silent weapons for quiet wars

Focus · 3 juillet 2013

DOUR 2013 : défrichage

Eclectisme et psychotropes

par Dr. Somath

Dour, éternel et étrange croisement entre public rock la journée et faune électronique la nuit, constitue avant tout un repère d'amateurs sachant profiter d'une programmation en général pleine de qualités dans tous les domaines. 2013 ne déroge pas à la règle et fait même mieux que les deux précédentes éditions, alors autant faire un petit tour d’horizon du programme afin d’être rôdé pour cette avalanche d’éclectisme.

Action Bronson

Cela fait maintenant deux ans qu’Action Bronson (Arian Asliani de son vrai nom ) fait gentiment parler de lui, et ce de plus en plus. Dans une veine très old-school nous rappelant avec plaisir Gang Starr dans la philosophie des instrus et des textes, ce rappeur cuistot se distingue par des inspirations jazz de bons gouts, un flow incisif prenant, et une description de son Queens originel honnête portée par un éclairage rafraîchissant.

Apollo Brown & Guilty Simpson

Producteur de génie au rayonnement important sur la scène bouillonnante hip-hop de Detroit, Apollo Brown est quelqu’un qu’on apprécie énormément depuis The Reset, album qui mettait en avant des instrus lentes entre héritage soul et modernité de bon goût. Son Dice Game sorti l’année dernière avec Guilty Simpson au micro ne descendait pas la qualité générale de son œuvre loin de là, et les retours de leur concert parisien commun il y a peu de temps étaient tous excellents. Une des plus grosses attentes du festival donc !

BadBadNotGood

Ces gamins de Toronto, férus de jazz et de hip-hop, font tomber les barrières entre les styles avec une dextérité impressionnante. Mêlant reprises méconnaissables (Odd Future, James Blake, My Bloody Valentine) et compositions originales, leur album BBNG2 est d'une richesse bluffante. En live, les gaillards tournent en formation réduite basse/batterie/clavier et ont parfois recours à des boucles, mais remportent la partie à l’énergie, plus proche d’un groupe de math-rock que d’un trio de jazz.

Billions of Comrades

Marcd a déjà évoqué le cas de ces jeunes belges fringants ici, peu de choses à écouter encore mais le quatuor semble développer un rock qui emprunte à la musique électronique sans en devenir vulgaire et en ressort surtout de belles chansons qui marquent le crâne vicieusement.

The Bug

Pas toujours exclusivement de bon goût à cause d’un penchant maladroit pour le ragga, la musique produite par The Bug a pourtant parfois réussi à créer une belle version moderne et plus électronique du trip-hop originel. Leur concert de la Villette Sonique il y a quelques années était également en dent de scie mais avait proposé quelques passages vraiment lumineux qu’on a hâte de retrouver.

Comeback Kid

Là où cette année Dour tape plutôt juste au niveau Hip-Hop, psychédélisme, et électro d’esthète, c’est une programmation vraiment sans saveur (Pelican, Torche) et sans surprise (Amen Ra, Hatebreed) que nous offre le festival en terme de violence. On pourra tout de même sauver les punk-hardcoreux canadiens de Comeback Kid dont on entend beaucoup de bien de leurs concerts depuis un petit moment, à reserver quand même à ceux qui aiment les riffs qui roulent, l’énergie à fleur de peau et les mélodies fédératrices. En gros, selon l’humeur cela pourrait être très plaisant.

La Coka Nostra

Amateurs de finesse s’abstenir. La Coka Nostra, collectif réduit maintenant à Ill Bill, Slaine, et deux anciens House Of Pain, parle uniquement de flingues et de drogues, le tout avec une attitude très west coast "je pose mes couilles et mon calibre sur la table et après on pourra parler". Le problème avec eux c’est que c’est très bien fait, qu’ils ont un paquet de tube dans leur répertoire, et qu’en live la formule marche bien voire très bien, cela serait donc bien idiot de passer à côté.

Converge

Référence parmi les références de l’efficacité live et de la grosse mandale gorgée de haine, ces quatre là ne sont pas près de nous lasser et l’on a bien hâte de pouvoir juger des morceaux de All We Love We Leave Behind sur scène avec un son (on l’espère sans y croire vraiment) meilleur qu’au Hellfest.

Dan Deacon

Un peu fatiguant sur album avec son électro-pop sous acide pas loin d'Animal Collective, Dan Deacon est surtout un artiste à voir sur scène, transformant ses performances en véritables éxutoires pour lui, et portés par une fièvre tellement grande que le public se met à tout lâcher et offrir une communion artiste-spectateur comme on n'en voit jamais d'aussi intense.

Len Faki

La techno du Berghain de Len Faki a désormais fait ses preuves dans n’importe quelles conditions dans ses capacités à apporter courage et délivrance à notre envie de lâcher prise. On imagine déjà très bien de quelle façon son set sûrement délectable va retourner la foule hagarde de Dour et la tête des pauvres bougres une fois le voyage terminé.

