silent weapons for quiet wars

Concerts · 5 juin 2013 · le 29 mai 2013, Montreal

Mutek 2013

Valeurs sûres et prises de risques

par Nathan

À Montréal, on a des festivals sans arrêt. Plusieurs festivals par semaines, sur tout et sur rien. Mutek (nouvel onglet) fait parti de ce paysage et ouvre la saison avant les « gros » festivals musicaux de l’été, avant le Festival de Jazz, les Francofolies ou le mastodonte Osheaga (et sa programmation assez insignifiante). Sauf que Mutek, plus qu’un festival parmi tant d’autres, ratisse large. Ce n’est pas vraiment un festival de musique électronique, c’est une sorte d’hybride qui cherche à mettre en avant les scènes expérimentales et le mariage entre musique électronique et arts visuels. L’an dernier, on avait eu le plaisir de se prendre des claques par Jeff Mills, de se demander ce que Robert Henke et son Monolake était en train de faire, de voir Tim Hecker et Stephen O’Malley balancer des drones dans une vieille église.

En 2013, l’air de rien, la programmation (nouvel onglet) était assez impressionnante. Des légendes, des valeurs sûres, et surtout des prises de risques. Le festival se décompose en deux types principaux de concert. Bien sûr, il faut faire des choix, on ne peut pas tout voir. Des dizaines d’artistes sur cinq jours, c’est une épreuve. Alors tant pis pour la soirée Kompakt et The Field, y en a qui bosse.

La première attraction du festival est Andy Stott. Jamais vraiment convaincu par ses albums, il existe toujours une once d’espoir que, live, tout prenne un sens. Et bien non. Pas que son set était mauvais, au contraire, c’était bien fait. Mais si sa musique a au moins la qualité d’être introspective avec un casque, en live, elle perd de sa substance. Alors Andy Stott se réfugie dans des touches Acid et presque trance, ce qui est agréable et amusant, mais pas vraiment ce que j’en attendais.

Pour la Nocturne 3, le line-up était explicite : on va vous écraser. Ryoichi Kurokawa, Emptyset, Jon Hopkins puis Robert Hood. À mon plus grand regret, j’ai raté la prestation de Kurokawa (qui, semble-t-il, était exceptionnelle) mais les deux bandits d’Emptyset m’ont fait payé.

Le Métropolis (nouvel onglet) a ce défaut des vieilles salles qui devient une qualité exceptionnelle face aux assauts de la techno : les basses font trembler la salle. Chaque pulsation, chaque son qui tombe bas dans le spectre sonore fera vibrer vos jambes. Emptyset en a profité. En termes de sound design et de maitrise du son, ces deux anglais sont des experts et chaque son, chaque couche se superpose dans un déluge ultraviolent. Quand techno rime avec noise, les beats se cachent derrière les hurlements numériques des machines. Leur set est éprouvant physiquement et mentalement. Le son vous écrase complètement et on en ressort à bout de souffle. En fait, c’est à la hauteur de leurs EPs et leur magnifique Demiurge.

Autre british sur la scène, Jon Hopkins. Comment Hopkins, plutôt penché sur les mélodies en général réussira à faire passer son message après Emptyset ? La réponse était simple : en étant versatile. De la manière la plus décontractée du monde, Jon Hopkins s’acharne sur ses pads et autres consoles, et passe sans difficulté d’un genre à un autre. Le talent de ce mec est infini. Sa techno onirique s’installe peu à peu, s’arrête, Jon sourit… et c’est reparti. Il n’a peur de rien et enchaîne avec de jolies pastilles IDM, des beats désarticulés, des passages presque dubstep (en admettant que ce terme ait encore un sens) et une envolée phénoménale sur la fin pour achever le monde entier. Entre mélodie facile et structures complexes, l’équilibre de son set vient du plaisir simple et communicatif qu’il prend sur scène. Le genre après, qu’importe…

Pour clôturer cette belle soirée, le vieux sage Robert Hood se pointe. Grande stature, grand monsieur. Robert Hood prouve qu’il incarne la techno et que personne (ou presque) ne peut la faire mieux que lui. Il est le passé, le présent, et aussi ce qui la sauvera la techno : un engagement à toute épreuve dans le son, dans le beat, dans le rythme. Avant de balancer ses salves, Hood se frotte les mains. Et voilà l’essoreuse techno prête à renverser le monde. Pas de cadeau, la techno la plus pure, la techno originelle, l’austère, c’est Hood qui la maitrise le mieux. C’est un train qui vous passe dessus et vous vide de toute substance. C’est le combat le plus noble, et on a bien du mal à rentrer chez soi ensuite.

