silent weapons for quiet wars

Pochette de Atlantis

chronique · 19 novembre 2012 · Rock / Folk

Elephant9 with Reine Fiske

Atlantis

Pour son troisième album studio, le trio d'Oslo ajoute six cordes à son arc en s'associant à Reine Fiske. La greffe fait mieux que prendre et il en résulte un album d'une spontanéité rafraîchissante, en équilibre entre épopée cosmique haletante et introspection régénérante.

par Cynosargos

Si la Norvège est mondialement connue pour être le berceau du black metal, force est de constater que, musicalement, elle a bien d'autres choses à offrir. Et l'on peut compter sur Rune Kristoffersen pour nous les faire découvrir, sinon toutes, du moins certaines, lui qui créa, en 1998, le label Rune Grammofon (nouvel onglet) expressément afin de promouvoir les artistes norvégiens "les plus aventureux et les plus créatifs". De la réédition de créations d'Arne Nordheim, pionnier de la musique concrète et électronique en Norvège, doublée des transformations que leur ont fait subir Biosphere et Deathprod, au présent album, on peinerait à rendre justice à tous les artistes de qualité diffusés par le label en l'espace de cette seule chronique. Relevons seulement que le catalogue du label regorge d'hybridations inventives, qu'elles associent le jazz à la musique électronique (Supersilent, Arve Henriksen et Food), voire au black metal (Shining), qu'elles puisent dans les registres folk, psychédéliques, voire blues (Phædra) ou qu'elles redéfinissent les frontières du rock (Fire! et ses collaborations avec Oren Ambarchi et Jim O'Rourke). Et le millésime 2012 ne laisse paraître aucune baisse de régime, notamment grâce à Didymoi Dreams, fruit de la collaboration de la chanteuse jazz Sidsel Endresen et du guitariste Stian Westerhus (Jaga Jazzist, Puma), au songwriting bluesy raffiné de Susanna ou encore au rock expérimental inspiré du quatuor français (!) Astrïd.

Mais s'il est un style particulièrement à l'honneur cette année, c'est bien le rock progressif, dont la Norvège abrite quelques uns des plus dignes héritiers. À commencer par Motorpsycho, qui ouvrit les feux avec The Death Defying Unicorn, double album concept paru en début d'année. Dans un registre plus fortement marqué par le heavy metal seventies – pour le meilleur (le sens du riff et l'art d'allier puissance et vélocité) et pour le pire (le chant méchamment aigu qui en découragera plus d'un) –, El Doom and the Born Electric a ensuite livré son premier long format. Et voici qu'en fin d'été surgit Elephant9 (nouvel onglet). Derrière ce nom un peu étrange, on trouve le pianiste-claviériste Stale Storløkken (Supersilent), le bassiste Nikolai Hængsle Eilertsen (Bigbang) et le batteur Torstein Lofthus (Shining). L'occasion de relever qu'il y avait en fait déjà plus ou moins d'Elephant9 dans les deux albums précités, puisque Storløkken a cosigné les compositions et l'interprétation du premier et que lui et Eilertsen ont été invités sur le second. Ce trio, basé à Oslo, œuvre depuis 2006 à l'hybridation du jazz et du rock progressif. Pour son troisième album studio, il innove en s'associant avec le guitariste Reine Fiske, lequel sévit sur la scène progressive suédoise depuis le début des années 1990 (notamment au sein de Dungen).

Atlantis débute par une épopée spatiale avec le bien nommé Black Hole. Dès la première mesure, la frappe lourde, précise et véloce de Lofthus se rappelle à notre bon souvenir. Son jeu, tout de ruptures et contre-temps, conjugué au riff syncopé d'Eilertsen impose une cadence infernale et un groove implacable, tandis que Storløkken et Fiske partent en missions exploratoires, flirtant avec l'anti-matière jusqu'à ce que celle-ci prenne le dessus dans un final chaotique, mais apaisé. L'association Eilertsen/Lofthus fait des merveilles sur les titres épiques (Outre Black Hole, The Riddler, A Place in neither, Freedom's Children). Lorsque tous deux se mettent provisoirement en retrait (le magistral Atlantis, Psychedelic Backfire), voire s'absentent (le magnifique A Foot in both), Storløkken et Fiske prennent le relais et échafaudent un univers multidimensionnel au sein duquel ils jouent subtilement sur les textures pour nourrir le fil narratif d'émotions nouvelles. Jamais la dose de psychédélisme prodiguée ne jette l'auditeur dans les bras de Morphée. Et en dépit de la technicité élevée et des revirements incessants et abrupts, le risque de se faire éjecter hors de l'habitacle est mesuré; le fil narratif est solide et les quatre protagonistes savent, chacun avec ses moyens, te donner l'envie de t'accrocher jusqu'à la récompense finale, apothéotique, que constitue Freedom's Children. Si les compositions évoquent par moments d'illustres prédécesseurs (le Pink Floyd des débuts sur l'intro de The Riddler, Led Zeppelin sur le premier mouvement de Freedom's Children), Atlantis est une œuvre résolument actuelle, moins redevable envers les précités que vis-à-vis de Supersilent, Motorpsycho et Shining. Il s'en dégage par ailleurs une spontanéité rafraîchissante qui contribue assurément à en faire un très bon album.

Cynosargos

Brasser la merde

5 commentaires

  1. julienl

    Évidemment tout le monde s'en fout mais moi je trouve ça très cool. Supersilent + Shining + Fiske, content de pas être passé à côté.

    Autre truc bien trippé et bien suédois, en ce moment je kiffe bien Goat - World Music. Du bon rock 70's avec des touches afrobeat, je chroniquerai si j'ai le temps.

  2. cynosargos

    Pareil pour Goat, je dois bien l'écouter 4-5 fois par semaine depuis sa sortie. Même s'il manque un peu d'originalité.

  3. mitch

    Ca donne envie et ca vaut vraiment le coup de l'écouter. Je ne connaissais pas. Merci pour la chronique.

  4. Merovee

    Non tout le monde s'en fout pas! Surtout quand il y a des morceaux de Shining dedans - et je m'en vais écouter les autres que je ne connais point. C'est frais, j'aime, merci.

  5. SEN

    Très sympa ce truc, j'vais écouter ça attentivement avant de me décider pour l'édition vinyle !

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