JC Satan

On avait déjà évoqué rapidement ces petits jeunes au top de la mode suite à leur concert de la Villette Sonique où l'on s'était incliné devant ce garage maltraité par un mur du son bluffant et une variété à faire pâlir tout groupe de prog qui se respecte. Vu leur progression technique qui semble être des plus rapides, on est très impatient de les voir dans un cadre moins familial, afin d’évaluer la force de leurs tubes face à des novices.

Jurrasic 5

Enième reformation pour Jurrasic 5 et leur hip-hop positiviste et bon enfant: leur précédent retour ayant été apparemment des plus réussis sur scène, on en attend la même chose cette année. De toute façon on devrait avoir beaucoup de mal à résister à des tubes inébranlables comme Concrete Schoolyard, Quality Control, ou encore What’s Golden.

Kadavar

Mattooh a déjà très bien parlé de cette machine à remonter le temps ici et ici. Pomper Black Sabbath sans problème de conscience donne très rarement de bons résultats, surtout en ce moment, mais dans le cas de ce trio aucun soucis à se faire tant les chansons semblent évidentes et le viseur plus porté sur la mélodie que le gros son que l’on connaît désormais par cœur.

Mark Lanegan

Figure hautement charismatique et pierre angulaire des années 90 avec ses participations aux Screaming Trees, Queens Of The Stone Age, et Mad Season, Mark Lanegan traîne désormais ses guettres d'un projet à un autre, et ce toujours avec succès grâce à une voix chaleureusement habitée et un pannel d'émotion rare. Loin de respirer la sympathie et la joie de vivre sur scène, ce quinquagénaire ronchonnant présente néanmoins une telle classe que ses performances en sont captivantes et intemporelles.

Joy Orbison

La techno très anglaise de par son héritage jungle et house de Joy Orbison frôle parfois le mauvais goût et un passéisme gênant. Cependant, ses quelques singles comme Hyph Mngo et surtout ce Wet Look complètement fou, ont démontré que l'anglais pouvait faire preuve de coup de génies dont on espère bien en déceler des traces en live cette année.

Le Prince Harry

Du garage belge à synthé bandant ? Dans le cas du Prince Harry, 1000 fois oui, et ce grâce à des dissonances noise plus que bien vues salissant l’ensemble avec brio tout en conservant l’aspect tube direct joué avec les trippes. A voir !

Shed

Rene Pawlowitz, désormais référence de la scène techno berlinoise depuis ses deux premiers albums sortis chez Ostgut Tonet ses sets sachant aussi bien te mettre des étoiles dans les yeux que te faire violemment danser sans relâche jusqu'au bout de la nuit, est un des noms à ne pas manquer niveau techno cette année à Dour tant son talent n'est depuis longtemps plus à démontrer.

Thee Oh Sees

Pionnier voire gourou de la scène revival garage-psyché éruptant de San Francisco ces dernières années, John Dwyer écrit et tourne inlassablement avec son groupe Thee Oh Sees à la moyenne d’un album et d’une tournée mondiale par an. Le groupe, au nom aujourd’hui stabilisé, semble avoir trouvé la source d’inspiration éternelle et avec eux, stakhanovisme ne rime pas avec baisse de qualité, bien au contraire : chaque album est au moins aussi bon que le précédent. Même sanction en live : chacune de leur apparition retourne la gueule de milliers de festivaliers hagards.

Trentemoller

Savants mélanges d’electronica et de trip-hop, les deux albums de Trentemoller sont de parfaits objets de rêverie mélancolique, qui sous de bonnes conditions sonores devraient constituer un moment marquant pour qui saura prendre le temps de se fondre dans ces pièces lentes et dramatiques.

Tomahawk

En l’an de grâce 2013, le Général Patton et ses fins limiers (John Stanier, de Helmet et Battles, Duane Denison de Jesus Lizard, et Trevor Dunn de Mr Bungle, Fantômas et 1000 autres projets) reviennent rétablir l’ordre dans un milieu rock secoué par la médiocrité. Album et tournée mondiale, nos barbouzes ne lésinent pas et malgré les longues années de pause, la qualité est toujours plus que là. Rater leur intervention à Dour serait une preuve manifeste d’un manque de goût carabiné.

Two Gallants

Duo blues-folk traînant ses guêtres sur les scènes indé depuis maintenant une dizaine d’années, Two Gallants a rebranché la machine en 2011, après une pause régénératrice de quelques années. Et on les retrouve sur scène et sur leur nouvel album plus bruyants que jamais, encore plus punks et abrasifs que les White Stripes des débuts, le feeling soul en plus.

Ben UFO

Encore une référence incontournable de la techno actuelle de par ses mix sortis chez Fabricet son label Hessle Audio, Ben UFOsaura à coup sûr proposer un set construit avec une grand maîtrise pour une montée qui ne saura nous laisser sur le bord de touche, et ce pour un des grands moments des nocturnes douriennes de cette année.

