silent weapons for quiet wars

Pochette de …Like Clockwork

chronique · 22 mai 2013 · Rock / Folk

Queens Of The Stone Age

…Like Clockwork

Spoiler alert : album trop longtemps attendu, …Like Clockwork est la demi-mue décevante d’un groupe qui n’a finalement peut-être pas les moyens de ses ambitions. Chronique d’une paresse artistique regrettable.

par Mattooh

Les Queens Of The Stone Age (nouvel onglet) avaient certes connu leur premier gros coup de mou à l’album précédent, Era Vulgaris (2007), mais le très épais album de Them Crooked Vultures (2009) était depuis venu me rassurer. Josh Homme en avait encore sous la pédale, il n’allait pas nous laisser tomber comme ça. Il n’allait pas sombrer dans le miel de toute la scène rock mainstream contemporaine, il restait cette dernière superstar à avoir quelque chose de bien personnel à dire, à savoir comment le chanter et à pouvoir réellement se servir d’une guitare. D’autant qu’avec Dave Grohl, Mark Lanegan et Nick Oliveri revenus (provisoirement) au giron, ça sentait le bon coup, à l’ancienne. Le gars a toujours su s’entourer, tout en restant clairement le maître à bord. En vue : trainée de poudre, et excitation des grosses sorties comme on en a plus si souvent.

Douche froide de la première écoute. La mise en bouche est solide (Keep Your Eyes Peeled et I Sat By The Ocean), mais le classicisme des compositions déconcerte de même que la dominante midtempo de l’album. Beaucoup de chansons trop décontractées, au sein desquelles Josh Homme minaude sur des raccourcis mélodiques qui sentent le déjà entendu, comme s’il ne savait plus quoi chanter. Et puis des rythmiques binaires voire dansantes (?!), simplistes à en pleurer. Débaucher Dave Grohl pour sonner comme les Strokes, à quoi bon ? Les guitares ont évidemment un son magnifique, mais les riffs électrifient simplement le son aux moments attendus, ils ne mènent plus les débats. Quand ils s’emballent (Smooth Sailing, I Appear Missing, Fairweather Friends), c’est pour tourner en boucle de la même manière que celle déjà rebattue sur Turnin’ On The Screw, The Fun Machine Took A Shit & Died, ou No One Loves Me & Neither Do I. Ce disque fouette la redite et frise la panne d’inspiration à chaque instant. Ce disque a 40 ans, comme Josh Homme.

Les aspérités qui dressent les poils sont bien rares : l’outro de Fairweather Friends (péniblement classic-rock par ailleurs), les tremblements et l’ambiance enfin pesante de Keep Your Eyes Peeled, ou l’énergie mélancolique de My God Is The Sun. My God Is The Sun, ce premier single qui sonnait si faible et auto-inspiré, et qui dans ce contexte serait presque excitant, avec ce surlignage de guitare qui donne toute son épaisseur au refrain ; il y a pourtant une époque où ce genre de chansons était relégué en face-B, ou en bonus track. Pour l’essentiel, …Like Clockwork sonne aussi peu primairement excitant que Homme semble vieilli sur les photos promo, lui qui avait disparu de la circulation pendant 2 ans. Allez, I Appear Missing s’avère être une belle chanson et ses breaks plombés chatouillent la glande du plaisir ; mais c’est surtout une de ces ballades empoisonnées qui gagnaient à être cernées de tourbillons électriques infernaux sur les albums précédents. Kalopsia aurait pu faire un très bel interlude ; au lieu de ça, le groupe alourdit le refrain d’un développement électrique inutile. Ce sera bien la seule fois que je reprocherai au groupe un traitement à l’enclume sur ces 10 courtes chansons.

A la limite, ce disque peut être envisagé comme un bel album de pop-rock, bien ciselé et accessible, pour le badaud n’ayant pas d’attente particulière. Sauf que ce n’est pas ce qu’on attend des Queens Of The Stone Age, tout comme on n’a rien à foutre d’un album black métal de Tricky, du projet IDM d’Axl Rose, ou du disco aseptisé et mou du gland de Daft Punk. Ce qui, personnellement, m’attriste le plus, est d’entendre Homme se satisfaire de quelques power-chords martelés en retour de ses prérogatives instrumentales. Ce type qui a redonné foi en la guitare à des milliers de petits gars depuis 20 ans, ce gars à l’attitude et au déhanché si insolemment virils qui a électrifié des foules entières via des riffs d’une inhumaine lourdeur ET d’une universalité parfaite, n’est plus capable en 2013 que de crachoter ce faiblard motif servant de thème à My God Is The Sun, auto-parodique au possible.

