Focus · 18 avril 2013
Villette Sonique, mise en bouche
SWQW t'aide à faire tes choix
par B2B
Paris a beau regorger de festivals, il y en a un qui chaque année supplante les autres en nous convoquant inexorablement à migrer du côté du XIXè : la Villette Sonique (nouvel onglet). Trop rares sont les festivals réussissant à concilier exigence et accessibilité. C’est le pari pourtant entretenu avec intelligence par l’équipe de la Villette Sonique qui réussit à sortir des sentiers balisés. En proposant pendant une semaine, du 23 au 26 mai, des soirées isolées à la programmation éclectique, on est toujours sur d’y trouver son compte. Et si votre portefeuille crie famine, vous pourrez toujours vous replier sur le désormais traditionnel week-end de concerts gratos, à savourer le cul dans l’herbe, une bière tiède à la main, en crevant de chaud au soleil (présent chaque année, c’est dire). Mais comme tout festival exigeant, la Villette Sonique s’organise autour d’une programmation parfois obscure pour le commun des mortels. C’est là que SWQW débarque et vient faire son boulot de défrichage pour mieux vous guider. La sélection qui suit a beau être subjective, elle n’a qu’un seul but, provoquer votre curiosité.
Chris Cohen : Petit père indie, Chris Cohen (nouvel onglet) n’est pas le type le plus glam du fameux label Captured Tracks. Il n’est accueilli qu’avec politesse par les hipsters en tous genres, qui trouvent sa musique un peu trop molle et ses mélodies un chouilla trop alambiquées. Mais, drôle de paradoxe, Chris Cohen est aussi en train de devenir une figure totémique de tous les laissés-pour-compte de la hype, ceux qui imperméables aux tendances, continuent d’aimer comme au premier jour les disques des Zombies, de Robert Wyatt ou de Belle & Sebastien. Pour ceux-là, Chris Cohen est un des seuls songwriters actuels à rester crédible (chronique d'Overgrown Path), à pouvoir toucher sans singer et à rester frais sans brumisateur artificiel.
Cómeme Night : le label électro Cómeme (nouvel onglet) est devenu une référence non pas parce qu’il joue la carte d’une musique techno sud-américaine enjouée mais plutôt par son envie de foutre en l’air les conventions liées à la fête. Avec Cómeme, la fête est salace, débridée et punk. La rythmique techno n’est qu’un apparat, permettant de rassembler les gens pour mieux les provoquer. A ce petit jeu-là, on peut faire confiance au boss du label, Matias Aguayo, mais aussi à son plus fidèle représentant, le déjanté mexicain Daniel Maloso. On y ajoute Alejandro Paz et Philip Gorbachev et vous voilà promis à une nuit moite et folle.
Daphni : Dan Snaith a déjà foulé la pelouse du jardin de la Villette en 2011 avec son groupe Caribou. Le canadien avait alors livré un live electro-pop aussi foutraque qu’euphorisant. Le revoilà par le biais de son projet solo, Daphni (nouvel onglet). Cette parenthèse purement électronique est loin d’être un caprice de star. En retournant les bases de la house pour en sortir une musique électronique mutante et hypnotique, Daphni a réussi son pari. C’est que Daphni ne fait pas les choses à moitié. Ses constructions électroniques obéissent à des schémas mathématiques complexes dont le but premier n’est pas la perte de repère mais bel et bien l’appel à la danse.
David Fenech : de la musique expérimentale à la Villette Sonique ? Oui ! 1000 fois oui ! Le parisien (nouvel onglet) hyperactif (des projets musicaux à la pelle), expert en improvisation à la guitare, viendra livrer une prestation foutraque, comme lui seul en a le secret.
DJ Harvey : Très méconnu en France, DJ Harvey (nouvel onglet) est un vrai papa, un daron qui veille précieusement sur la house et la disco depuis plus de trente ans. Producteur à ses heures perdues, il est surtout un activite, un passeur et un générateur, quelqu’un qui de Londres à New York fait vivre la légende des clubs qui l’accueillent et de la musique qu’il mixe. Il est de la race des grands djs, voire des plus grands.
Dope Body : Parmi les petits jeunes dont tout le monde parle en ce moment, voilà bien un qui l'a mérité. Prescipteurs d'un rock sale piochant tout aussi bien dans la no-wave, le noise-rock ou le hardcore à la Black Flag, les américains (nouvel onglet) mélangent tout ça pour proposer quelque chose de très souvent dérangeant et fourbe, mais qui ne manque pas pour autant de finir en grosse mandale dans ses moments forts. Testés et approuvés par l'intelligentia noise-rock de SWQW en live, il y a fort à parier qu'ils ne seront pas un groupe d'apéro de plus pour le parc cette année.
Flaming Lips : Groupe vénéré aux racines hautement psychédéliques, les Flaming Lips (nouvel onglet) s’étaient au fil du temps transformés en troupe pour grands enfants, jouant avec la pop comme un gosse avec ses Mighty Max ou ses Polly Pocket. De manière assez inattendue, leur atmosphère discographique s’est pourtant largement assombrie ces dernières années. Leur dernier opus, The Terror (chroniqué par nos soins), est une vision cauchemardesque des inflexions krautrock et chillwave de la pop moderne. Et sur scène, la récréation, c’est aussi fini : place à la descente d’acides.