White Denim

Ces Texans aux looks de parfaits geeks ont tout simplement donné le meilleur concert du festival barcelonais Primavera 2012. On ne devient pas aussi brillants musiciens sans s’être enfermé de nombreuses heures au local de répèt’, mais en live nos jeunes gaillards savent surtout embraser une foule via leur rock psychédélique gorgé de pop, de soul et de nerf. La retranscription live de leurs magnifiques compositions donnent le tournis, et jamais la technique ne prend pas sur le feeling, comme en atteste un certain côté latin qui émane des passages les plus chahutés ; ton prochain groupe préféré.

Article co-écrit avec ce cher Mattooh

Dr. Somath

Brasser la merde

15 commentaires

  1. Ehoarn

    Personnellement, louper Venetian Snares serait quand même pour moi la plus grande preuve de mauvais goût.

  2. lexo7

    Je l'ai ptet vu 5 fois en dix ans. Et récemment (depuis au moins 3 piges), en live c'est au moins aussi pourri que sur album.

    1. Ehoarn

      J'entends bien. Mais en fait moi je l'ai jamais vu (d'où le "personnellement"), quitte à réaffirmer mon manque de légitimité à écrire pour un ouèbzineuh. Et comble de l'offense dont je m'excuse d'avance : j'ai adoré My So-Called Life et Fool the Detector. Oups...

  3. somath

    Je serais (évidemment) moins dur que lexo7 MAIS : j'arrive plus à écouter un album en entier (voire meme dépasser la 3e chanson) et puis je l'avais vu à l'époque où j'étais très amateur (ia 6-7 ans) et je m'étais déjà fait chier comme un rat mort... Ce qui ne m'empêchera pas d'aller y faire un tour si ia rien en même temps..

    1. Ehoarn

      C'est marrant, ya de plus en plus de gens qui me disent qu'ils n'arrivent plus à l'écouter ou qui me disent que c'est de la merde maintenant. J'vais finir par croire que j'ai vraiment tort de considérer Fool the Detector comme une tuerie sans nom :) Bon, en même temps j'ai un peu (euphémisme) moins d'expérience que vous, donc...

  4. Georges White

    Grosse programmation.

  5. Nifa

    Et le Wu tang ? Amon tobin ? Nathan Fake ? Flying lotus ? And so I watch you from afar ? Biohazard ? Dj shadow ?

    Ça fait pas mal d'oublis !

  6. somath

    Alors : Wu Tang : iaura que des basses et les gonzes se seront engueulés juste avant de monter sur scène du coup la moitié du line up prévu restera dans les loges Amon Tobira et Shadow : okay toujours cool à voir mais en live, leurs dj set sont jamais des plus marquants Nathan Fake c'est chiant Flying Lotus c'était mieux avant And so I watch You from afar : pire groupe de ces 5 dernières années Bio Hazard : tout mou au Hellfest

    Et le but n'était pas d'évoquer non plus TOUT ce qui valait le coup d'oeil..

  7. freaker

    Compuphonic Carl Craig Digital Mystikz Four Tet Karenn Rustie Simian Mobile Disco (il parait qu'en live c'est pas mal) Skream

  8. somath

    Youssoupha Psy 4 de La Rime Wax Taylor

  9. Neska

    Ouai, de quoi me dégouter de ne pas y foutre les pieds cette année.. j'espère que la prog. sera au moins aussi bonne l'année prochaine.

    @freaker : je suis pas le plus gros fan de SMD, mais en live, ca envoie sec ouai !

  10. Astrobouille

    J'préfère pas m'étendre sur les piles de choix douteux, Nathan Fake c'est bien mieux en set que sur skeud et moins chiant que la moitié des daubes techno que vous conseillez, par contre c'est bien cool de vouloir tout présenter mais sans savoir de quoi vous jactez ça fait vite catalogue mal torché. Dan Deacon pas loin d'Animal Collective !!? Ouais ça explique pourquoi vous trouvez ça fatigant si vous l'avez jamais écouté. Tomahawk reviennent rétablir l’ordre dans un milieu rock secoué par la médiocrité !!!? Leur nouvel album est une bouse sans nom, et pourtant j'ai du capital sympathie à revendre pour Patton et ses potes. The Bug a un penchant maladroit pour le ragga !!!!? Mais bordel c'est justement un projet ragga perverti, ce sont ses penchants trip-hop qui reluquent les autres projets de Kev Marin.

    1. B2B

      Putain Astro, t'es de retour parmis les vivants ? Fini la desintox ?

  11. Astrobouille

    Kev MarTin plutôt.

    Ha ouais et puis d'ailleurs Jurrasic 5 s'écrit Jurassic 5, de rien les loulous.

  12. Mattooh

    http://www.swqw.fr/chroniques/rock-folk/tomahawk-%E2%80%93-oddfellows.html

    Pour une raison qui m'échappera toujours, Tomahawk se fait chier dessus à chaque disque. Heureusement, nous, on SAIT.

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