Si l’album n’est pas dénué de classe, de savoir-faire et, parfois même, du groove sexy qui semble obséder Homme depuis Lullabies To Paralyze (2005), sa dynamique globale est celle d’une collection de chansons pop-rock de facture très classique. L’habillage Homme a fait ses preuves, mais même si cela fait bien longtemps que ses Queens sont sortis du désert californien je préfère largement le voir désosser un hard-rock psychédélique, pour le savonner à la pop et le plomber au stoner. Sur le final Like Clockwork, Homme atteint même d’inédits sommets dans la mièvrerie. Le taux de sucre est proche de la dose létale, d’ailleurs le disque s’arrête là.

Une chose est sure : l’interminable teasing ayant précédé la sortie du disque n’a pas servi la musique. En suscitant des attentes folles, il a joué à l’excès avec l’impatience généralisée pour un disque qui n’a pourtant rien d’un sauveur : c’est juste le 6ème disque d’un groupe un peu paumé après avoir fait le tour de la question. De la délirante liste des participants qui ressemblait à la liste d’invités au mariage de Josh Homme, on se demande bien ce qu’il reste après l’écoute. Pire, dévoiler l’album chanson par chanson pendant une dizaine de jours a dégonflé brutalement cet enthousiasme excessif et entamé un mouvement inverse de méfiance, chaque chanson prise individuellement sonnant particulièrement frêle dans le costume d’un clip Youtube hyper stylisé ; l’écoute intégrale de l’album apporte pourtant un éclairage nettement plus intéressant sur ces chansons. Quelque part, voilà une justification involontaire de la pertinence éternelle du format album. Un bon disque est plus que la somme de ses chansons, et si …Like Clockwork ne me plait pas autant que je l’aurais espéré, force est de lui reconnaître une indéniable cohérence d’ensemble ; c’est cet univers insufflé par Homme sur chacun de ses disques qui évite le naufrage. Ces compos trop faibles ne pouvaient pas s’en sortir par elles-mêmes.

Josh Homme a tort de croire que son groupe a les reins assez solides pour se séparer de la seconde partie de son alliage de pop hallucinée et virile et de stoner à tête chercheuse ; pour ça, il y a les side-projects et les disques en solo. Ou les Desert Sessions tiens, ça fait longtemps maintenant, nan ? Je le croyais capable de faire mentir la règle qui veut que tout musicien pratiquant la pop-music à grande échelle ne produit de vraies bonnes choses que pendant sa première décennie d’activité – je te laisse faire l’audit si tu doutes, mais tu sais ça d’instinct, pas vrai ? De 1992 à 2009 (hors Era Vulgaris, certes), Homme a tenu bon. Mais ça y est : il est en roue libre.

Mattooh

Brasser la merde

18 commentaires

  1. crono

    Tu voulais dire qu'il est en roux libre plutôt?

  2. Sand

    Chronique qui résume parfaitement l'avis que j'ai sur cet album. merci !

  3. Thibault

    Qu'on aime pas cet album, je le conçois, mais bordel un peu de cohérence quand même.

    "Débaucher Dave Grohl pour sonner comme les Strokes, à quoi bon ? Les guitares ont évidemment un son magnifique" Contradiction quelque part ? Nan ? (à moins qu'on considère que les strokes ont un son de gratte magnifique, ce qui serait la preuve d'une légère surdité) Un four on the floor sur If I Had A Tail = sonner comme les Strokes ? (j'ajoute qu'il y a trois batteurs sur ce disque et y'a des parties franchement hyper compliquées, genre ne pas faire son éléphant sur Vampire and Time, ça montre une finesse d'interprétation assez surprenante chez Grohl)

    I Appear Missing et Fairweather Friends sonne comme The Fun Machine ou Turning on the Screw ?! WTF ?! Où, quand, comment, dans quelle oreille boueuse et mal lavée ? Quelles notes ? Quoi ? Smooth Sailing en revanche c'est proche de Caligulove, High Voltage des EODM ou I'm Designer.

    " Ce disque fouette la redite et frise la panne d’inspiration à chaque instant."

