silent weapons for quiet wars

Pochette de A Fabric Of Beliefs

chronique · 2 septembre 2013 · Expé. / Modern Classical

Witxes

A Fabric Of Beliefs

La musique est la science du temps maîtrisé. Le nomadisme, la science de l'espace vaincu. (Sylvain Tesson. Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages)

par Lexo7

Le français Maxime Vavasseur jouit actuellement d'une belle reconnaissance dépassant allégrement les frontières du chauvinisme. Petits ou gros médias, d'ici et d'ailleurs, spécialisés ou pas, ont dressé à son endroit ribambelles et cohortes de louanges. On pourrait penser que son transfert du côté des allemands de chez Denovali a forcément joué son rôle. Mais pas tant que ça. Outre ses indéniables capacités de musicien, Witxes communique déjà très bien tout seul, fait feu de tout bois pour qu'on parle de son album et est également prêt à faire un bon paquet de bornes (parfois trop) pour présenter sa musique en live. Mais n'occultons pas le fait que son essai précédent, Sorcery/Geography, avait déjà reçu bien des hommages. Ce n'est sans doute pas pour rien si les gens de Denovali, comme ils le font déjà pour d'autres, se sont empressés de represser cet album en vinyl et en cd pour donner à leur nouvel artiste toute la visibilité qu'il mérite. Je dois avouer que l'album sus-nommé ne m'avait pas plus transpercé que ça, malgré certaines fulgurances. Pour des motifs aussi subjectifs que la simple raison de ma raison (The Reason était mon titre préféré), et aussi la désarmante impression que le sieur Vavasseur avait énormément écouté Ben Frost et Tim Hecker. Chaque artiste a son lot d'influences, celles-ci peuvent prétendre au meilleur. Ce présent Fabric of Beliefs devrait lui permettre de jouer à l'avenir un peu plus qu'un rôle d'outsider.

Il est pourtant conçu et construit de manière presque similaire à son aîné. Mais celui-ci suinte autrement plus l'état d'urgence, la pression, l'isolement, la solitude choisie même parmi "les autres". Pour ne pas être qu'un énième sympathisant des univers sibyllins, ou de l'incendie volontaire sur des terres mentales en jachère. Tous ces ressentis, certes personnels, qui font que pour moi la musique de Witxes est autrement plus convaincante lorsqu'il n'y a que peu de place à l'alternative. A autre chose qu'à l'urgent devoir de spontanéité. Ce qui fait que son concept de "boussole jetée" trouve ici un regain certain d'authenticité.

A Fabric Of Beliefs est un album qui pousse à se laisser absorber par la nuit et à raviver ses propres flammes. A choisir les sentiers de l'errance pour ne pas avoir à trouver sa place. A laisser les angoisses compoter dans les racines de l'amertume, à organiser des messes noires pour célébrer le souvenir dévastateur des démons qui nous ont aussi construits. A Fabric Of Beliefs tisse une musique qui voudrait venir d'ailleurs pour contester les points d'encrage. Witxes est tel le gabier qui souffle des formules obscures dans les voiles. Il a choisi la mer pour mener une vie d'adulte où seul le vent est responsable des trajectoires. Sa musique est du pays où elle trouve sa gamelle, même si les condiments présents sur sa table du Morvan sont d'origine plurielle.

Si j'étais réellement honnête, la chronique devrait s'arrêter là. Parce que, lecteur, je te pense suffisamment intelligent pour ne pas avoir à réclamer le besoin que je te parle de "musique". Une musique dont la description pragmatique et logistique ne t'apportera pas d'éléments supplémentaires sur ce que Toi, tu y verras ou y entendras. Mais je suis malhonnête.

Alors je vais quand même te dire que Witxes se présente en live avec son laptop et sa guitare, mais que cet album a été composé avec des éléments parfois des plus naturels (le saxophone et les percus de Frederic Oberland apportent une plus value certaine). Qu'au milieu des tensions qui frappent aux mâchoires et aux tempes (la pulsation de Through Abraxas III et son sentiment de prendre le dernier train de nuit pour le grand adios, pour ne citer que celle-là), tu trouveras des accalmies où règne une liberté mélodique et rythmique désarmante (comme savent en composer les chamanes de la musique libre pas complètement improvisée). Je pourrais aussi te dire que le français alterne brillamment dans les contrastes, et que sa guitare offre une jolie palette de textures et de sentiments. Que The Pilgrim est mon titre préféré (avec Through Abraxas II) et que l'enchaînement de The Visited à The Turnedest extrêmement bien pensé pour qui veut exprimer les différents visages d'une errance qu'on choisit plutôt que de la subir. Que The Words est la suite (ou le complément) folk entamé sur l'album précédent avec No Sorcerer of Mine. Qu'il est lui aussi touché par cette présence vocale si particulière et si chaleureusement dark. Mais que lui ne ferme pas l'album, puisque l'épique et superbe conclusion de The Moonlit Passage est encore plus apte à s'en charger. Tu reconnaîtras j'en suis sûr, que te voilà bien avancé.

The Words laisse entendre qu'il est peut-être temps pour les démons de Witxes de s'en aller. Pourvu qu'ils reviennent très vite, parce que même si cet opus peut presque prétendre à l'excellence (on ne joue pas l'errance à merveille sans succomber à quelques sorties de route), la quintessence de son art n'est à mon sens pas encore parvenue à son apogée. A voir au Swingfest d'Essen début octobre, parmi une armada pire que convaincante réunie par Denovali, où Witxes sera tout sauf un second couteau. Nous y serons (au moins deux), ne doutez donc pas un instant qu'on vous en reparlera.

Lexo7

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Andrea

    Excellent album et un festival qui promet : Witxes, Aun, Saffronkeira, Carlos Cipa, Barn Owl, Sankt Otten... Malheureusement pas de Bersarin Quartett il me semble. Enfin de toute façon peu de chance pour que je puisse y aller :/

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