La Nocturne 4 avait une tournure un peu plus house, avec les deux John, Talabot et Roberts. On attendait du premier une house fraîche et dansante, on a eu le droit à son album joué live, et donc beaucoup d’ennui. Le sentiment est d’autant plus désagréable que jamais le concert ne décolle vraiment, on reste là, embourbé dans cette pop un poil électronique, ou cette house un poil pop. Peu importe, c’est le calme plat, je reste planté dans une mer de corps ondulés, avant de m’en aller voir Nosaj Thing et ses beats incohérents en attendant John Roberts. Nosaj Thing ne fait pas beaucoup mieux, mais au moins, c’est plus amusant.

J’avais beaucoup d’espoir en John Roberts. Son dernier album manque d’un petit quelque chose, de sueur et de saleté, alors j’espérais qu’il mettrait cette touche en live et… pas vraiment. C’était beau, trop beau. Là où il aurait dû amener de l’humain, Roberts est resté poli et discret. Là où on devrait attendre l’orgasme, on se demande où il va aller, on se pose de nombreuses questions alors qu’on devrait être en train de tout oublier.

Après une courte nuit, et une après-midi à écouter les très bons sets de la Boiler Room avec Sixtoo aka Prison Garde, Ghislain Poirier et encore une fois Robert Hood (DJ set de maître, en passant), on se retrouve à la Maison Symphonique (nouvel onglet) flambant neuve pour le génial Nils Frahm et Pantha du Prince et ses norvégiens qui tapent sur des cloches. On sait depuis longtemps que Pantha du Prince est fasciné par les cloches, mais le projet est plus intéressant qu’entrainant. Autrement dit, le rendu est souvent assez chiant. Déjà que sa house d’orfèvre pouvait lasser, c’était un risque de super combo de l’ennui. Mais le son parfait de la Maison Symphonique et surtout la réponse du public (qui s’est levé d’un seul homme pour danser) a rendu le concert mémorable. Plus que la musique, c’était l’union entre les festivaliers fatigués et cet orchestre qui a procuré de la magie, et un sourire indélébile. Tant pis pour Juan Atkins et Moritz Von Oswald, ces deux légendes, mais à un moment, on ne peut plus suivre, hélas.

À Mutek, on se surprend parfois à en attendre trop, et on se retrouve un peu déçu. Mais le sentiment principal est d’avoir participé à un événement qui sait allier exigence et plaisir. On reviendra !

Nathan

Brasser la merde

6 commentaires

  1. shadowbox

    en fait on t'a filé une pass pour aller voir 2 nocturnes, un a/vision et le Boiler Room (gratuit de surcroît)... superbe ta couverture, aussi complète et intéressante que ton compte rendu.

  2. Edbanger4eva

    Depuis quand les stagiaires chroniquent chez SWQW? Bon parce que si l'on m'autorise à faire la critique de la critique (une sorte de critique au carré, en somme), cette chronique a autant d'âme que le rapport de stage que je viens de dégueuler pour l'ESC Montcuq. Bien cordialement - Un stagiaire.

  3. Microcosme

    Quitte à partir à l'autre bout de l'océan, j'aurai aimé que tu te salisses un peu! (cf: John Roberts) Que ça sente la sueur et la bière, et ce, dans l'ordre que tu préfères.

  4. JEAN CALIN

    Très bon retour, ça donne envie.

  5. heyholetsgo

    Ah le fameux "y en a qui bosse" pour justifier d'avoir raté la moitié de la prog...le taf a bon dos ! putain de société d'esclaves

  6. Rodofo

    Bonne chronique qui ne couvre malheureusement pas le tiers du festival. Deadbeat qui suivait Andy Stott a parfaitement géré ses problèmes techniques et nous a séquestré au fin fond de sa cave pour frapper nos têtes contre ses murs. Derrière s'en est suivi le nouveau projet live de Martyn, qui a donné une très belle leçon de breakbeat / IDM à Andy Stott qui avait tenté sa chance à la fin de son live. Kurokawa le lendemain a pris le publique à pleine main pour exécuter une somptueuse planchette japonaise (difficile de sortir du KO pour enchaîner avec Emptyset derrière). Le nocturne 4 ne se résume pas seulement à JohnJohn, Laurel Halo a manié l'inconstance rythmique de manière remarquable à travers une techno bien dub et très personnelle. Et on pourrait développer encore : Efdemin, Franck Vigroux et Antoine Schmitt, Matthew Herbert (et son cochon), 1024 Architecture, Dictaphone ... Des performances auxquelles tu aurais pu assister qui t'aurais peut-être laisser un goût moins amer.

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