    Okay, à quoi ressemble donc Kalopsia ? A quels morceaux déjà entendus 2453 fois ressemble ce titre ? A quoi ressemblent les refrains hyper caverneux d'If I Had A Tail ? Sur qui Homme a-t-il pompé Keep Your Eyes Peeled ? D'ailleurs, pour un disque qui ferait tant de redite, pas un mot sur son mixage et sa production qui ne ressemblent pratiquement à rien de connu , pas un mot sur les paroles de l'album ! Pas un seul ! Les thèmes de l'au-delà, de l'entre-deux mondes et de la spiritualité sont hyper présents... avec des références à Lewis Caroll par-dessus le marché. Je ne connais aucune chanson qui aborde ces thèmes de la manière de Keep Your Eyes Peeled, où les paroles et la musique font corps de manière saisissante.

    Bref, je pourrais continuer longtemps comme ça... Le problème n'est pas d'aimer ou non cet album, on peut se faire royalement chier je le comprends très bien.

    Mais dire autant de conneries, ça relève forcément d'écoutes inattentives. Si c'était juste pour donner son avis en premier, Clint Eastwood a une belle formule pour les avis...

    Ceci dit cette chronique a le mérite de bien refléter la mentalité des fans français de QOTSA : des gens qui ont une idée tellement étroite de la musique du groupe qu'ils ne l'écoutent même pas quand elle ne ressemble pas à No One Knows.

    1. Barahona

      Bravo, exactement ce que je pense aussi de cette (mauvaise) chronique

    2. Mattooh

      Il faut surtout que tu relises la chro, en fait. Qu'on ait pas le même avis, c'est une chose, mais là y'a déjà un problème de lecture et de compréhension (je te fais pas le détail, c'est la chose la plus chiante qui existe sur internet). Deux précisions quand même pour ici et pour l'avenir : -dans la plupart des cas, je me branle complètement des textes ; -No One Knows m'indiffère aujourd'hui pas mal, mais si ça t'intéresse ma chanson préférée des QOTSA est Someone's In The Wolf. En dehors de ça, ce n'est jamais qu'une réaction de fan mécontent de plus. Circule, mon bon Thibault.

  4. youg

    Je suis d'accord dans l'ensemble. Cet album est bon, mais n'est pas ce que l'on veut écouter de qotsa. Je crois que les fans de qotsa et du merveilleux song for the deaf ce sont dit "y'a Grohl, Lanegan, et Oliveri, on va replonger dans un truc plus stoner", du coup BIM déception :(

  5. El Brasero

    Trop tard : un skeud flageolant, à l'ambiance morose et grandiloquente filant le bourdon, aux compositions aussi alambiquées que vaines, et dont les influences incontestables sont désormais Deep Purple et William Sheller. Vite, un coup grand coup de Funhouse pour nettoyer tout ce gras... Et puis de toute façon, Josh Homme est beaucoup plus antipathique depuis qu'il a saisi la justice américaine pour empêcher J. Garcia et B.Bjork d'enregistrer un album studio de Kyuss Live.

  6. Hugolocaust

    El Brassero, tu dis conneries sur conneries, c'est impressionnant.

    "Je crois que les fans de qotsa et du merveilleux song for the deaf ce sont dit "y'a Grohl, Lanegan, et Oliveri, on va replonger dans un truc plus stoner", du coup BIM déception :("

    Putain mais quand les gens comprendront qu'un groupe de musique ne fonctionne PAS en rapport avec son public, on aura fait un grand pas. Sérieusement, quand on fait de la musique, qu'on fait partie d'un groupe, on tend à regarder vers l'avant, PAS à se servir des albums qu'on a sorti précédemment comme d'une référence, c'est complètement débile, c'est d'un non-sens incroyable.

    Et quand les gens comprendront que QOTSA est un groupe de POP, on aura fait un grand pas aussi. C'est fini le stoner, le désert et toutes ces conneries, ça fait un moment que ce groupe est devenu une machine à tube, qu'il se casse le cul à produire des albums plein d'arrangements, de mélodies, etc, faut vraiment être con pour pas capter ça.

    Après quand on a préféré le gros four qu'était Them Crooked Vulture à cette tuerie qu'est Era Vulgaris, le débat peut pas aller très loin.

    1. Mattooh

      Fun fact : jusqu'à ta dernière phrase, on est plutôt d'accord. Si le débat est impossible, il me semble quand même que c'est toi qui le cherche.

