
chronique · 27 mars 2013 · Rock / Folk
Birth Of Joy
Life In Babalou
La Hollande, l’autre pays du rock’n roll? Laisse-moi rire. En dehors de The Ex, je n’ai aucun exemple de groupe de rock néerlandais crédible à te citer [appel à contribution]. Imagine alors comme je fus surpris de me faire quelque peu chavirer par ces néerlandais haut en couleuvres, qu’ils me font avaler par milliers mais que j’aime beaucoup quand même.
par Mattooh
Au menu : attitude 70’s, psychédélisme très cadré et générosité à chaque mouvement. D’entrée, Smile et Code Red sont très claires avec l’auditeur : on n’est pas là pour enfiler des perles. Entre un batteur manifestement élevé en plein air dans le respect des œuvres de Bill Ward et Keith Moon et une tonalité générale que je n’hésiterai pas à qualifier d’euphorique, on tient là un groupe qui la joue encore bien à l’ancienne. Mais contrairement à des gaziers comme Kadavar ou Uncle Acid & The Deadbeats, clairement traumatisés par Black Sabbath, Birth Of Joy (nouvel onglet) trace sa voie avec une truculence inédite et troque le groove millimétré contre l’animalité du MC5 et la grandiloquence de velours des Doors.
Zéro originalité, mais le résultat est si jubilatoire, bien branlé et fondamentalement honnête que rendre les armes est la seule option. La recette est pourtant largement éculée : des riffs si évidents qu’ils ont déjà dû être écrits 15 fois, une guitare qui pousse l’outrecuidance jusqu’à se faire doubler ses lignes par un orgue Hammond piqué aux Doors (encore), et un chant alternativement débraillé (No Big Day Out) et sobre et maitrisé (Magic). Même le mimétisme vocal avec Jim Morrison (sur Know Where To Run, on n’est pas loin du procès) parvient à éviter les boursouflures : c’est arraché comme il faut, sans lyrisme en carton ni paroles tunées à la mauvaise poésie. La chanson épique passe également toute seule (Backstabbers), parce qu’ici on sait rester dans les clous de la dignité et ne pas aller se perdre dans un hard-rock symphonique à la Bohemian Rhapsody.
Ces gars ne sont même pas des virtuoses, juste d’honnêtes musiciens pratiquant un rock vintage, poseur ce qu’il faut mais avant tout inspiré. L’inspiration, en grave pénurie chez tous ces foutus moustachus du rock qui marche en temps de crise (Local Natives, Foals, Phoenix, Alt-J, je vous vois) est la charpente de ce disque. La production est impeccable : pas surchargée, elle se contente de faire sonner chaque instrument distinctement et même du feu de Dieu, le tout garanti sans bullshit puisque quand les chansons sont réellement bonnes, on n’a rien à cacher.
Pendant ce temps, d’autres jeunes gens dégingandés connus sous le nom de The Strokes sortent un album qui ne mérite ni les fatwas ni toute l’attention qu’il va recevoir ; mais quand ces post-égéries du cool de la décennie précédente n’ont plus grand chose à dire et finissent par faire n’importe quoi (nouvel onglet) juste pour occuper le terrain, un album comme Life In Babalou fait figure de déclaration de principe dans le paysage rock.
Note à benêts :
Pour la toute première fois de l’Histoire, la France a un train de retard et voit cet album sortir sous un autre nom (The Sound Of Birth Of Joy), avec des titres réordonnés et un titre remis dans le bon sens, 13 mois après sa sortie initiale. J’imagine que si ce genre de pratiques perdure (dans la musique et au cinéma), c’est qu’il est établi que prendre les français pour des neuneus fonctionne commercialement. Quoiqu’il en soit, après s’être révélé aux intrépides programmateurs des SMAC françaises entre 2 coupes de champagne aux Transmusicales de Rennes 2012, Birth Of Joy se retrouve embringué dans une longue tournée tricolore s’étalant de maintenant à cet été. Ne les ratez pas : si l’investissement est rentable, il vous en coûtera 2 fois plus cher pour les voir l’an prochain ; si l’opération est un échec, ils ne rejoueront plus jamais dans votre SMAC.






Brasser la merde