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Pochette de The Devil Put Dinosaurs Here

chronique · 4 juin 2013 · Rock / Folk

Alice In Chains

The Devil Put Dinosaurs Here

« Encore des vieux crasseux dans mon SWQW? » Dis, c’est quand même pas parce que t’es devenu un jeune cadre dynamique urbanisé traînant ses Converse dans les Apple Stores qu’on a oublié que tu bricolais au scotch les bandes de tes K7 d’enregistrement de Fun Radio Fait Du Bruit, sais-tu ?

par Mattooh

Que tu le veuilles ou non, Alice In Chains (nouvel onglet) revient avec un nouvel album au titre ridicule énigmatique, 4 ans après le précédent, le très réglo Black Gives Way To Blue. Et pour le cas bien excusable où tu aurais loupé plusieurs épisodes, sache que The Devil Put Dinosaurs Here est déjà le second disque enregistré par le groupe en compagnie de son nouveau chanteur, le fringant William Duvall. En place depuis la tournée de reformation « pour voir » de 2006, ce dernier semble donner satisfaction à tout le monde si bien que l’aventure continue, en attendant la prochaine overdose.

Je ne ferai donc pas remarquer qu’après avoir impressionné par un mimétisme vocal certain, ses prestations scéniques ressemblent parfois plus à un hommage à Lenny Kravitz qu’à la succession naturelle de Layne Staley, et que Jerry Cantrell et son nouveau brushing ont beau faire leur possible, en live les coutures ont tendance à se défaire. Ne compte pas sur moi pour chercher la petite bête car sur disque, on y croirait presque.

Assez étonnamment, Alice in Chains parvient même à conserver sa forte identité sonore, et par la même occasion un certain prestige. Ils restent les proches cousins de Soundgarden, dans la mesure où les 2 groupes puisent on ne sait trop où (le premier qui dit « le porte-monnaie » remporte le dernier album de Bush) la force de sortir encore de bons albums à plus ou moins 50 balais, 20 ans après la bataille, malgré la mort de leur chanteur (mort artistique pour Chris Cornell, physique pour Layne Staley) qui semblait rendre toute velléité de retour condamnée à la disgrâce et la moquerie éternelle. Le malheureux junkie Layne Staley – qui a fait son overdose comme tout le monde, mais seulement en 2002 – n’aura donc pas à se retourner dans sa tombe, ou juste un petit peu.

Tu te doutes bien, The Devil Put Dinosaurs Here est loin de l’état de grâce d’un album de la trempe de Dirt, tout comme King Animal n’a pas retrouvé le lustre flamboyant de Superunknown ou Badmotorfinger. Qu'à cela ne tienne, Jerry Cantrell fait tourner la machine grunge à mi-régime, et les chansons sont lourdes, lentes et efficaces, ce qui n’est déjà pas si mal.

En plus de compos sans surprises, on regrette quand même le son un peu trop clean d’une production lissée. C’est l’époque qui veut ça : les concerts montrent bien que le groupe sonne toujours de la même manière en prise directe, mais les techniques d’enregistrement ont changé et tout disque de rock US à gros budget a vite fait de glisser dans l’excès de production numérique. A moins de se réinventer totalement, il serait ridicule d’opter pour la salissure heavy et les échos, très datés, de Dirt. Jerry Cantrell n’étant sûrement pas homme à se laisser déposséder de sa musique par un producteur zélé, il tient la barre plutôt fermement et ne laisse de toute façon pas cette époque qui n’est pas la sienne banaliser son bébé. L’absence de Layne Staley se ressent toutefois par une carence en glauquerie déjà constatée sur Black Gives Way To Blue, et la disparition des dérapages mélodiques malsains tant aimés (Sickman (nouvel onglet), remember ?).

William Duvall a beau assurer un remplacement discret et donc digne, il manquera toujours à ce Alice in Chains les vrillages mélodiques épiques, ceux qui faisaient décoller les A Man In The Box, Love, Hate, Love ou Would? vers les sommets émotionnels dresse-poils que l’on sait. Voices, comme Stone ou Lesson Learned sur le disque précédent, sonne ainsi comme une chanson 100% Jerry Cantrell, comme il en a rempli ses 2 albums solo ou l’éponyme du groupe – album enregistré avec un Staley qui n’était déjà plus que l’ombre de lui-même. On retrouve cette dynamique classic-rock tendue, ces mélodies monocordes labellisées, et ces harmonies vocales qui font le charme de l’aspect le plus autoroutier d’Alice in Chains mais plus vraiment les fêlures originelles ni la fantaisie nerveuse de certains classiques. Restent ces solides riffs en métal trempé, entre sludge et hard-rock (Lab Monkey, Phantom Limb), que des brodures de guitare lead font parfois basculer vers des refrains lumineux (Stone encore), ou ces longues chansons malades introduites par des arpèges cafardeux et malmenées de breaks hurlants en mélodies blessées (The Devil Put Dinosaurs Here) ; ça, c’est le Alice in Chains qu’on aime.

Ce disque comme son prédécesseur est trop appliqué pour laisser penser que ce soit le diable qui ait replacé ici-bas nos dinosaures grunge préférés, mais qui se plaindra de les voir ressusciter la bête créativement plutôt que de cachetonner sur des vieilleries, ou pire, monter des super-groupes avec d’autres quinquagénaires qui s’ennuient ? Chacun fait ce qu’il fait de mieux, et tout le monde est content. Les armées de trentenaires aux tendances nostalgiques qui survivent tant bien que mal, larvés, à l’avènement de la génération Pitchfork, en tout cas, le seront.

Mattooh

Brasser la merde

2 commentaires

  1. Arthur

    Seulement survolé pour l'instant, mais ça a l'air d'être un album plus que correct (ce qui est déjà foutrement pas mal).

    A propos de dinosaures, j'espère que vous avez prévus de vous pencher sur le cas de 13, le nouveau Black Sabbath. Qui a l'air de gentiment ronronner aussi.

  2. Somath

    Bien déçu, je trouvais Black Gives ... en majeure partie très bon, et surtout encore assez hargneux et plombant pour t'hérisser les poils.. La ça sent la facilité à plein nez quand même, et à part Phantom Limb et The devil il n'y aura pas grand chose qui fera date dans la disco (et aucun tube à la hauteur de Check My Brain)

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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