silent weapons for quiet wars

Pochette de Innocence Is Kinky

chronique · 15 mai 2013 · Rock / Folk

Jenny Hval

Innocence Is Kinky

par Hank

Dans le monde des chroniqueurs et brasseurs d'opinions de tous poils, l'étiquette "songwriter" est forcément associable avec la maîtrise d'un artisanat, d'un savoir-faire et d'une forme de classicisme qui mériterait dès lors respectabilité ("tu aimes pas, mais avoues que c'est un sacré songwriter", vous la connaissez ?). Et puis, de temps en temps, entre les bons élèves, il y a des anomalies qui voudraient refaire le dictionnaire. Jenny Hval est, vous l'avez compris, de celles là. Innocence is Kinky, second album sous son propre nom, s'écoute comme une messe païenne, avec ses instants de contemplation, et ses orgies de bruits et de discours possédé.

Jenny est fascinée par le corps, la sexualité, la noirceur des rapports humains. Son propos est une course constante entre la crudité et la délicatesse. Tout cela est déversé à travers un flux sonore construit en puzzle de spoken-word, noise-rock, ambient-folk, plages bruitistes. "That night, I watched people fucking on my computer, nobody can see me anyway", ce sont les premiers mots d'Innocence is kinky, en ouverture du disque. Le personnage de Jenny se perd dans l'écran lcd, s'imagine dans la vidéo qu'elle regarde, puis en sursaut se demande "Y'a-t-il une vie en dehors de ça?".

La voix de Jenny Hval se métamorphose au gré des errances de son personnage. Au fond d'une séquence ambient rêveuse, des annonces au megaphone apparaissent dans la foule alors qu'elle chuchote les maux d'une ville traumatisée par un attentat (Oslo Oedipus), puis c'est une confidente perverse qui décrit la perte de virginité sur un orgue d'église et explose de passion au refrain (Renée Falconetti Of Orléans). On perd ensuite conscience dans les larsens et la saturation alors qu'un débris de doom-métal fait face à un monologue dérangé et saturé (Give me that sound). La suite évolue entre rock sale et murs de guitares élégiaques (I got no strings), folk éthérée (Amphibirous, androginous, Death Of The Author) et même un instant quasi-pop (Is there anything on me that doesn't speak), toujours tournant autour de peurs et fascinations sur le corps.

C'est un voyage où Jenny Hval conserve à tout moment une passion et une extravagance dans l'interprétation (on pense à la jeune PJ Harvey qui aurait pris des cours de psychose chez Lisa Germano), qui vous forceront à adorer ou détester le déversement d'émotions et d'idées que constitue Innocence Is Kinky. Mais plus qu'un étalage de mots, il vous faudra une écoute intégrale et attentive pour désigner (ou pas) ce disque comme votre nouvel instrument de catharsis affective pour 2013.

Hank

Brasser la merde

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