  7. Mrdawson

    Hugolocaust c'est également un peu con ce que tu dis. Tout ce qui est excessif est insignifiant... qualifier Qotsa d'un groupe de pop est légèrement excessif non? Il est possible que LTP ait été plus axé mélodique que les précédents opus, ce n'est absolument pas le cas d'EV. Après j'aurais tendance à retourner cette phrase : quant on préfère cet album poussif et soporifique d'EV par rapport à la tuerie qu'est TCV, le débat ne pas aller bien loin...

    El Brasero : pour corriger un truc : Homme (et il n'était pas seul mais accompagné de Reeder) n'a pas porter plainte pour empêcher l'enregistrement d'un album mais pour empêcher Kyuss Lives de se renommer en Kyuss. Qu'on soit d'accord ou non, c'est quand même un peu moins con comme réaction.

    Thibault : soyons honnête, la batterie n'a rien de transcendante sur cet album. Que les batteurs fassent de trus super compliqués, soit, mais cela reste inintéressant. Et après songs for the deaf et TCV, ça fait un peu mal au coeur. La comparaison aux strokes tenait pour la batterie bien sur, pas pour les guitares qui sonnent très bien effectivement. Il faut dire ce qui est : l'album est décevant, ennuyeux. Je suis d'accord avec l'auteur, on a l'impression d'avoir entendu tout cela sur les autres albums/projets (écoute I appear missing, 2'05 et dis moi que tu n'as jamais entendu ce riff). La structure des chansons est également répétitive, et pas dans le bon sens du bon vieux robot, mais des chansons qui se trainent et se répètent. Bref, déçu, déçu.

    Mais bon il reste bien meilleur qu'EV, alors ça laisse de l'espoir!

  8. david

    C'est bien arrangé, le son est sympa, mais en toute objectivité (même sans être le pire détracteur ni le plus grand fan de QOTSA) cet album est super chiant !! Malgré 1 ou 2 titres sympas (mais quand même très poussifs): "My God is The Sun" et "Smooth Sailing".

  9. Ouame

    Je ne comprend pas pourquoi toute cette haine.

    Le groupe évolue, rien de plus.

    Je suis un gros fan d'Era Vulgaris et des autres.

    Du gros riff, du sale, du tempo plein la gueule, ça a déjà était fait, et très bien en plus.

    J'aime beaucoup ce nouvel album, très sombre avec des arrangements juste impressionnant.

    La critique est très très bonne dans la forme mais pas dans le fond. C'est mou ? bah merde, ça bastonne grave sur quelques titres

    Le seul reproche que j'ai, c'est au niveau du batteur, je n'ai jamais aimé Dave Grohl et je suis un gros fan du jeu de Castillo.

    Sur cette album il n'y a pas beaucoup de riff de batterie et ça joue le minimum. Alors que Castillo se cassait méchamment le cul dans les précédents albums. ( d'ailleurs sans le savoir, j'ai reconnu tout de suite sur laquelle il jouait )

    Bref haters gonna hate.

    1. Mattooh

      "La critique est très très bonne dans la forme mais pas dans le fond." Tu veux dire que t'es pas d'accord et que t'aimes ce disque, quoi. Je me la garde sous le coude, celle-là.

      "Bref haters gonna hate." Je ne sais plus vraiment ce qu'on appelle un """hater""", mais je ne pense pas vraiment en être un juste parce que je suis déçu par ce disque. Si? Dites-moi. Et les haters de haters, c'est des haters aussi? Dites.

  10. K.S

    Certains commentaires sont affligeants. Le fait qu'il ne fasse plus du stoner n'est pas le problème. La vérité c'est que l'album dans son ensemble est très moyen, rock, pop ou bal musette ça revient au même. Un groupe peut et doit évoluer, ça ne veut pas forcément dire qu'il en devient meilleur. Là c'est raté.

  11. music & rubbish

    http://0z.fr/l_96o Si l'ambition de Josh Homme est de finir rock star déchue nourrie aux royalties, il est sur la bonne voie. Belle chronique de Mattooh, juste et bien pesée, à la hauteur du non évènement.

  12. duff

    Il est très bon cet album, avec une sacré pêche. QOTSA, c'est un album/un univers, depuis l'eponyme. Celui là est vraiment bien réussi, les arrangements sont classieux et desservent bien l'atmosphère (c'est autre chose que les sons de radio mexicaine de songs for the deaf).

    A écouter sous prozac, et dans mon top5 2013 direct.

    1. Mattooh

      Une sacrée pêche? T'as trop écouté le Daft Punk, malheureux.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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