Jandek : La Villette Sonique est désormais spécialiste du retour innatendu d'entre les morts d'artistes cultes. Parfois ça marche à la perfection comme pour Current 93, parfois un peu moins comme lors de ce très passable concert de Throbbing Gristle il y a quelques années. Pour Jandek (nouvel onglet), genre d'Arthur Russell lo-fi version ermite salace, c'est bien dur de prévoir le résultat même si on sait qu'il sera inconfortable et habité tant sa musique est un mystère et une cave aux trésors insondable dont on aimerait un peu mieux comprendre son architecture pour pourquoi pas, y pénétrer.
The Melvins : Les Melvins (nouvel onglet), voilà un groupe qui ne se présente plus après trente ans d'une carrière qui aura marqué plus ou moins toutes les branches et rejetons de la musique lourde et hargneuse de ces vingt dernières années. On peut comprendre alors que l'envie (car l'appât du gain et les Melvins ça fait presque deux) de revenir sur les albums marquants du début des années 90 puisse se faire ressentir, l'envie, ou juste, encore une fois, le fun. Personnellement, le côté grandiloquent et bon enfant des prestations de ces dernières années en quatuor ne nous ont que très rarement passionnées mais, cette fois-ci, dans un registre des plus directs, pourrait être enfin la bonne.
Neurosis : Une telle date était impensable. Mais d'un côté quel groupe si ce n'est Neurosis (nouvel onglet) (chronique d'Honor Found in Decay) pouvait jouer après les Swans, chaque groupe étant l'une des influences de l'autre ? Depuis vingt-huit ans déjà, les gros bras tatoués de Neurosis évoluent dans différents registres de la scène métal, toujours au rendez-vous quand il s'agit de faire se déchaîner les éléments sur leur public. Au programme, tempêtes, cyclones et autres cataclysmes viendront frapper vos tympans lors de cette soirée exceptionnelle.
Space Dimension Controller : Space Dimension Controller (nouvel onglet) est vraiment à part sur la scène électronique. Jeune et marginal, Jack Hammill se balade depuis quelques années avec un certain bonheur entre IDM, Deep House et BO de Science-Fiction. Mais ce qui définirait encore le mieux son approche, c’est le Galactic Funk, sorte de groove futuriste qui aime raconter des histoires avec des éléments électroniques. Cet Irlandais n’a pas trop d’équivalent, mais on le verrait comme le bébé impossible d’un threesome entre Afrika Bambaataa, Brian Eno et les Daft Punk.
Swans : Les Swans (nouvel onglet) ont déjà ici été évoqués en long, en large et en travers, via le délectable calvaire de The Seers (chroniqué par nos soins), nos tops de fin d'année, ou leur escale suisse du mois dernier. Ce qui nous intrigue cette fois est le positionnement du groupe dans un cadre de festival, car qui dit festival dit temps de jeux écourté, et donc contraintes pour maestro Gira. Ce que l'on sait sur cette performance c'est que malgré tout elle ne fera pas de compromis et nous collera à terre de la première à la dernière seconde, à voir si pour ça ils frapperont direct dans le lard ou emprunteront les même chemins tortueux des concerts habituels.
Thee Oh Sees et The Intelligence : On ne manquera jamais de cracher sur le retour du garage crado comme élément censé être représentatif de ce qu'il faut écouter pour être à la pointe des musiques alternatives (argh!) actuelles. Seulement, nous ne sommes pas mauvais jusqu'au bout des ongles et quand des groupes vallent autant le coup nous ne boudons pas (toujours) notre plaisir. D'un côté, Thee Oh Sees (nouvel onglet), qui se psychédélise et devient un peu plus intéressant à chaque album, saura varier les plaisirs avec un talent certain pour les arrangements bien sentis et des chansons qui tapent dans le mille à chaque fois. De l'autre, The Intelligence (nouvel onglet) représente la dose de fun que nous nous autorisons de temps à autres car elle est apportée par de très bonnes chansons ne tombant jamais dans les clichés et le m'as-tu-vu caractéristiques du genre.
Vatican Shadow : Derrière ce blaze se cache un mythe de la musique électronique bruitiste. L’américain Dominick Fernow a longtemps officié dans l’ombre, s’éloignant volontairement d’une quelconque médiatisation. Faut dire aussi que sa démarche a toujours été clairement politique (assez proche de l’anarchisme nord-américain) et sa musique noise difficilement catalogable, d’autant qu’il a sorti des dizaines de releases en moins de 10 de carrière. Mais depuis quelques temps, Vatican Shadow (nouvel onglet) a pris du galon (notamment via son projet sous l’entité de Prurient) et les yeux se tournent désormais vers lui. Un live du bonhomme (qui risque clairement de violer vos oreilles) est donc un évènement tant il se fait rare sur les scènes européennes.
Gary Wilson : on va faire court : le mythe entourant Gary Wilson (nouvel onglet) vient de ses prestations live jusqu’au-boutiste. Le voir fouler la pelouse du jardin de la Villette pour un show unique risque de faire fuir les familles. Tant mieux. Nous on restera jusqu’au bout.

Brasser la merde
3 commentaires
Alexandre
The EX & Brass Unbound (avec notamment Ken Vandermark, qui est bien placé dans le gratin mondial des saxophonistes) devrait aussi être bien sympa à écouter gratuitement dans le jardin!
Somath
Oui carrément, jsais pas ce qu'on a foutu, on voulait en parler à la base, ..
Mattooh
Je plaide coupable, huhu.
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