
Laura Marling est aujourd'hui l'artiste féminine folk la plus respectée et congratulée du circuit. "Et pourquoi elle ?" me demanda la candidate numéro 546 de la Nouvelle Star qui pensait révolutionner le monde des reprises avec une version reggae de Highway To Hell. Et bien c'est simple et compliqué: c'est une héritière de Neil Young pour la mélancolie aigrie, de Bob Dylan pour la parlote et le jeu sur les mots, et de Nico pour la poésie. Mais c'est aussi une voix, qui peut jouer la sentence comme la rupture, l'ironie comme la séduction, sur le même filet. Et pourtant, il faut avouer qu'après l'évolution parfaite de cette jeune pousse (16 ans au premier disque hein) des ballades lumineuses et joueuses de Alas cannot swim à la noirceur troublante et les textes bouleversants de I speak because I can, elle a eu les yeux plus gros que le médiator. Et A creature I don't know, troisième disque (toujours le moment de la chute, right ?) avait son lot d'embardées country-pop (l'influence de ses horribles potes de Mumfords and Sons ?) à la limite de remettre en cause l'indie crédibility de la dame.
One I was an eagle est un double mouvement de la dame. Tout d'abord, c'est un retour à la folk pure, chant de rossignol en avant et texte imprimé à l'oreille comme le démontrent la doublette You Know/Breathe et Where Can I Go ?. Et pourtant, Marling ne joue pas la sûreté en alignant seize titres sur un peu plus d'une heure. De quoi assommer n'importe quel auditeur ? Non, car le disque s'organise en trois parties faites de courts titres, aux accordages différents et aux humeurs changeantes. Le disque débute sur l'introspection et le questionnement sur l'enfance et la nostalgie, part ensuite vers une atmosphère pastorale pleine de picking et arpèges charmantes, puis finit sur une résignation amoureuse magnifique ("my love is better dumb" dit-elle sur Saved these words). Si cela importera peu à ceux qui écoutent de la folk comme on écoute la rivière couler, les plus passionnés trouveront encore de fascinantes histoires et réflexions dans Once I Was An Eagle, qu'elles soient générales ou biographiques. Coté composition, il n'y a aucun coup d'éclat. On trouve du psychédélisme (Devil's resting place) ou encore un brin country (Master Hunter) par touche minime, et les instrumentations folkloriques (violons, percussions, orgue, didjeridoo même) permettent de toujours respirer dans ses dédales de mots. Les fans du genre se délecteront, la basse-cour sera sûrement un peu larguée sur la longueur.






Brasser la merde
1 commentaire
Laurent
Un bon livre ou de la musique, on s'ennuie quand même beaucoup moins. De toute façon, la chanson m'a toujours fait chier, comme la bande dessinée au bout du compte, les arts réunis s'y appauvrissant mutuellement le plus souvent. Voilà pourquoi j'aime la pop, deux trois formules ou du non sens et basta, c'est mille fois mieux, ou bien l'opéra éventuellement (dans les cas extrêmes, quand même), puisqu'on ne comprend rien, ou encore la musique religieuse, les mots n'y ayant d'avance aucun intérêt. Bon, demain matin il se peut que ce disque me soit devenu nécessaire, tout jugement étant nul, cela va de soit.
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