer. Si on considère que le genre, l'IDM, n'a strictement plus rien inventé (les jurisprudences Access To Arasaka et Richard Devine sont trop peu nombreuses) depuis son avènement relatif, se voir comparer aux barons du genre relève à mon sens un peu plus que du simple compliment.

Bien que froid (c'est un qualificatif qui revient beaucoup) et un peu dark, Dystopia dévoile bien plus que des références assumées à David Lynch, Bela Tarr ou aux glorieux musiciens cités plus haut. Si la maitrise technique est ce qui flatte l'oreille en premier (Max/Msp c'est pas Fruityloops ma couillasse), des titres comme Pancake Ice ou Omskdéveloppent des thèmes, des motifs mélodiques et rythmiques assez surprenants pour le genre. Que celui qui ne sent pas la saveur du jazz sur la deuxième moitié du premier cité se mette à respirer par le cul. Inspirés seront ceux qui verront en Omsk une relecture involontaire et instrumentale de l'Idioteque de Radiohead. Evoquons forcément Harmoniak Balna et Boemiath Is Going Down comme un dyptique prompt à évoquer un autre voyage au bout de la nuit, et ce avec toutes les sensations et sentiments inquisiteurs que la filiation comporte. J'ai pour ma part une préférence non négligeable pour le pragmatique et très efficace Lexomorray, allez savoir pourquoi. (Il paraît qu'une déclinaison live plus "thug" est dans les tubes. Révélons en exclusivité son intitulé : Mourad eat some spicy cheese in Kachroudistan).

Le duo fait de la musique avec minutie et sérieux, mais évite de se prendre les pieds dans la posture. Le titre Hate It When Ambient People Do That, malgré son drone graissé qui ravira les amateurs de flatulences sur des toiles cirées, relève plus du gimmick que d'autre chose. Mono Harshline, devrait quant à lui rassasier autrement mieux les amateurs de sound design moderne. Et si tout ça ne suffisait pas à te convaincre d'y jeter au moins une oreille, disons que le combo Whore Car/Core War, dans une veine un peu "gangsta glitch indus", a largement de quoi faire office de corrosif pour tes conduits auditifs.

Pour faire court, et surtout pour trouver une conclusion à cette embardée suintant très relativement la malhonnêteté, considérons Dystopia comme un brillant album d'IDM concocté par des droneux biberonnés à Shadow Huntaz. Voilà, si on te demande dans un avenir très proche qui sont Trdlx, tu pourras dire avec fierté que tu sais. Je te dirais bien qu'un euro sur chaque disque vendu suite à la chronique sera reversé aux orphelins qui courent sur les plages de Palestine. Mais mon collègue et moi même garderons tes deniers pour acheter de la coke et exploiter des prostituées. D'ici là lecteur, bon été.

Lexo7

Brasser la merde

4 commentaires

  1. rreizckhaalrdh

    Ppr la comparaison avec Access To Arasaka, elle fait plus plaisir qu'aut'chose. Vu qu'j'ai claqué ma thune pour Dour, que j'l'ai pas trouvé en p2p, mais que j'ai eu mon CAP, mes vieux passeront commande. Et arrête Booba/Céline/Dieudonné tu vas explosey comme les avions en Ukraine cousins. PS : sympa la CAPTCHA pour autiste qui demande 123, vous pensez vraiment à tout le monde bande de fanfouettes!

    1. lexo7

      Tu dois avoir quelques petits résidus toxiques de Dour, car si tu lis bien, nulle part il est questiond e comparaison avec Access To Arasaka. Comme pour les références à Booba et Dieudo, je ne les vois pas non plus. La bise à tes darons.

  2. junglist

    Bon boulot les gas, bon album! Ca fait une semaine que je me l'écoute et je m'en lasse pas... Un live de prévu? Vous passez pas en Belgique par hasard?

  3. Adri

    Merci

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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