silent weapons for quiet wars

Pochette de Aquarium Eyes

chronique · 14 juin 2013 · Expé. / Modern Classical

Ritornell

Aquarium Eyes

par brshln

Ritornell c’est Richard Eigner et Roman Gerold, deux esthètes autrichiens férus d’expérimentations sonores et de compositions limpides. L’un est compositeur expérimental et batteur, l’autre pianiste jazz et compositeur pour le théâtre et le cinéma. A l’écoute de leur précédent Golden Solitude (paru en 2009 et chroniqué par Lexomorray à l'époque sur Chroniques Electroniques), j’ai vite pu me rendre compte que l’alchimie entre les deux larrons était parfaite, leurs idées claires et la démarche cross-genre impeccablement maitrisée. Il ne sera pas question ici de lésiner sur les compliments, cet album représentant à mon goût un petit chef d’œuvre d’inventivité ainsi qu'un bon shoot d’émotions.

Découvrir Ritornell c’est un peu comme gambader avec Heidi pour la première fois dans un grand champ de fleurs psychédéliques. C’est à la fois amusant et troublant ; ça fleure bon le Printemps. La palette de couleurs semée est si sublimement contrastée au long des compositions, qu'on pourra se perdre dans des paysages sonores farfelus et détaillés maniant des sonorités pleine d’humour (détail trop souvent absent dans la sphère des musiques expérimentales). A cette dernière qui, il faut le dire, a souvent tendance à se renifler le cul avec beaucoup d’audace, Ritornell donne une leçon d’élégance et montre qu’on peut expérimenter de façon ludique et cool, et ce même en arborant une esthétique minimaliste léchée.

On devine plusieurs instruments et traitements minutieux du son sur cet Aquarium Eyes. Pianos préparés, vibraphones, kalimbas, clarinettes, contrebasses et textures glitchy se côtoient chaleureusement dans une gigantesque partouze jazzy, ou chaque élément glisse et vibre harmonieusement sur son voisin. La chanteuse Mimu prête son organe à plusieurs titres qu’elle anime avec une sensualité soul qui sent bon la rose des champs. Je ne cache pas qu’à la première écoute, j’ai eu peur que les parties vocales ne viennent parfumer niaisement certaines compositions. Que nenni. La voix suave de Mimu assaisonne l’œuvre en la saupoudrant d’une petite pincée d’âme, idéale pour donner une certaine singularité pop aux morceaux.

Lorsque l’album s’ouvre sur The Morning Factory, le lexomil fait immédiatement effet. La clarté des instruments berce l’auditeur et l’engage sur une voie paisible, où le relâchement apparaîtra comme comportement adéquat devant tant de volupté. La nostalgie offerte par le piano est contrecarrée d’une main de maître par Oliver Steger à la contrebasse, qui vient dépoussiérer le conduit auditif du destinataire pour aller lui chatouiller les osselets, rendant ainsi le morceau ludique en plus d’être admirable.

Le splendide trip-hop lascif d’Urban Heartwave incarné par Mimu rampe langoureusement sur une nappe colorée et froissée, et la réinterprétation du In everydream Home a Heartache de Roxy Music est bouleversante. Bouleversante parce qu’elle réussit l’exploit d’égaler l’original sur le plan émotif dans un registre différent, et cela avec un tact remarquable, tant dans l’atmosphère que dans les arrangements.

Sur Aquarium Eyes, les percussions cristallines sillonnent le morceau de bout en bout pour donner la réplique à un piano et à une contrebasse se draguant à l’ombre d’une réverbération parfaite. On croirait entendre une jonction entre Lydia Lunch et Goldfrapp dans les introspections hantées de Mimu sur Cherry Blossom, et un métissage Jazz/hip-hop b-boy sur Ono, véritable buterie. Le morphing hip-hop, on le retrouvera également sur I’ve Stolen the Moon dans lequel le beat se confronte à des rhytmiques coquines se taquinant à coup de têtes à queues. Quand à l’humour, c’est dans Tremble que Ritornell en use le mieux. L’atmosphère gorgée d’impatience est illustrée par des sonorités saccadées qui font corps avec des grommellements insondables, à priori à mi chemin entre Golum en descente de speed et Enrico Macias se faisant chatouiller la nouille. Très certainement le morceau le plus expérimental de l’album avec Musicbox, orgie folle de boites à musique.

Je m’arrêterais là, à court d’arguments et d’adjectifs pour qualifier un disque qui pourrait finalement se passer de commentaires et d’envolée pseudo lyriques. Si Sakamoto et Dictaphone avait eu un enfant après un ébat champêtre sous acide, il se serait appelé Ritornell. Aquarium Eyes s’élève au rang de ces albums qui se permettent de fédèrer tant les midinettes que les jazzeux ou encore les esthètes tortueux du cul. Il restera indéniablement un album vers lequel il sera difficile de ne pas revenir tant la découverte fut douce et le ressenti particulier.

brshln

Brasser la merde

5 commentaires

  1. Georges White

    Ce disque me rappelle vraiment la fin des 90's, et plus précisément le premier album de Koop 'Sons of Koop'.

    1. lexo7

      Pouah, tu viens de me rappeler ce disque que j'avais acheté et bien poncé à l'époque. Les premiers digipacks, un artwork gay friendly et le "In a heartbeat" avec terry Callier qui valait à lui seul l'achat du disque.

  2. MiozoiM

    Super album, au top pour copuler d'ailleurs. Bisous.

  3. schlounga

    Je suis pas trop fan du jazz deglingué le cul entre 33 styles différents d'habitude, mais là ça marche étonnament bien je trouve. Une fois de plus, un grand merci pour cette découverte géniale.

  4. T

    Ca m'évoque la collaboration entre Alva Noto et Ryuichi Sakamoto.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · expérimental

    En attente